L ENLEVEMENT DE LA FIANCEE
Aveu t lires d'Amie de Fonteiuoret et de Jean de Piiy Giiyon.
Dans le cours des xv^ et xvi'' siècles, à côté des grandes figures de chevaliers comme Gaston de Poix et Bayard, on trouve des hommes qui faisaient bon marché de la vie humaine, qui enrôlaient les spadassins aussi disposés au rôle de bandit qu'au métier de soldat.
Le pays de Béarn était trop petit, le seigneur était trop puissant pour que la répression des violences et le châtiment des coupables y fussent diOicilcs. En France, au contraire, et surtout en Italie, la justice ne pouvait atteindre tous les grands criminels.
Voici un drame qui ne se passait pas à la cour et qui nous lait voir que le malheur des temps s'étendait aux diverses classes de la société.
Anne de Fontemoret, unique héritière du sire de Parcy, était à la fois jeune, belle et riche. Aussi les
prétendants étaient nombreux. Plus d'un fut éconduit. En ce temps-là , bien des hommes regardaient un refus comme un affront, et la vengeance paraissait licite.
Un brillant écuyer, Jean de PuyGuyon, maître d'hôtel de Jean d'Albret, roi de Navarre, conçut le désir de gagner le cœur d'Anne de Fontemoret et d'obtenir le consentement de sa mère, Jeanne de Laporte.
Les articles et convenances du futur mariage furent réglés d'un commun accord, les fiançailles célébrées avec pompe.
Mais on décida qu'avant la bénédiction nuptiale on ferait un voyage ; Jeanne de Laporte désira que h fiancé fût content de les amener dans sa maison, en France loin de Pau .
Le voyage fut long, mais charmant au début.
Rien n'abrège les heures comme les tendres propos et les rêves d'amour entre deux cœurs prêts à s'unir pour toujours.
Non loin de Tours, ils naviguaient sur la Loire, s'arrêtant dans les hôtelleries, qui bordaient le rivage, pour y prendre leurs repas et se reposer. Un jour qu'ils sortaient joyeux de l'une de ces hôtelleries, des cavaliers se jetèrent tout à coup sur eux, enlevèrent la demoiselle et disparurent. Jean de Puy Guy on, désarmé par surprise, accablé par le nombre, n'avait pu s'opposer à ce rapt odieux. Mais Jeanne de Laporte en avait reconnu l'auteur. C'était du Mesnil, frère puîné du sieur de Maupas. Plusieurs fois il avait demandé la main de la jeune fille pour laquelle il éprouvait une
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passion violente ; son âge, sa personne, son caractère brutal avaient fait repousser ses sollicitations.
Du Mesnil jura de se venger. Informé de l'arrivée des fiancés en Touraine, il ne recula pas devant un enlèvement à main armée.
Jeanne de Laporte s'adressa au parlement de Paris. Sa plainte y fut accueillie. Un arrêt condamna du Mesnil à être pendu, et ses complices à une amende de 4,000 livres; mais les coupables n'avaient eu garde de comparaître.
Cependant, la mère et le fiancé ont reconquis la jeune fille. Ils ont hâte de fuir ces rivages maudits et de revenir à Pau ; mais voici que, repassant au même endroit, ils voient avec terreur une troupe d'hommes armés en guerre, les arbalètes bandées et les traits dessus. Une voix terrible s'écrie : Tue:(^le, tiiC/^-Ie! et aussitôt une grêle de flèches s'abat sur Puy Gu3^on. Le fiancé eut beau résister, la mère crier au secours ; la jeune fille se rouler à terre en poussant des cris : la lutte ne fut pas longue. Puy Guyon put s'échapper; mais les assaillants, taisant cette fois main basse sur les bagages, l'or, l'argent, les bijoux et le trousseau valant mille écus, garrottèrent solidement la mère et la fille, qu'ils emportèrent au château de Maupas. Là, on renvoya la mère.
L'écuyer tenta vainement de recourir à la justice : toutes ses réclamations restèrent sans résultat. Vovant l'insuccès de ces démarches, il se retira chez le sire d'Albres, puis rejoignit le roi de Navarre qui n'était pas très bien en ce moment avec le roi de l'rancc, Louis XII.
La mère désolée ne pouvait pas s'éloigner des lieux où sa fille était retenue captive. Elle tenta des efforts inouïs pour la revoir. Elle parvint un jour à se glisser sous un déguisement dans la chapelle où, pendant la messe, elle aperçut enfin la pauvre Anne de Parcy. Mais Anne était bien gardée; à partir de ce moment, elle ne reparut plus dans aucune église.
Brisée de douleur, Jeanne de Laporte finit par aller rejoindre Puy Guyon qui avait repris ses fonctions à la cour de Navarre. Ce fut pour y mourir. Une communauté d'infortunes lui avait encore rendu plus cher celui qu'elle avait choisi pour son fils. C'est entre ses bras qu'elle expira, emportant la promesse formelle que le fiancé sacrifierait tout pour la délivrance de sa fiancée..
L'écuyer avait trop d'honneur pour manquer à sa parole ; il avait trop d'amour pour ne pas hasarder sa vie, afin de reconquérir celle qu'il avait tant pleurée.
La cour de Navarre ne manquait pas de braves cavaliers, avides de périlleuses aventures. Plusieurs s'attendrirent aux récits de l'amant malheureux, et lui promirent le secours de leur épée. A la tête de ces amis dévoués, Puy Gu5^on entreprit un long et difficile voyage. Il n'était pas bien fixé sur le lieu où se trouvait le château de Maupas. On y arrive enfin. Il saute de cheval et frappe à la porte ; mais le guetteur l'a reconnu et refuse d'ouvrir. Il enfonce la porte, pénètre dans le château, se livre avec ses compagnons aux plus minutieuses recherches : Anne de Parcy ne paraît point. Cependant, un sayon de satin et un pourpoint de da-