LI- JAMBON DE BAYONXE. 5I
visa qu'il cstoyt trompe et trouva que c'estoyt ung sabot de bois qui sont des souliers de Gascogne. Yl estoyt emmanché d'un bout de tizon, et pouldré pardessus de pouldre de fer avecq de l'espice qui sentoyt fort bon.
Qj-ii fut bien pesneux ? Ce fut le secrétaire, tant pour avoir esté trompé de celluy qu'il cuydoit tromper que pour avoir trompé celle à qui yl voulloit et pensoit dire vérité ; et d'aultre part, luy fiischait fort de se contanter d'un potaige pour son soupper. Les dames, qui en estoient aussi marries que luy, l'eussent accusé d'avoir fait la tromperie, sinon qu'elles congneurent bien à son visage qu'il en estoit plus marry qu'elles. Et après ce léger soupper, s'en alla le secrétaire bien collère ; et voyant que Bernard du Ha lui avoyt failly de promesse, luy voulut aussi rompre les siennes. Et s'en alla chez le lieutenant criminel, délibéré de luy dire le pis qu'il pourrait du dict Bernard. Mais il ne peust venir sitost que le dict Bernard n'eut desjà compté tout le mistère au lieutenant, qui donna sa sentence au secrétaire disant qu'il auoyt aprins à ses dépens à tromper les Gascons, et n'en rapporter aultre consolation que sa honte.
Cecy advient à plusieurs, lesquels cuydans estre trop fins, se oblient en leurs finesses ; parquez il n'est tel que de ne faire à auttruy chose qu'on ne voulusse estre fiiicte à soi-même '.
' Heptam., xxvui'* nouvelle. Ed. Leroux de Lincy, t. Il, p. ^40.