‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 107 sur 126 · LHS SALONS DH LA STATION HIVERNALE · texte numérisé non relu

LHS SALONS DH LA STATION HIVERNALE

La pii'Ji'iiiiri'. — Le château. — Salons particuliers. — Salons à louer et fêtes à prix fixe.

L'éclat des fûtes que donnèrent à leur hôtel les préfets des Basses-Pyrénées doit compter parmi les causes qui retinrent ou tirent revenir à Pau les étrangers sensibles à l'attrait des plaisirs mondains. C'est à la préfecture qu'on rencontrait le plus facilement tout ce que la saison comptait d'élégant et de nilliné.

Des artistes renommés vinrent s'établir à P.ui, où les attirait une population riche, oisive, affolée de plaisirs.

M. Armand Laity n'était pas de ceux qui ne voient dans les fonctions publiques qu'un moyen de s'enrichir. Il était si magnifique, si généreux qu'il dépensa une partie de sa fortune personnelle à bien faire les iionneurs de la société de Pau.

C'était vraiment un beau coup d'aùl que celui de ses fêtes. Les bals travestis surtout permettaient au.\

dames le pittoresque des costumes des différents pays, et aux hommes l'éclat des uniformes de toutes les cours et de toutes les armées européennes.

En entrant, on se groupait d'abord un peu par nation ; puis, au premier coup d'archet, la glace était rompue, tout était confondu et l'on ne remarquait plus que la beauté des danseuses. Le service était fait comme dans les grandes maisons de Paris et souvent tout venait de Paris.

Le baron Pron continua les traditions de M. Laity. De plus, M""^ Pron avait salon ouvert tous les soirs. M. Pron était un homme d'intelligence supérieure. Il n'avait qu'un défaut, peu commun, celui d'avoir trop d'esprit. Le trait qu'il lançait frappait toujours juste et bien ; mais loyalement. Il n'attaquait pas les gens sans défense ; il troublait surtout la quiétude des députés et des sénateurs de l'Empire.

Son successeur, M. d'Auribeau, secondé par son secrétaire général, le baron d'Etigny, reçut grandement aussi les personnages illustres qui parurent à Pau, surtout dans le temps que la cour était à Biarritz.

La chute du trône impérial ne ralentit pas les progrès de la société de Pau. Pendant le siège de Paris, beaucoup de familles vinrent dans les régions pyrénéennes chercher le calme et la paix. Des personnages importants s'y arrêtèrent allant à Saint-Sébastien, où ne fleurit pas l'oranger.

M. Thiers^ un habitué de nos eaux thermales, choisit pour faire les honneurs de la préfecture de Pau, une des plus exquises intelligences féminines du fau-

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bourg Saint-Germnin : la marquise de Nadaillac, qu'il appréciait infiniment. Le marquis de Nadaillac était — il l'est toujours — un homme de valeur dont les ouvrages sont estimés des savants, et un vrai gentilhomme qui, chez lui, savait mettre à l'aise les gens de tous les partis.

Le baron et la baronne de Vaufrcland restèrent peu à l'hôtel de la préfecture, assez cependant pour y être appréciés de tous ceux qui aiment la haute société. Depuis leur départ, les grands salons ofliciels n'ont guère fait parler d'eux.

Les salons du château sont fermés. Sous le second Empire, ils s'ouvrirent quelquefois. Abd-el-Kader v passa quelque temps. Il se considérait comme le prisonnier et non comme l'hôte de la France. D'abord, il voulut recevoir; mais il comprit bientôt l'ennui des questions indiscrètes. « Pourquoi avez-vous tant de femmes? » lui dit un jour une jeune dame. Il répondit galamment : « Si j'avais connu les Françaises, je n'en aurais épousé qu'une ».

En 1857, le duc dcHamilton, et sa femme, la princesse Marie de Bade, passèrent leur hiver au château. Le souvenir de leurs fêtes, de la générosité du duc, de l'exquise bonté de la princesse dure encore parmi les Béarnais qu'ils accueillaient avec plaisir.

La reine Isabelle II, en 1868. reçut de Napoléon III une hospitalité dont les jours étaient malheureusement comptés. La reine se trouvait bien dans ce berceau de sa race. Elle y recevait avec une bonté intinic de nombreux visiteurs. Tous les jours, elle sortait en voiture;

son fils, Alphonse, se promenait à pied tous les matins avec son père, le roi don François d'Assises.

Après le départ d'Isabelle II, l'Infant don Sébastien s'établit dans une belle villa où il donna des fêtes princières. Il était le Mécène de tous les artistes. La mort le surprit au moment où, après l'avènement de son neveu, il se disposait à aller revoir l'Espagne. Le prince avait su se faire de vrais amis en Béarn ; sa perte y fut vivement ressentie.

Il était d'autres salons qui ont retenti du bruit de fêtes dont le souvenir disparaît facilement au milieu d'une population nomade.

Qui se souvient des fêtes du général Jacqueminot, de M""^ Paturle, du duc de Bisaccia, de M. Cheuvreux et de tant d'autres qui ne sont plus, ou qui ont délaissé Pau ?

Jadis les salons où l'on recevait étaient ouverts toute l'année. Ce n'étaient pas des salons improvisés; les vieilles traditions de famille s'y perpétuaient. En héritant d'un père, on voulait hériter aussi de son esprit, de son amabilité, de ses amis, de la considération qu'il avait acquise.

Ceux qui l'ont connu à Pau n'oublieront jamais le vicomte de Caste! bajac, le collègue de Chateaubriand à la Chambre des pairs et son collaborateur au Conservateur. Lorsqu'il vint se fixer à Pau, il y a plus de trente ans, la jeunesse n'avait pas perdu le respect des vieillards ; l'honneur d'une longue vie noblement employée comptait encore pour quelque chose.

M. de Castelbajac jouait parfaitement le whist; on

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le joue encore aussi bien au cercle ; il aimait la bonne musique : on en fait encore d'aussi bonne au Casino ; il donnait d'excellents dîners : cette habitude n'est point perdue ; mais il avait des qualités qui deviennent bien rares dans une ville de sport : une politesse égale pour tous, charmant tout le monde, ne blessant aucune susceptibilité ; un esprit qui allume celui des autres au lieu de l'éteindre, l'art de plaire aux hommes sérieux et aux femmes aimables, la fidélité aux vieux amis jamais délaissés pour des amis de passage ; un tact infini pour reconnaître les hommes de valeur et les préférer aux gens affublés de titres plus ou moins régularisés.

La mort du vicomte de Castelbajac ne fit pas fermer son salon. Les bonnes traditions y ont toujours été gardées par une fille digne de lui, et qui ne me permettrait pas de faire l'éloge de son esprit et de son ardente charité.

Mais actuellement, à Pau, où de vieilles et de nouvelles familles possèdent de belles fortunes, on ne pourrait pas citer un salon où les étrangers ne dominent pas, où l'on ne truu\e pas plus d'Anglais et d'Allemands que de Béarnais.

Nous touchons à l'époque où l'on ne se tait pas un salon : on en loue. Les grands appartements destiné^ jadis à recevoir, embellis parles maîtres de la maison, ornés avec art et splendeur, ne sont plus nécessaires. Dans les superbes hôtels, on trouve des salles de bal .\ la disposition de ceux qui veulent taire danser. On commande un bal, comme on commande un dîner.

On paie la note, et tout est dit. Ce qui forme un des gros articles, c'est le Champagne.

Gordon Benett annonce, de New- York ou d'ailleurs, qu'il veut donner à Pau un bal tel jour. A son arrivée, tout est prêt, y compris les invités, connus ou inconnus de l'amphytrion, peu importe. Le lendemain, Gordon Benett a disparu. C'est très admiré, puisque l'on ne considère plus que l'argent jeté à pleines mains.

CHAPITRH III

LES MYSTERl-S DE PAU

Aveu l lires inédites. — Liidy Emilie O'Iirieii-l'iti-GèiaU. — M. de Toiirville. — IdyUe et tragédie. — liiilèvenient d'un personnage espagnol. — Ceux qui n'auraient pas dû être présentés.

Si le chef du parquet à Pau osait dire tout ce qu'il apprend, tout ce qu'il voit de choses diverses dans ce mélange de tant d'étrangers réunis pour quelques mois, il pourrait faire un livre curieux sur les Mvstt'rt'S de Pau. Chaque saison y ajouterait un nouveau chapitre. Ce livre, j'aurais pu l'écrire. Je veux du moins en donner une idée.

0\\ ne voit que ce qui se passe à la surface, au grand jour. Mais ce qui s'y passe dans les bas-tonds et dans l'ombre ? Combien de romans ébauchés sur le bord de la Tamise ou de la Neva ont eu à Pau leur dénouement! Combien de romans, commencés dans les Pyrénées, se sont continués dans les plus loinMÏnes contrées d'IZurope et d'Amérique!

Un jeune Français avait pour voisine une jeune Anglaise. Après un long échange de regards et de sourires, les amoureux purent se rapprocher, s'entendre, s'aimer et faire approuver de leurs Exmilles l'union formée de la façon la plus romanesque : mais le roman commence surtout quand il aurait dû finir. Monsieur est attaché au sol natal; Madame a l'humeur vagabonde ; le mari veut retenir près de lui sa femme adorée : elle lui apparaît et disparaît. Elle se prétend un jour victime d'une tentative d'enlèvement essayée par son mari et elle en porte plainte à la justice. Elle quitte la France, puis revient faire à son mari une visite inespérée, et lorsqu'il croit l'avoir fixée, elle disparaît encore... On dit qu'en ce moment elle est établie dans la cinquième partie du monde.

Si je racontais les galanteries d'une princesse russe ou les amours criminelles d'une blonde Anglaise dont les yeux sont aussi purs que Tâme est noire, je courrais le risque ou qu'on reconnût mes portraits ou qu'on crût les reconnaître en leur prêtant des ressemblances auxquelles je n'aurais pas même songé.

Aujourd'hui, si une femme a fait parler d'elle à Saint- Pétersbourg ou en Amérique, quelque compatriote charitable se trouve ici tout à point pour révéler les secrets d'une existence dévoyée. Autrefois, les renseignements étaient difiBciles à prendre et l'on oubliait trop cette maxime que de tout inconnu le sage doit se méfier.

Les archives du parquet seraient une mine de renseignements curieux. Cependant^ j'ai hâte de le dire, dans

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cet amalgame de gens venus de tous côtés, j'ai souvent été étonné du petit nombre de crimes commis à Pau par des étrangers ou contre des étrangers.

Voici quelques affaires déjà oubliées qui firent du bruit en leur temps.

Une brillante chaise de poste, certain jour, s'arrêtait devant l'hôtel de France; un Anglais et sa femme en descendaient. La femme avait grand air, et les égards que lui témoignait son propre mari commandait le respect de tous. Elle se nommait lady Emilie O'Brien- Fitz-Gérald.

Lady Emilie parlait de ses grandes relations, de son crédit à la cour de France et à celle d'Angleterre. Elle avait, disait-elle, épousé en premières noces un personnage napolitain, et, comme dame d'honneur de la reine des Deux-Siciles, elle avait brillé, jeune encore, dans les têtes de la cour de Naples. Elle racontait avec un certain charme les détails des grandes cérémonies royales, auxquelles elle avait assisté. Elle affectait d'être catholique fervente ; elle fit des dons à l'église de Saint- Martin, et, dans des jours de villégiature au cii.ueau de Guirodet qu'elle avait loué pour l'été, elle avait un aumônier.

Son père était un général anglais dotit elle disait le nom. Quant à sa mère, elle laissait entendre que c'était la reine Caroline d'Angleterre. Son mari poussait jusqu'à l'excès les attentions et les marques de profonde detérence envers sa femme. Sa naissance, à lui aussi, était entourée de mystère : il se disait fils de la princesse de Castiglione. Leur vie était édifiante : on les voyait

plus souvent à l'église que dans le monde. Ils vivaient, d'ailleurs, en grands seigneurs.

Ces étrangers dépensaient beaucoup et ne payaient pas. L'histoire qu'ils racontaient pour expliquer la perte de leur bourse me parut suspecte, je les fis venir au parquet, je leur demandai des explications sur le nom qu'ils prenaient et qui les aidait à faire des dettes considérables :

La grande dame se récria, blessée, à de pareilles questions, me menaçant de la colère de ses puissants amis. Les deux époux furent néanmoins arrêtés, jugés en police correctionnelle, et, après de longs débats, condamnés à Temprisonnement.

D'après le marquis de Londonderri, qui se trouvait alors à Pau, le nom du père de lady Emilie ne figurait aucunement parmi les généraux anglais. En vérifiant les dates, elle n'aurait eu que dix ans au moment de son prétendu mariage à Naples, et la princesse de Castiglione aurait eu quatre-vingt-dix ans au moment de la naissance de son prétendu fils O'Brien-Fitz-Gérald.

Quelques jours après leurs condamnations, un avocat anglais, écrivain connu, vint me trouver. « La justice française, dit-il, a commis une grande erreur en prenant pour de vils escrocs de grands personnages obligés de cacher le mystère de leur origine. » Il me demanda le chifire de leurs dettes et l'acquitta immédiatement : 50,000 francs environ.

En attendant que la cour pût juger l'afi'aire en appela la liberté provisoire fut accordée moyennant une caution de 6^000 francs que paya l'avocat; mais,

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