‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 19 sur 126 · LK MARIAGE · texte numérisé non relu

LK MARIAGE

Un acte de 145 1 dit que Guillaume, ne pouvant avoir de postérité de sa femme Mariana, lui a payé une dot de 150 sous, et l'a placée comme donalc ï l'hôpital de Lespiau. La donate était consacrée au service de l'Eglise; elle apportait une dot, et on lui cédait une maison et certains revenus.

Comme le mariage est un sacrement qui rend licite ce qui, autrement, serait un péché, ejjicittir Jicilum qiiod aliter cssel peccalmn, on regardait comme œuvre pie de flivoriser le mariage du pauvre.

Les nobles étaient obligés de marier leurs serfs et leurs serves. Dans plusieurs testaments anciens, on trouve des sommes léguées pour doter des filles indigentes.

Gaston VI, dans son testament daté de 1288, lègue mille sous aux lilles et veuves à marier dans la ville d'Orthez'.

En 13 18, Marguerite, sa lille, lègue dans son testament deux mille sous pour marier les filles pauvres et laisse son lit à l'hôpital de Roncevaux.

Il est inutile de traiter ici la question du droit du seigneur et celle des Massipia '. Voici, cependant, de nouveaux documents :

Rosine, femme de Bernard de Eorgesants, l'avait abandonné /)rtr iniquilc cl niaHa% pour se conduire // sa ^iiisc de la manière la plus scandaleuse. Bernard, se

' Archives tic Pau, \'\. 29 j.

* Ces questions ont été traitées ilaiis m ui Histoire du droit dîtiix les Pyrénées, ouvrage qui a obtciui les sutVragcs de l'Institut.

voyant tout seul, hederis se solet, sans compagnie de femme, voulant et désirant en avoir, comme à tout homme, depuis l'âge convenable, il est permis de le faire selon droit et bon motif, es licîi et pennetut far segun dret et hone rason, il prend chez lui Armandine d'Abbadie, avec le consentement de sa famille ; elle remplacera sa femme, et, si celle-ci vient à être rappe lée par Dieu, Bernard s'engage à épouser légitimement Armandine. Cet acte, passé à Gan le 23 mars 1479, constate qu'il a été signé de bonne, pure, vraie et loyale amitié, par Bernard et Armandine qui se sont baisés de bouche à bouche et de lèvre à lèvre.

Guillaume du Cog, abandonné par sa femme, s^oblige par devant notaire, le i'^' avril 1381, à recevoir chez lui Gailhardine, fille de Supervielle, à lui donner à boire et à manger, à la vêtir et chausser comme il convient à une servante, macip. Il lui promet del'épouser quand sa femme légitime ne sera plus et Gailhardine promet de se marier avec lui, si elle devient veuve ^

Comment a-t-on pu dire, à propos de ces actes, que « les mœurs béarnaises traitaient légèrement le sacrement du mariage « ?

Les maris abandonnés de leurs femmes reconnaissaient cependant qu'ils ne pouvaient se marier légitimement qu'après la mort des infidèles. Ils est donc bien avéré qne ni l'Église, ni les Fors du Béarn ne permettaient pas d'exception à l'indissolubilité du lien conjugal. Au moment même où l'on violait la sainteté

' Voir d'autres actes, Histoire du droit dans les Pyrénées, p. 40 ) .

LE MAlUAGi:. jj

du mariage, on reconnaissait que la mort seule pouvait le dissoudre.

Mais, dans ces temps anciens, on faisait publiquement des conventions qu'on n'ose plus stipuler qu'en secret. Comme on écrivait peu, on s'adressait le plus souvent aux notaires qui mettaient dans leurs registres beaucoup de choses qu'ils se garderaient bien d'y insérer aujourd'hui.

L'ignorance des notaires n'avait pas force de loi.

Si l'inconduite du mari délaissé par une femme pleine à' iniquité et de malice ne s'affiche pas maintenant :WQC la naïveté du moyen âge, elle n'en est pas pour cela plus rare.

Parmi les actes notariés, on en trouve où le mari se préoccupe de ce que fera sa femme si elle devient veuve. En 1585, le président Arnaud de Tisnès reconnaît à sa femme, Annerotte d'Hngaçaguilhem, le droit de se remarier, pourvu que ce soit avec n\\ protestant. Durant les guerres de religion en Bcarn^ la fureur des partis se maniteste jusque dans les dispositions des dernières volontés. En 1568^ un père prononce l'exhérédation de son fils s'/7 épouse la religion papiste.

On a écrit un livre intitulé : Coin meut on se nuv ie.

Pour la célébration du mariage, il existe dans chaque pays, presque dans chaque village, des usages bien divers. Je serais fort embarrassé de relever tous ceux qui ont été jadis ou qui sont encore observés en Béarn.

Voici la Ségne, par exemple. Tous ceux qui en ont parlé n'en ont pas bien compris l'origine.

L'habitant du lieu s'appelait voisin (^vicinns, l'homme

du vie). Le droit de voisinage se payait; à Pau, avant 1774, il coûtait 500 livres ; depuis cette époque, on le paya 1,000 livres. L'homme du peuple ne donnait que 50 livres.

QjLiand un des époux n'était pas de la ville, on lui fiiisait payer la bienvenue. Primitivement on mettait une ronce (sègiie) devant la porte des nouveaux mariés, quand ils revenaient de l'Eglise; plus tard, ce fut un ruban. En même temps, on leur offrait du vin : s^ils payaient une somme fixée qui permettait d'aller faire un grand repas et de boire à la santé des époux, on leur faisait bon accueil ; s'ils refusaient cette contribution, on les punissait d\ui interminable charivari.

Les Etats de Béarn se plaignirent d'un usage qui troublait l'ordre. Lorsqu'un homme ou une femme, disaient-ils, va se marier d'un lieu à un autre, certains compagnons du lieu où se dit la messe nuptiale prennent une ronce ou autre empêchement et ne laissent passer les nobis qu'autant qu'ils ont payé i ou 2, ou 3 livres et autant de pots de vin.

Les Etats de Béarn font remarquer que les gens de la Sègue s'enivrent, parce que le vin ne leur coûte rien, et que l'ivresse occasionne des querelles et des coups.

Le roi de Navarre, par ordonnance de 1482, défendit la Sègue à Pau. Oiiand j'étais chef de Parquet, à Lourdes, j'ai vu faire la Sègue devant la porte de la maison que j'habitais, et, longtemps, j'ai tenté de vains efforts pour déraciner un usage disparu depuis des siècles de la ville de Pau.

Page 1