LE THEATRE AU XVI'" SIECLE
Compte rendu d'une pièce de Marcrnerilc. — Farces cl mascarades.
L'esprit attire l'esprit, la bravoure attire la bravoure. Jamais il n'y eut plus de beaux esprits qu'à la cour de Mari^uerite; jamais il n'y eut plus de braves qu'à la cour de Henri IV.
C'est de l'esprit seulement qu'il s'agit ici.
Brantôme dit, en parlant de l'auteur de V Hcptaméron : « Elle composait souvent des comédies ou des mora- (( lités qu'on appelait en ce temps-là des pastorales, « qu'elle faisait jouer et représenter par les filles de la (t cour. »
; ■ Pendant longtemps les paysans béarnais ont conservé le goût des représentations dramatiques et même quand ils jouaient Athalic ou Zaïre, ils appelaient cela des [hi si or al es.
, Beaucoup de pièces qui ne portent pas le nom de Marguerite d'Angouléme portent l'empreinte de son
génie, par exemple : La Fille abhorrant mariage et La Vierge repentie. Sans doute il y a loin des mystères que l'on jouait encore de son temps aux chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine et de Molière. Cependant, les œuvres dramatiques de Marguerite marquent déjà un progrès considérable.
C'était grande fête lorsqu'une représentation théâtrale était donnée au château de Pau. D'abord, le succès de la pièce nouvelle était certain : le seul nom de la reine excitait l'enthousiasme ; puis les acteurs et les actrices étaient choisis parmi les habitués de la cour d'Europe où l'esprit et la beauté brillaient le plus.
Voici l'analyse de l'une de ces pièces :
Sur la scène, deux jeunes filles accortes et séduisantes. L'une vante le bonheur et l'indépendance; elle veut toujours jouir de sa liberté, et ne pas se donner un maître en prenant un mari : elle n'aimera jamais, jamais. L'autre vante, au contraire, la douceur de l'amour; elle veut aimer toujours, toujours.
Deux jeunes femmes entrent, à leur tour, d'un air triste, et se font confidence de leurs peines : l'une a un mari jaloux qui la tourmente d'incessants soupçons; l'autre a un mari trop empressé, trop galant, ce qui excite sa jalousie.
Survient une vieille dame toute cassée, toute ridée; elle est imposante et commande le respect ; on dit en la voyant : « Voilà une dame authentique. Quel habit, quel port, quel visage ! »
Les deux jeunes filles rieuses et les deux jeunes femmes aflîigées la prennent pour juge de leurs débats.
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Dispute à l'effet de savoir qui parlera la première. I.a femme au mari jaloux commence :
J'ai un mari, indigne d'être aimé ;
Je l'aime autant que Dieu me le commande.
La femme jalouse parle ensuite ; puis les deux jeunes Hlles.
L'une s'exprime ainsi :
Quand j'ai ouï parler, Venir et aller Les flots amoureux, Je me prends à rire, Et à part me dire Qu'ils sont malheureux.
Fi d'afiection
Fi de passion Qui le cœur tourmente.
Mon cœur est à moi ; Je n'ai mis ma foi En don ni en vente.
J'ai, quoique je voie, Le cœur plein de joie Et de vrai plaisir.
L'autre répond :
Sans amour un homme Est tout aussi comme Une froide idole.
Sans amour la femme Est Hicheuse, infâme Mal plaisante et folle.
La vieille alors donne à chacune son conseil : la mal mariée doit prendre patience; le temps, par ses
outrages, guérira le mari de ses accès de jalousie, et après tout, s'il est veau et bête, elle doit se venger...
De ce veau
Faire un très plaisant oiseau, Car le soupçonneux et méchant Mérite bien entendre ce chant.
La femme répond :
qu'elle préfère
Mourir que de faire Un tour de lâcheté.
La vieille dit à la jalouse :
Faites comme lui : qui tient tienne, Car la loyauté vous tourmente ; S'il est amant, soyez amante.
Enfin, la vieille dit à l'une des jeunes filles qu'elle a. beau vouloir ne jamais aimer, qu'elle aimera; et à l'autre qu'elle a beau vouloir aimer toujours, que Famour aura une fin.
Au moment où la vieille achève de discourir, entre un vieillard, et la discussion va recommencer...
Heureusement, apparaissent tout à coup quatre charmants cavaliers qui entraînent à la danse les jeunes iîlles et les jeunes femmes.
Resté seul avec la vieille, le vieillard l'engage — et son offre est acceptée — à tout finir joyeusement en dansant une courante.
Dans une lettre datée de Nérac, la reine de Navarre écrivait à Izernays : « Je n'ai pas encore bougé d'ici,
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Nous y passons notre temps à faire des momcries et des farces. »
Au dire de Favyn, Jeanne d'Albret était d'humeur joviale et l'on ne pouvait s'ennuyer auprès d'elle. Elle riait fort aux dépens des moines et avec son aiguille qui lui servait de pinceau, elle faisait, sur les belles tapisseries, de piquantes caricatures. Après avoir attaqué les prêtres, elle attaquait face à face le culte catholique, et dans ces temps de guerre, il se passa autre chose que les /)^j/()/77/('j", mais des drames vécus et des tragédies réelles.
La bonne et grosse gaieté qu'on a appelée ^j/z/ow pourrait s'appeler béarnaise. Henri I\', qui prisait fort les farces et les mascarades, cultivait beaucoup aussi les bons mots et les gaies plaisanteries.
A la ville comme à la campagne, l'épigramme, les chansons, les quolibets avaient sans doute moins d'élégance qu'au château, mais plus d'originalité. Comme dans les contes de la reine Marguerite, on ne rougissait pas non plus d'offenser la pudeur ; on ne reculait jamais devant un mot grivois, quitte à le lâcher en béarnais, car l'idiome local avait, comme le latin, le privilège de pouvoir braver l'honnêteté.