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On cherche, on attend. Deux heures s'écoulent, et Dieu sait si, durant cette longue attente, les commentaires allaient leur train! Enfin. la petite porte de la grande grille grince sur ses gonds rouilles ; le fantôme reparaît: c'était lady Fowlis.
Elle fut bien étonnée de voir tout le monde en émoi. Rien pourtant ne lui semblait plus simple que sa conduite : un Anglais revenant d'Eaux-Bonnes était mort à Pau ; on le fit embaumer et on écrivit à la famille pour savoir où lui envo\er le cadavre. L.i correspondance, aujourd'hui si rapide, était bien lente alors; il fallut près d'un mois pour que tout fût réglé. En attendant, lady Fowlis se chargea de garder le cercueil, a la condition que ses domestiques n'en sauraient rien, et elle le fit placer sous le lit de sa femme de chambre. Mais, comme celle-ci aurait pu avoir des frayeurs rétrospectives, milady résolut de faire mystérieusement disparaître son hôte funèbre en ne prévenant personne de la maison.
Beaucoup sont oubliés parmi les Anglais de la première heure. D'autres ont laissé des souvenirs vivaces: la jolie M'"' Wilson, M'""-' Ileinstord, les ravissantes filles du baron de Mavdell, ancien page du roi de Hanovre marié à une Anglaise, les demoiselles Shannon, etc.
La première Anglaise qui b.\tit une villa ne s'enrichit pas à Pau. C'était M"^" l'itz-Gérald. 1:11e avait des galeries de tableaux' et recevait de grands artistes, Lilz entre autres. Avant son arrivée, des Anglais avaient commencé à s'établir dans les environs de la ville.
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M. Glasgow avait acheté de M. de Girardin le château de Billère. C'était, disait-on, l'Oswald de Corinne. Il avait eu — ce n'était pas douteux — une correspondance suivie avec M""^ de Staël. Son fils fut mon camarade de collège ; ses filles firent l'ornement de nos bals ; sa petite fille, mariée au baron d'Esté, l'un de nos plus aimables sportsmen, continue les traditions du château de Billère.
Ce n'est que peu à peu qu'aux Anglais vinrent se mêler des Allemands, des Russes, des Suédois, des gens de tous pays et de toutes nations, ex omni tribu et natione.
Après avoir éprouvé le bon effet des eaux thermales pyrénéennes, les étrangers restaient souvent à Pau pour attendre la saison nouvelle. Les voyages étaient longs^ coûteux et pénibles ; le séjour du Béarn plaisait; l'exemple des Anglais devint contagieux pour les gens du Nord.
Souvent aussi les révolutions d'Espagne refoulèrent à Pau des proscrits, qui disparaissaient dès que s'ouvraient les portes de leur patrie. La colonie espagnole fut surtout brillante pendant les guerres qui suivirent la mort de Ferdinand VIL Les Béarnais fiiisaient particulièrement bon accueil à leurs voisins de l'autre versant des Pyrénées. Les alliances, d'ailleurs^ furent de tout temps fréquentes entre le Béarn et le nord de l'Espagne. Un bon gentilhomme béarnais, le comte de Barraute, devenu général espagnol, épousa une dame de la cour. Son fils, marié à la sœur du maréchal Elio, habita Pau où il possédait d'unanimes sym-
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pathies. Il était le roi de toutes les fêtes de charité. Le fils d'un Français et d'une ILspagnole, mon condisciple Lemery, a quitté Pau pour Madrid. C'est l'un des généraux les plus éminents de THspagne.
Le salon de la marquise de la Garda, en majorité composé d'Espagnols, fut l'un des plus brillants de Pau. Je n'ai jamais vu réunion de femmes plus jolies et d'hommes plus spirituels. Le temps a effacé la beauté de ces adorables Espagnoles, mais le souvenir en est ineffaçable.
Combien d'hommes éminents, à diverses époques, l'Espagne n'a-t-elle pas fourni à la société de Pau ! Par exemple ce baron de Biguezal, depuis comte de Guandulain, grand d'Espagne et ministre, qui charmait la société par son esprit et dont les jolis vers espagnols étaient aussitôt traduits en vers français et publiés par le Mémorial . Citons encore Alcala Galiano, qui fut condamné deux fois à mort : la première fois pour avoir attaqué le trône, la seconde fois pour l'avoir détendu. Ce fut un des ministres et surtout un des orateurs les plus illustres de l'Espagne contemporaine. Il arriva proscrit à Pau et il y passa gaiement son temps d'exil. Sa jeune femme aimait à ce point la danse qu'elle dansait la veille de ses couches et quinze jours après. Il n'était, lui, ni jeune ni beau, mais avec quel entrain il jouait des charades et organisait des amusements où son esprit étincelait !
Dans la première période de l'apparition des étrangers, la société béarnaise leur faisait le plus aimable accueil, mais ne les recevait qu'.i titre d'invités, l'.llc
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gardait encore ses mœurs, ses usages, sa langue, sa physionomie, son patriotisme.
Lorsque le nombre des étrangers se fut accru dans des proportions, assez fortes, il y eut un moment charmant pour les amateurs de la vie de salon : c'était un mélange de la société béarnaise et de la société étrangère, une sorte de fusion de toutes les nations, une réciprocité de courtoisie et d'élégance.
Alors la saison de Pau commençait plus tôt, finissait plus tard. Dès le début de l'hiver, on avait hâte de réunir les nouveaux arrivants. Les jeunes Béarnais s'unissaient pour donner une grande fête de bienvenue. Cette fête permettait d'établir promptement des relations entre des personnes qui auraient attendu longtemps l'occasion de faire connaissance. Les commissaires du bal étaient choisis parmi les hommes du meilleur monde et parmi les plus énergiques. Il y avait, en effet, des bals de plusieurs catégories, notamment le bal du commerce et celui du grand monde. Dans celui-ci, il fallait une tenue irréprochable, une certaine position sociale, et surtout l'habitude du monde, dé bonnes façons. Un limonadier de Paris qui, après s'être distingué par son courage dans une émeute, avait obtenu la croix d'honueur et une place honotable à Pau, fut invité au bal du commerce et voulut aller à l'autre bal où il se présenta sans invitation. Un commissaire le mit à la porte et, s'il avait fallu le suivre sur le terrain, c'eût été vite fait. -, L'entrain et la gaieté régnaient dans ces fêtes que