LES TOILETTES. I
Si dans des jours de deuil et de vieillesse, Marguerite porta souvent une robe noire fourrée de martre, voici ce qu'elle portait dans ses jours de joie et de jeunesse :
Ses cheveux blonds et soyeux sont relevés sous un chaperon de perles que surmonte la couronne d'or; un corsage de velours bleu serre sa taille; une ceinture de pierreries tombe jusqu'au bas de sa robe en satin blanc qui va s'élargissant outre mesure jusqu'à ses pieds; elle porte une seconde robe en satin bleu ouverte sur le devant, comme les manches bouffantes, lesquelles laissent les bras à découvert et s'attachent par des agrafes de diamant.
Marguerite relevait la toilette par la distinction de sa tournure et, j'allais dire, de son langage. Lorsqu'elle s'occupa de la délivrance de son frère, elle fut reçue au château de Guadalaxara par leducd'Infantado. « Là, dit Brantôme, elle triompha de bien dire et de bien haranguer avec une bonne grâce dont elle n'était pas dépourvue... d'autant qu'avec cela elle était belle, jeune et veuve. »
Reine de Navarre, elle voulait qu'on eût grande tenue â sa cour. Ainsi, en donnant 25 écus d'or à son receveur général du Berry, maistre Olivier Bourgoing, elle explique qu'elle lui fait don de cette somme « pour « l'employer en habillemens et estre plus honneste- « ment autour de sa personne » .
Elle dépensait beaucoup pour la toilette de ses demoiselles, pour fiîiic rohhcs et donner des bijoux. Voici le trousseau qu'elle fournissait à Jeanne de Latours,
lorsque cette demoiselle épousa Adam du Banquet, pannetier de la maison royale :
« Sept aunes deux tiers de toile d'or; sept aunes « deux tiers de toile d'argent ; neuf aunes de velours « cramoisi violet ; quatre aunes et demi de taffetas « jaune pour doublure de robe, dix aunes de velours (( crii moisi rouge pour faire robe; quatre aunes et demi « de taffetas blanc ; quatre aunes et demi de taffetas « noir pour doublure ; dix aunes de satin noir pour « faire robe ; neuf onces de tresses de fil d'or et d'arec gent; une aune et demie de satin; cinq aunes deux « tiers de damas blanc ; une aune de velours noir pour « faire chapperon; six aunes de velours rouge de Paris « pour doublure; une aune et demi de rousset frizé « pour les plis des robes ; une aune et demie de toiles « pour doublure ; trois aunes de futaine noire d'Augs- « bourg pour doublure ; trois aunes de satin cramoisi « pour un tour de pavillon de lit. » Ce trousseau coûtait 995 livres.
Dans le livre de dépenses de Marguerite, publié par le comte de la Perrière, on trouve les noms des marchands et le prix de chaque article. Ce curieux ouvrage fournit des détails exacts sur la beauté et la valeur des toilettes de la cour de la reine de Navarre.
Antoine de Bourbon était de belle taille, il avait de la majesté dans les manières et de la distinction dans sa personne. Il avait le goût des belles choses. Trouvait-il quelque objet à sa convenance, il le prenait. Pour tout autre, on eût appelé cela la monomanie du vol. Pour lui, cela n'avait pas d'inconvénient. Son