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tclaincs aimaient à suivre les parties de chasse ; mais les grosses betes les effrayant, la fauconnerie obtint facilement toutes leurs préférences.
Un plaisir partagé entre jeunes guerriers et jeunes filles devint fort à la mode. Les galants chevaliers soignaient l'oiseau de la dame de leurs pensées ; ils enseignaient à le lancer à propos ; ils le suivaient à la course ; ils l'excitaient de la voix; ils lui enlevaient, enfin, la proie qu'il tenait dans ses serres et le replaçaient sur le poing de sa maîtresse.
La fauconnerie a longtemps joui d'une grande faveur en Béarn ; on la pratiquait encore beaucoup du temps de Henri IV. Aujourd'hui déchue^ délaissée, méprisée partout en Europe, la fauconnerie s'est réfugiée au fond de l'Afrique ; après avoir fait les délices de la société la plus brillante, elle fiiit l'agrément des peuplades les plus barbares.
La chasse, au moyen âge, fut un art enseigné comme les autres arts et prôné comme le plus noble de tous. Parmi les plus brillants chevaliers de l'Europe féodale, plusieurs chevaliers béarnais ont noblement figuré. Le plus magnifique, resté le plus populaire d'entre eux, fut Gaston Phébus. Eh bien ! ce dont il était fier avant tout, ce n'était ni de ses exploits héroïques, ni de ses constructions monumentales, ni de la sagesse de son administration, ni de la splendeur de sa cour ; son ambition était de passer devant la postérité comme le premier chasseur de son temps.
Pour mériter cette gloire, quoiqu'il y eût bien loin de Pau à Tornéo, il n'hésita pas à aller en Suède et en
Norvège chasser le renne de Laponie ! Voilà un des exploits cynégétiques qui, en France, le mettaient hors de pair.
Phébus mourut comme il avait vécu, en chassant. Il venait de poursuivre un ours jusqu'à Sauveterre, où l'ours ne paraît plus depuis longtemps. C'est là que la mort le surprit, en habit de chasseur.
Phébus a écrit sur la chasse ; mais il ne s'est pas borné àraconterles épisodes, périlleux ou divertissants, de ses courses lointaines, il a voulu enseigner un art dans lequel il était maître, et son livre passe pour le plus remarquable de ceux qui parurent dans un siècle fécond en ouvrages de ce genre.
Le livre a pour titre : Le miroyr des dédiiicts de la chasse. Voici le début : « Je Gaston, par la grâce de Dieu, surnommé Phébus, comte de Foix, seigneur de Béarn, qui tout mon temps me suis partagé en trois choses, l'une est en armes, l'autre est en amours et l'autre ci est en chasse. » Pour les deux premières choses, il avoue que d'autres ont brillé davantage; mais, sous le rapport de la chasse, il ne se reconnaît pas de maître.
L'auteur cherche à relever le sujet qu'il traite par des considérations morales dans le goût de l'époque. Par exemple, il dit de la chasse :
« C'est chose que j'ose bien dire qu'il en peut venir beaucoup de bien. Premier, on fuit les sept péchiez mortieulz. Secondement, on est mieux chevauchant et plus entreprenant et plus apprès connaissant tous pays et tous passages et bref, tant de bonnes coutumes et
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mœurs en viennent, et les salvations de l'âme, quart qui fuit les sept péchiez mortieulz, selon notre foy, il devra être sauvé. Donc bon veneur aura en ce monde joies, liesse et déduict et après aura paradis encore. »
Ailleurs, il développe cette pensée : l'imagination abandonnée à elle-même dans le sein de l'oisiveté ne peut que produire des pensées déréglées. Le chasseur n'a pas un instant de loisir ; il ne lui reste dans la vie aucun vide dont son imagination puisse profiter pour le pousser au péché. Si la voie du salut est dégagée de tout obstacle, on arrive droit au paradis.
Phébus prouve, ensuite, que l'exercice de la chasse et le régime auquel le chasseur est soumis sont favorables à la santé et rendent la vie agréable en ce monde.
Cela dit, l'auteur passe aux diverses espèces de chasse.
Les chasses paisibles conviennent aux personnes chargées d'embonpoint et n'ayant point grande activité. Ces chasseurs peuvent aussi parvenir au paradis, mais non pas aux premières places. Il finit s'en occuper parce qu'il serait cruel de ne pas aider ceux qui veulent se sauver. Si le goût de la chasse est, encfict, un moyen de salut, celui qui, pouvant l'inspirer, ne l'inspire pas, se rend responsable de la damnation de son frère.
Phébus entre alors dans les détails, donne des instructions curieuses, décrit les meilleures méthodes de chasse, la manière de se tenir à cheval, l'emploi des diverses armes, les mesures à prendre, les accidents à éviter, le costume des veneurs qui change avec les saisons.
Il raconte que le peintre Jean d'Udine enseigna le premier aux Italiens l'art de tromper les oiseaux par le simulacre d'une vache artificielle. Mais avant lui, dit- il, nos perdrieurs se servaient de pareils stratagèmes. De nos jours encore, dans les Pyrénées, c'est avec un simulacre d'épervier qu'on épouvante les palombes de passage et qu'on les fait tomber dans les filets cachés entre les arbres.
Phébus parle avec enthousiasme de l'excellence des chiens qu'il avait lui-même formés.
Nos sportsmen de Pau, malgré la générosité d'un descendant d'Henri IV qui leur a fait don de sa meute, n'en ont point une comparable aux seize cents chiens de Phébus, venus de tous pays. Froissart lui avait amené d'Angleterre quatre lévriers dont voici les noms : Tristan, Hector, Brun et Rolland. Les noms de chiens, pour se conformer au précepte donné par Xénophon, ne devaient avoir qu'une ou deux syllabes.
L'art de donner du cor et de parler aux chiens préoccupe aussi Gaston Phébus. Il exalte le talent des chasseurs qui y excellent, notamment celui du sire de Montmorency qui avait de « très beaux langages, belles consonnances, et belles voix, et belles manières de parler à leurs chiens » .
Se serait une longue histoire que celle des chasseurs célèbres que le Béarn a produits. La passion de la chasse fut une des plus fougueuses du bon Henri.
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