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rois se rendirent; d'autres envoyèrent des ambassadeurs.
Chaque personnage avait sa place marquée.
1^1 messe ne put commencer qu'un quart d'heure après l'arrivée de Madame. L'évéque d'Aire oflicia. Les chants furent exécutés par des chantres bien notables ] 200 prêtres, 400 clercs entouraient les prélats. Le luminaire était magnifique : des centaines de torches de couleur, et décorées de l'écusson du comte, brillaient dans l'église.
L'évéque de Lescar prononça l'oraison funèbre du comte défunt. L'ordonnance de lashoNorsciwiik prescritle devoir à chacun de donner au prédicateur tous les renseignements qu'il pouvait avoir sur l'illustration de la maison du comte, sur tout ce qu'il avaitfaitdegrand, et sur tout ce qu'il avait fait de bien, notamment en payant ses dettes. Ceux qui avaient offert des dons de draps mortuaires et de cierges devaient aussi fournir au prédicateur la note de leurs dons. L'honneur d'avoir son nom cité en chaire excitait beaucoup de libéralités.
Avant l'offrande, les barons et les nobles, puis les dames^ deux par deux, défilèrent deux fois autour du cabafalque en criant : Biaffoie de Monseigneur'.
L'écuyer qui montait le cheval du Tournoi était tout équipé de blanc sous sa cotte de mailles ; le petit heaume qui couvrait sa tète était marqué aux armes de
' BÎAjfovc, Biahofte sij^nific encore en béarnais : clameur. Lorsque ce mol retentissait jadis, il obligeait tous les sujets du comte à sortir de chez eux et à voler au secours. C'était encore un cri tie détresse, et dans la cérénionie funèbre, on pouvait le traduire ainsi : malheur l il est mort!
Foix et de Béa m. Il portait au cou un écu aux armes de Monseigneur; il avait à la main une belle épée. L'cpée fut offerte à l'évèque ; le comte prit l'écu, le montra à l'assemblée, puis en fit don avec le cheval à l'écuyer qui ôta sa cotte de maille et la livra.
Le cheval de la bannière fut offert par un noble personnage de la famille du comte; celui-ci portait les diverses pièces de l'armure du défunt, jambard, cuissards, gantelets^ bassinet, et cotte de maille armoriée.
Le cheval du peunon et celui de la devise furent remis à leur tour, l'un par un écuyer armé de toutes pièces, l'autre par un seigneur également armé et coiffé d'un cabasset de fer entouré de guirlandes et de fleurs. Alors les communautés et les seigneurs présentèrent à l'oftrande des draps d'or au nombre de 221 et des cierges au nombre de 2,251. Tous ces dons furent aussitôt placés dans le lieu destiné à cet usage.
La messe dite, l'évèque d'Oloron prononça quelques paroles touchantes, et récita les dernières prières.
Madame se leva ensuite de son banc et fut conduite au caveau où reposait celui qu'elle avait tant aimé et qui l'avait toujours adorée. L'accompagnaient les baronnes, d'autres grandes dames et des femmes qui avaient obtenu la permission d'exprimer, selon Tusage populaire, leur vive douleur par des pleurs, des cris et des déplorations bruyantes.
Dans l'ordonnance des funérailles du comte Jean, il est dit que toutes les dames suivraient l'affligée au lieu de la sépulture, pleureraient et crieraient doucement tout bas, kl scf^uiran tôt es la doues ploran et doceinent r rida h
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ti vas. l^uLir les obsèques d'Archaniband, l'autorisation avait été donnée de pleurer et de crier fort.
Quand toutes les cérémonies turent terminées, les 1,200 prêtres et clercs, les abbés et les évéques se rangèrent à la hasalhiqiic et reçurent: chaque prêtre un florin, chaque clerc 3 florins, chaque évéque, abbé ou grand clerc, un écu.
En rentrant au château, on se mit à table, et les convives, dont le nombre était très considérable, trouvèrent assez de vivres de toutes sortes et de vin pour boire et manger complètement à souhait conipIcUvnen à plascr. Tout le peuple fut invité au repas, et à tous on donna la pitance, piliviça.
Le lendemain, une messe lut célébrée pour les morts de la famille comtale, et, le sm-lendemain, une autre messe pour les vivants i\c la même famille.
Le premier jour, il y eut trois grands repas ; le second jour, il y en eut deux ; le troisième jour, on donna à plus de cent pauvres du pain, de la viande et du vin.
Pour tenir noblement, pendant trois jours, envers une foule si grande d'invités, de toute classe et de tous pays, table ouverte où l'on mangeait sans compter f^vw coude), il avait fallu faire bien des préparatifs.
L'ordonnance avait tout prévu, tout réglé.
On enplova 120 conques de blé pour fiiire le pain et il fallut quatre jours pour le iaire cuire. Les provisions principales consistaient en 30 bœuls, 100 moutons, 50 chevraux et 200 poules. On fait observer que, s'il n'y a que ça de poules, c'est qu'il est d'usage en pareil jour de ne pas dépenser trop de volailles, // lui j'orn no
/ despence trop poralhe. On but 25 pipes de vins (6 hectolitres à la pipe) dont sept étaient de vin blanc.
Dans les repas funèbres, même chez les princes, on ne se servait pas de vaisselle d'argent, mais d'assiettes de bois. Les évoques et les hauts seigneurs avaient seuls droit à des assiettes d'étain.
Comme pour faire cuire tant de viandes, toutes les chaudières de la ville n'auraient pas suffi, l'ordonnance désigne les villages voisins où il faudra en emprunter.
Il n'y avait pas de salle assez grande pour contenir cette énorme fouie de convives. On avait eu soin de se procurer d'avance assez de tables, de bancs ^ d'escabeaux et de serviettes. Le couvert fut dressé dans toutes les chambres, et jusque sous les porches.
Enfin l'ordonnance avait prescrit des mesures pour la bonne exécution du service ; elle recommandait de se procurer un nombre suffisant de domestiques et de choisir dans le pays des personnes connues, afin que les étrangers fussent bien soignés (que lotis eslrangers si an pi à a pensat:().
L'histoire des funérailles des seigneurs de Béarn devenus rois de Navarre et lorsque de cette royauté le titre seul leur fut resté, cette histoire serait trop longue. Les Etats votèrent souvent, dans ces occasions, des fonds extraordinaires. Par exemple : 4,000 écus pour les obsè-
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qucs de Jean d'Albert '. Les litats participèrent également aux frais des funérailles de Marguerite de Valois-'.
Il y eut des difficultés de préséance aux honneurs funèbres de la reine de Navarre, entre les pays de Béarn et de Foix \ De la cour de France et de divers pays était venue une foule considérable de personnages; le roi de France s'était fiiit représenter. C'est lui qui, d'accord avec le roi de Navarre, fixa le rang que devaient occuper les grands seigneurs et régla l'ordre de la cérémonie.
Le vicomte de Lavedan était le i^rand maître du convoi. Après la duchesse d'Lstouteville, le duc do Montpensier, M. le Prince, le duc de Nemours, le duc d'Aumale, le duc d'Estampes, le marquis du Maine et M. de Rohan. Les grands deuils étaient conduits par le duc du Vendômois, le comte de Caraman, qui descendait d'Isabeau de Foix portait la couronne royale; deux gentilshommes portaient le sceptre et la main de justice. Le vice-chancelier de Navarre et les trois plus anciens conseillers tenaient les coins du drap mortuaire. Les Etats de Navarre, de Foix, de Béarn, de Bigorre et de Nebouzan assistaient en corps aux funérailles i\ la cathédrale de Lescar. L'eifigie de la reine, vêtue de noir, fut étendue sur une estrade dans une chapelle ardente.
De Thou * rapporte qu'en 1388 Vejji^ie du duc de Joyeuse fut portée dans les funérailles, honneur qui n'c-
' Aicliivcs de Pau : C. CSo.
• IbiJ., C. (38 i. ' Ibid., C. ôSj.
* Livre X. C.
tait dû quaiix rois. Dom Vaissette ^ parle d'une singulière coutume des enterrements des hauts barons : « On faisait, dit-il^ coucher dans le Ht de parade qui se portait aux enterrements, un homme vivant armé de pied en cap, pour représenter la personne du défunt ; on trouve dans les comptes de la maison de Polignac qu'on donna en 1375, trois sols à Biaise pour avoir fait le chevaher mort, à la sépulture de Jean, fils de Randoure Armand, vicomte de Polignac. »
Au repas funèbre donné après les funérailles de Marguerite, le nombre des convives était à ce point considérable qu'on ne put les recevoir tous à la même table, ni dans la même salle. Le duc de Vendômois présida la table où mangeaient les grands deuils.
Poeydavant ^ rapporte que Henri II étant mort à Hagetmau, a son corps fut déposé à la cathédrale de Lescar : on lui fit rendre les services funèbres dans l'église de Pau où assistèrent les jurats de la ville en livrée, les seigneurs du conseil accompagnés de la noblesse et d'une grande foule de peuple. »
Un des plus grands personnages de la période parlementaire fut Raymond Dalon. Pendant quelque temps,
' Ilist. du Lai'.ffucdoc, 1. IV, v. 520. ' T. I, p. 77- '
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il avait cumulé les fonctions d'Intendant avec celles de Premier Président. Du Tillet dit qu'il fut « un des plus savants et les plus beaux esprits de son siècle ». C'était le siècle de Louis XI V ! Saint-Simon ajoute : « C'était un des meilleurs et des plus honorables magistrats du royaume et ami de mon père. » Il mourut à Pau le 23 avril 1701. Il y fut enterré le 26. Son fils aîné, qui le remplaça comme Premier Président, était à Bordeaux et n'eut pas le temps d'arriver. Un autre de ses fils, abbé de Saint-Pé, présida aux funérailles.
Voici l'ordre du convoi :
En tête marchaient cent pauvres vêtus de noir, chacun portant un cierge. Venaient après les cordeliers^ puis les capucins, chaque ordre ayant sa croix particulière. Quatre-vingt-dix prêtres en surplis précédaient le curé de Saint-Martin entouré de ses vicaires.
Six greffiers en robe, trois à droite, trois à gauche, portaient les uns le manteau et le ch:\pcvon présidents! la robe rouge, le mortier; les autres, le casque, l'épée et les éperons de chevalier.
Tous ces insignes étaient voilés d'un crêpe noir.
QjLiatre des plus anciens conseillers tenaient les cordons du drap mortuaire. Six procureurs en robe portaient le cercueil, qu'escortaient les jurats de Pau en livrée et les valets de ville.
Après le corps, venaient le i^rand deuil et le parlement en robe rouge. L'abbé Dalon était placé entre les présidents de Gassion et d'Lsquille ; M. d'Auriac , gendfe du défunt, entre les présidents d'Urugne et Doat.
Toutes les cloches de la ville sonnaient ; toutes lesboutiques étaient fermées. A l'église paroissiale, 1^ chapelle du roi avait été transformée en chapelle ardente; le cercueil, couvert des insignes du défunt, y fut placé au milieu de quantités de cierges allumés. Après l'office, l'abbé de Baccarisse, curé de Saint-Martin, célébra la messe avec diacre et sous-diacre. L'abbé Dalon et tout le parlement allèrent à l'offrande. Le corps fut enterré dans la chapelle du roi. Le parlement et les jurats accompagnèrent les affligés à la maison mortuaire. Les registres secrets du parlement donnent tous les détails de la cérémonie.
Une relation imprimée raconte le service funèbre qui eut lieu dans l'égHse des cordeliers, le 17 mai ïj66'^ pour le repos de l'âme du Dauphin.
L'évêque de Lescar, président des Etats, eélébra lamesse chantée en musique. L'abbé d'Espalungue, vicaire général, prononça l'oraison funèbre. « Le portique de l'église étoit drapé en noir avec les armes et le chiffre du Prince. L'entablement étoit couronné par un grand écusson élevé sur des trophées d'armes supportés par la Mort et le Temps écrivant les vertus du Dauphin. Toute l'église étoit tendue de noir avec doublure d'hermine, garnie de cartouches armoriés soutenus par des squelettes voilés. Entre ces cartouches, il' y avoit d'autres squelettes pareillement voilés qui portoient dans chaque main des candélabres à cinq* branches.
(( Le catafalque placé au milieu de l'église s'élevoit jusqu'à la voûte, et étoit placé entre deux grands por-
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tiques d'ordre ionique en marbre peint, noir et blanc veiné ; avec les bases et chapiteaux dorés, armes et trophées... Dans les frontons, des squelettes voilés formoient des bas-reliefs dans les panneaux des entrecolonnes et portoient de chaque main un chandelier à cinq branches. Les portiques formoient l'entrée de deux chapelles ardentes aux côtés du catafiilque sur lequel étoil un cénotaphe d'une belle forme ressemblant à un tombeau bien orné, soutenu par quatre grands dauphins. Au-dessus s'élevoit une grande pyramide bien ornée de cartouches aux armes du prince, laquelle étoit terminée par une grande urne antique et funéraire. Tous les ornements étoient dorés et argentés. Au-dessus de l'urne^ était un grand dais attaché à la voûte dont le fond de drap noir était parsemé de fleurs de lys en or et de larmes d'argent ; quatre tètes de mort ailées avec des ailes de chauve-souris aux quatre coins ; autour de ce dais, quatre grands rideaux noirs doublés d'hermine retroussés avec des nœuds et des glands ; quatre gnmdes pyramides de lumière au-dessous du dais ; près de l'urne un grand squelette enveloppé d'un suaire avec de grandes ailes blanches déployées, tenant d'une main sa faulx et de l'autre une branche de I\s qu'il vient de moissonner.
« Au fond du cluvur, derrière l'autel qui est à la romaine, étoit un gi'and drap mortuaire qui prenoit depuis la naissance de la voûte et descendoit jusqu'aux stalles des religieux ; il étoit soutenu par le haut par trois grands squelettes aux ailes déployées et habillés d'un suaire ori^é d'une croix d'argent et de fleurs de
lys d'or. Une belle et considérable illumination dans l'obscurité que Ton avoit ménagée dans toute l'église présentoit un spectacle touchant et un coup d'œil éblouissant » .
Aujourd'hui, les cérémonies funèbres n'ont pas le même caractère d'originalité. Tous les honneurs à rendre sont réglés par des décrets qui sont loin d'avoir mon approbation.
Les mêmes honneurs ont été rendus à Pau au maréchal Bosquet et à l'infant d'Espagne Don Sébastien. — Le maréchal Niel vint rendre un dernier hommage •à son illustre camarade de Crimée. Le roi d'Espagne se fit représenter aux obsèques de son oncle.
Les grands chevaux du maréchal et ceux du prince parurent dans le convoi; mais ils n'entrèrent pas à l'église. Le vieil usage d'offrir les chevaux au clergé a disparu depuis si longtemps, que le souvenir même en est perdu. Cependant on découvre encore, dans les vallées p3Ténéennes, quelques vestiges des anciennes ■coutumes.
Là, on ne présente plus à l'offrande le grand cheval du chevalier, puisque la chevalerie n'existe plus ; mais •on .présente encore l'agneau du pasteur, les clous for- .gés par le cloutier^ les fruits cueillis par l'agriculteur. Cet usage d'autrefois mérite d'être constaté avant de
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disparaître. Le village, en effet, veut imiter la ville, et bientôt toutes les villes de France finiront par avoir les mêmes usages et les mêmes mœurs sans couleur locale et sans originalité.