‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 106 sur 126 · TRANSFORMATION- DH PAU · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION- DH PAU

les Anglais rendaient avec une bonne gnke charmante. Les Béarnais, avant le bal et le souper, avaient joué une petite pièce de comédie. Les Anglais voulurent en jouer une à leur tour. Mais leur langue était encore peu entendue à Pau, et ils eurent Tingénieuse idée d'ajouter au dialogue anglais, la lecture d'un journal français où l'accueil fait aux Anglais par la société béarnaise était raconté :\\cc humour et de la plus aimable façcfh.

Comme il n'y a que le premier pas qui coûte, uiie fois qu'on avait commencé à danser, on ne s'arrêtait plus. Dans cette seconde période, d'ailleurs, un seul salon sutfisait pour toutes les danseuses, indigènes et étrangères, et l'on n'aurait eu garde de donner deux tctes le même soir.

Les Béarnais gardaient encore leurs habitudes et respectaient celles de leurs hôtes. Personne ne son geait à imposer ses goûts :iux autres. Et, dans cette diversité des usages et des mœurs de gens venus des quatre coins du ciel et vivant paisiblement ensemble, il y avait un charme tout particulier.

Sauf en 1848, année qui ne vit arriver à P.ui que treize chaises de poste, la progression du nombre des étrangers alla toujours croissant. La transformation s'accentua avec rapidité. On iît de la réclame. Les uns vantèrent rintluence curativc du climat de Béarn; les autres mentionnèrent tous les plaisirs qui s'y donnaient rendez-vous. Les santés délicates en quête d'un beau soleil, les sportmen en quête de distractions à leur goût, accoururent en foule.

La ville se fit belle pour recevoir ces hôtes d'hiver au gré de leurs habitudes luxueuses. On leur bâtit de superbes villas, de grands hôtels, des casinos, des théâtres; l'on organisa des fêtes pour le jour et des fêtes pour la nuit, afin que Pau fut une fête perpétuelle.

A force de se développer, la société étrangère se brisa en plusieurs morceaux, c'est-à-dire en plusieurs salons. On ne compte plus aujour^i'hui tous ceux qui, petits ou grands, s'ouvrent chaque jour pour des déjeuners, des five o'clock teû, des dhiers, des bals et des concerts..

Le triomphe du cosmopolitisme est complet. Mais l'éparpillement de ce monde bariolé, mobile, changeant, est tel qu'il échappe à l'analyse. La colonie russe qui avait presque disparu, semble revenir; il y a à Pau maintenant une église grecque et un pope. La colonie anglaise est toujours considérable, mais la colonie américaine tend à devenir la plus nombreuse. Chaque année amène du nouveau, de l'imprévu.

Durant la saison, la colonie étrangère est prépondérante. Elle impose sa forte empreinte dans les moeurs et les habitudes de toute la ville. La société et les usages du pays ont disparu. La courtoisie béarnaise, l'esprit béarnais n'ont plus de salon où ils puissent s'entretenir et semblent se perdre tout à fait.

Chaque nation a importé quelques amusements , quelques nouveaux usages qui auraient causé de l'ébahissement chez nos pères.

Les Anglais ont fondé la renommée de Pau et lui

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sont fidèles, on le sait, John Bull est surnommé le boutiquier. Que les Anglais qui arrivent sur les bords du Gave appartiennent au Peerage, à la Gentry ou à lu classe des boutiquiers enrichis^ on ne s'en inquiète pas le moins du monde. La richesse est tout. Celui qui donne les plus belles soirées et qui répand le plus d'argent est le premier à Pau. Des princes destinés à porter les plus belles couronnes du monde n'ont pas été accueillis comme Gordon Benett prodiguant l'or dans les fêtes et répandant partout le Champagne à grands flots.

Ce n'est pas seulement dans les idées et les mœurs que les étrangers ont marqué leur cachet, c'est encore dans la physionomie de la ville, dans le style de ses constructions modernes.

On parlait autrefois du chiUcau scii^ncuri il, de la niclaiiic, du vide-bouteilîc ; on ne parle aujourd'hui que de villas, de chalets et de cottages. Plus de ces vieilles charmilles, de ces orangeries et de ces bosquets de chênes séculaires ; tout est nouveau, tout a change d'aspect.

Déjà, en 1766, Horace Walpole constatait, dans un style humouristique, les progrès de l'anglomanie en France. A propos de la manie naissante du jardin anglais, il disait : « On n'aura jamais ici (en l-rance) « d'aussi beaux paysages que chez nous, tant que le « climat ne sera pas aussi mauvais que le nôtre »>. Aujourd'hui, les jardins anglais ont détrôné les potagers d'autrefois et les arbres exotiques les arbres fruitiers.

Le style des constructions est d*une variété uitinie»

comme la variété des nationalités de ceux qui les ont demandées. Qu'on 'visite la villa qu'un Anglais, M. Stuart, a fait bâtir à Pau et celle qu'une grande dame russe a fait élever à Baliros, et l'on verra que nos Béarnais n'auraient jamais eu l'idée de constructions pareilles.

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