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On a dit que hi rnfTale n'était pas plus dans la tctc des Béarnais que dans l'atmosphère de leur pays. Or, avant la llévolution, on vantait leurs inaHicrcs aisées, leur politesse séduisante ^ leur noblesse sans orgueil et leur peuple sans grossièreté.
Ces éloges de la douceur des mœiu's béarnaises sont justifiés par l'histoire.
Il nous est resté plusieurs testaments du xiV^ siècle ; j'en ai publié /// extenso. Le testateur, en général, fiiit aux pauvres des legs considérables. Parfois il ordonne la vente de sa vaisselle et de ses jo3'aux pour que le produit en soit distribué en bonnes œuvres ; il laisse ses beaux vêtements pour l'ornement des églises ; il n'oublie pas les mendiants et les pauvres filles sans dot; il songe aux défunts. Ainsi, dans son testament de 1392, Pées de Laxague laisse de l'argent pour être partit et distribuit aux paubres niendicans, et à paubres punceles maridar, et en niissas cantar en loc de pietat per ma anime et per tôles las aninws que io soy tengut.
Les documents hitoriques et la tradition fournissent la preuve que le seigneur béarnais cherchait à être le père et non le tvran de son village.
Lorsque l'heure d'abolir le servage eut sonné, Henri II et Marguerite Tirent les plus généreux etïorts pour qu'il n'y eût plus de serfs sur leurs terres.
La résistance à cette tentative d'affranchissement général vint des serfs eux-mêmes. La liberté qu'on leur offrait à bon marché ne les séduisait pas. Sans doute ils devenaient libres, mais ;\ la condition de travailler pour vivre. Qui les soignerait en cas de maladie ? dui
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les nourrirait dans la vieillesse ? Qui marierait leurs • filles ? QjLii leur donnerait un toit pour s'abriter ? Qui leur assurerait le pain quotidien ?
Henri II voulut prouver qu'il établissait l'égalité entre les serfs et ses autres sujets : il fit entrer un serf dans la noblesse, malgré de grandes résistances du procureur général de la cour de Béarn.
Les seigneurs de Béarn avaient intérêt à se faire aimer de leurs sujets. Il leur en coûtait cher d'être mal vus par eux.
En tête du vieux For du pays, on raconte qu'anciennement le Béarn n'avait pas de seigneur. Les Béarnais en choisirent un en Bigorre. Au bout d'un an, comme ils en étaient mécontents, ils le tuèrent, et en choisirent un autre en Auvergne. Celui-ci se montra trop orgueilleux, la cour de Béarn le fit mettre à mort par un écuyer qui le férit d'un tel coup d'épieu que l'arme ressortit par le dos.
Il me semble que ce début du For devait vivement impressionner les seigneurs.
Anciennement, il y avait en Béarn douze barons, C'étaient de puissants hommes ; ils composaient la cour majeur et tenaient à la fois dans leurs mains le -glaive de la justice et celui de chevalier.
Un jour le baron de Mirepeix se montra dur pour les pauvres. Et voici ce que dit là-dessus le vieux For :
Item judice lo seignor de Mirepeix qui si auguus deu da
diers et no los posque pagar que posque et fo déposât de judice
qui era deus doutée de Bearn. Idem a jugé le seigneur de
Mirepeix que si quelqu'un doit de l'argent et ne peut
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le payer, il faut qu'il puisse, et il fut déposé de la qualité de juge, et il était l'un des douze de Béarn. »
On a publié un livre sous ce titre : Un baron béarnais au xVa^ siècle. QjLiand bien même un baron aurait commis des horreurs, ce ne serait pas une raison de répéter : ab II no disce onines.
En matière historique comme en matière judiciaire, il ne sulïït pas de dire la vérité, il faut la dire touteentière. Pour juger une affaire, surtout une affaire politique, il ne faut pas se contenter d'une pièce unique, en l'isolant de celles qui peuvent en modifier l'importance, ou en détruire la valeur.
J'ai examiné, avec mes habitudes de magistrat, le dossier de l'affaire du baron de Coarraze. Il se compose de cinquante -sept pièces réunies aux archives des Basses-Pyrénées'. Ce dossier n'est, d'ailleurs, pas complet et l'on courrait risque de se tromper si on ne tenait compte des influences sous l'empire desquelles l'affaire a été instruite et jugée, par deux cours, en sens contraire.
Il importe d'abord de bien connaître les faits. Ils ne sont pas racontés dans la procédure, ils sont constatés par riîistoire.
François Phébus, roi de Navarre et seigneur de Béarn, mourut jeune à Pau. Sa sœur Catherine lui succéda, sous la régence de sa mère Madeleine. Jean de Foix, vicomte de Narbonne, père de ce t'ameux duc de Nemours surnommé V Achille français, voulut intro-
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duire la loi salique en Béarn. Il organisa donc une conspiration à Pau, et tenta de faire comprendre aux Béarnais qu'il leur valait mieux prendre pour seigneur un chevalier qui put les défendre que deux Jîlaridiêres : c'était son expression. Louis XII, beau-frère du vicomte de Narbonne^ désirait faire passer la couronne de Navarre sur la tête du duc de Nemours, qu'il affectionnait particulièrement. J'ai raconté toute cette histoire ' dont l'aftaire du baron de Coarraze n'est qu'un épisode.
Gaston de Foix, baron de Coarraze, avait pris parti pour le vicomte de Narbonne ; il paraît qu'il s'entendait avec le roi de France.
Catherine et Jean d'Albret redoutaient ce voisin puissant et rebelle. Il ordonnèrent une information contre lui. Le baron présenta requête pour s'y fliire représenter par procureur. Ordre lui fut donné de comparaître en personne ; mais il n'eut garde d'aller se mettre aux mains de ses ennemis. Sa terre fut immédiatement saisie par Gaillardet de Lavignole, viguier de Pau. L'irritation du roi de Navarre était visible; il voulait perdre le baron révolté : l'enquête eut lieu sans que le baron fut admis à se faire défendre.
Cette enquête^ qui a été publiée sans commentaire, prêterait fort à la critique si elle était examinée par un juge impartial. Les témoins qui déposent sont parfois très suspects. Ciarmontine, âgée de trente ans, déclare qu'elle a été la maîtresse du baron ; elle ajoute qu'elle
« Voir : Navarre française, t. I. p. 271.
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n'aurait rien dit contre lui s'il l'avait bien payée etc..
QjLiels sont, dans cette enquête, les faits assez prouvés pour que la justice pût les retenir ? Sept. Un seul est relatif à un acte d'immoralité non prévu par notre code pénal; les six autres sont relatifs à la conspiration ourdie contre le Roi de Navarre, en faveur du vicomte de Narbonne ou du duc de Nemours.
Gaston de Foix a-t-il promis de livrer son château de Coarraze d'abord au vicomte, ensuite au roi de France ? A-t-il proféré des menaces contre la reine de Navarre ? N 'a-t-il pas mis son château en état de guerre ? N'a-t-il pas agi constamment contre les intérêts de Jean et de Catherine ?
Voilà l'accusation vraie. On redoute le voisinage du château de Coarraze : le baron est déclaré par défaut coupable d'avoir troublé le repos public, et son château est brûlé sans retard ni merci.
Le baron, si durement traité par le roi de Navarre, était fort protégé par le roi de France. Il s'adresse au parlement de Toulouse qui, ayant quitté cette ville infestée par la peste, siégeait à Montauban. Pierre Ferrant, un des juges de Pau, qui avaient condamné le baron, se trouvait à Montauban pour des affaires personnelles. Le parlement réclama de lui toutes les pièces du procès et, sur son refus formel de les communiquer, le fit arrêter et mettre en prison. Ferrant parvint à s'évader, et, dès qu'il tut à Saint-Gaudens, il porta plainte au pape et lit appel au prochain concile Qîcuménique.
Devant le parlement de Toulouse, le baron de Coar-
raze gagna complètement le procès qu'il avait non moins complètement perdu à Pau. Un arrêt, en date du 1 1 janvier 1507, déclare le roi et la reine de Navarre coupables du hmslement du château de Coarraze; en conséquence, les condamne à cent pistoles d'amende envers le roi de France, à 5,000 livres de dommages-intérêts envers le baron et à la reconstruction du château dans le délai de quatre ans. De plus, Gaston de Foix était délié, sa vie durant, de la juridiction du roi de Navarre et de la fidélité qu'il lui avait promise.
Cet arrêt, qui portait atteinte à la souveraineté du Béarn et aux droits de Jean et de Catherine, fut l'objet de longues discussions. Les Etats de Béarn soutinrent vivement leurs seigneurs et l'indépendance nationale; le roi de France menaça, par lettres patentes, de faire exécuter par la force l'arrêt rendu en faveur du baron de Coarraze. L'exécution en fut ordonnée le 17 juin 1509.
Mais^ en ce moment-là même, un événement imprévu fit tout-à-coup succéder à l'inimitié la plus violente la réconciliation la plus complète. Louis XII perdit son neveu le duc de Nemours à la bataille de Ravenne {13 12) et il sentit la nécessité d'une alliance avec Jean et Catherine contre Ferdinand le Catholique. Le traité fut signé le 17 juillet 13 12. Le même jour, l'arrêt du parlement de Toulouse fut cassé, et personne ne contesta plus l'autorité du seigneur de Béarn.
Lorsque toute l'afîaire est ainsi expliquée, il n'est plus logique d'en conclure que Gaston de Foix était un odieuxtyran de village, et il n'est pas surtout juste défaire
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entendre que tous les barons de Bcarn étaient taillés sur le même modèle.
Que dit donc l'histoire ? Est-ce que les seigneurs féodaux ne commirent jamais de violences? Non pas. Elle dit seulement que le Béarn avait des tors qui accordaient au peuple plus de garanties qu'ailleurs contre les violences des grands. Les vieux fors racontent qu'un seigneur élail très orgueilleux^ et ils approuvent qu'on l'ait mis à mort; ils racontent qu'un baron fut un juge trop dur et ils approuvent qu'on l'ait dégradé.
Même en admettant que le baron de Coarraze ne dût être jugé que sur l'enquête fliite en son absence, il n'en résulterait qu'une chose : la punition sévère qui l'avait atteint par le brusknienl de son château. Or, c'est le seul château brûlé par autorité de justice comme châtiment de l'inconduite d'un baron du pays.
Dieu nous garde de fausser l'histoire pour calomnier la mémoire des anciens chevaliers béarnais, braves et doux entre tous ceux de leur temps.