CHAPITRE IX
Antiquité des Bains des Pyrénées. — Les bains de Bagnères-de-Bigone déclarés lieux d'asile. - Un drame au xiye siècle. — Ordonnances pour les bains de Caiiterets et d'Ossaii an moyen âge. — Henri II et Marguerite à Cauterets. — Aventures d'une excursion à Barîges. — Eloge des eaux : Olhagaray, du Bartas. — Satire d'Auger Gaillard. — Les frotteurs ; médecine et sortilège. — Catherine de Médicis et Elisabeth d'Espagne. — De Thon et les buveurs d' Eaux- Bonnes. — Le marquis de Gontaut à Barèges.
Là merveilleuse vertu des sources minérales était connue dés la plus haute antiquité : Hippocrate l'a pronéc et Pline a parlé des eaux chaudes des Pyrénées.
Les Romains ont laissé des monuments de leur passage à Bagnéres-de-Bigorre, des témoignages de leur reconnaissance envers les Nymphes de la montagne qui leur donnaient la santé : Nxniphis pro salulc.
Les thermes qu'ils avaient construits disparurent durant la période barbare ; mais le malade est trop désireux de revenir ;\ la santé perdue pour négliger ce qui
peut la rendre. Aussi le moyen âge ne dédaigna pas Bagnères et Cauierets.
M. le docteur Dejeanne s'est occupé, avec beaucoup de zèle ei; de talent, des antiquités des établissements thermaux de Bagnères : il a publié le texte d'un règlement de 13 17 sur la police des bains, accompagnant le texte d'une traduction. Alais pour bien interpréter les chartes bigorraises, il flmt connaître à fond la vieille langue et les vieilles mœurs du pays. M. Dejeanne a commis peu de fautes dans sa traduction, mais il en a commis au moins une : il a traduit que les bains sien saubedat par : que les bains soient bien gardés. Le docteur Honnorat dans son Dictionnaire provençal français, traduit sauvetat, salvedat, par lieu de santé, lieu d'asile. Les mots salvitas, saubedat, dans la langue locale, sont souvent employés dans les Fors de Bigorre et dans plusieurs chartes de nos contrées que Ducange et Carpentier ont citées dans leur Glossaire. Or, le droit d^isile était évidemment accordé aux bains de Bagnères, puisque le docteur Dejeanne traduit lui-même un peu plus loin : « que tout homme ou femme, pauvre ou riche, de la ville ou étranger, soit sauf et en sûreté, en entrant ou en sortant, dans l'eau ou hors de l'eau, à côté ou aux alentours des dits bains ». Des peines sévères étaient édictées contre ceux qui commettaient des crimes contre les baigneurs ou qui altéraient la pureté de l'eau des bains.
Dans ces temps de violences et de vengeances, il était commode d'aller attaquer dans la baignoire son ennemi désarmé et sans défense. Le docteur Dejeanne et M. Fr. Soutras ont à ce sujet publié un très eu-
ricLix document intitulé : Un Procès criminel à Bagnèrcs en ij2). Raymond deus Frais, condamne à mort pour avoir assassiné un individu dans le bain, fut conduit d'abord près du bain où il avait commis le crime ; là fut proclamée la sentence rendue contre lui ; puis il fut mené de rue en rue et dans tous les carrefours ; au son de la cornj qui attirait la foule, publication était faite que celui qui agirait comme le patient serait puni comme lui, et, après avoir été trainé jusqu'à la potence, le meurtrier}' fut pendu.
Les eaux de Bagnères n'étaient pas les seules fréquentées dans les Pyrénées.
On a dit que les moines du moyen-âge n'aimaient pas les bains parce que les païens les aimaient trop, et qu'il préféraient comme moyen curatif l'exercice que procuraient les pèlerinages.
Sans doute les chrétiens, à la ditîérence des Romains ou des Musulmans d'Espagne, ne regardaient pas les bains comme une des voluptés de la vie ; mais l'Eglise, en soulageant les souffrances de l'âme, n'a jamais dédaigné les moyens que la Providence et la science mettaient à la disposition de l'homme pour le soulagement des souffrances physiques.
L'origine antique de Cauterets est prouvée ' ; maintes lois, des bulles pontificales furent accordées à Vbopital de ce lieu, et les rèi^lcs cl ordonnances per los buinos cl Cabanes de Caiilares sont connues. Un moine de Saint-Savin était, de temps immémorial, obligé de
' Voir nuU-c Moiio^i;rjyliic Je s.uiU S.wiii, \\ 120 et suivantes.
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résider dans la maison des bains, ainsi qu'un maître chirurgien ; les cabanes étaient louées aux enchères ; si les cabaniers faisaient des distinctions entre les riches et les pauvres, les cabanes leur étaient retirées ; tous les comestibles devaient être publiquement vendus sur la place, on ne pouvait aller les vendre dans les maisons, à cause, est-il dit, de certains abus qui se commettaient ordinairement au préjudice des pauvres et des étrangers et pour d'' autres considérations.
De notre temps, où l'égalité est inscrite partout, sans être pratiquée nulle part, elles seraient bien venues les ordonnances qui, dans les stations balnéaires, prescriraient de ne faire aucune distinction entre les indigents et ceux qui ont beaucoup d'argent à dépenser !
Les rois d'Aragon et de Navarre allaient jadis chercher aux eaux thermales de Cauterets la guérison de leurs maux. Mais il y avait des eaux plus voisines de Pau : les Eaux- Bonnes et les Eaux- Chaudes que Jeanne d'Albret, Henri IV et Catherine de Navarre protégeaient et prirent en prédilection.
Les jurats de Laruns ne négligèrent rien pour attirer leurs souverains dans ses sauvages montagnes et pour leur en rendre le séjour agréable. La première chose était d'approvisionner de vivres ces lieux stériles, de difficile accès. Comme à Cauterets, les maisons destinées aux baigneurs s'appelaient Cabanes. Les jurats de Laruns louaient aux enchères le monopole de la vente des vivres pendant les saisons thermales ^
* Archives des Basses-Pyrénées, E. 1861.
LES EAUX Di:S PYRENEES. 209
Maigre la modicité du prix il paraît que les malades s'endettaient souvent en allant aux eaux. Dans un registre de notaire de 1523 à 1525 ', se trouve le testament d'Augustin Tahon qui déclare devoir cinq sols à Noël de Bcudat pour dépenses aux Eaux de Cautère ts.
Henri II ramena d'Italie des soldats blessés par les arquebuses, armes nouvelles alors. Les eaux sulfureuses les guérirent, et le roi de Navarre appela les Eaux- Bonnes, eaux d'arquehusade. Des femmes longtemps stériles trouvèrent aux Eaux-Chaudes la réalisation de leurs vœux ; on appela ces eaux ciuprcgnadcres .
Dans une lettre à François P"", Marguerite s'exprime ainsi : « Encore que l'air chault de ce pays devoit ayder au roi de Navarre, il ne laisse pas de se ressentir de la chute qu'il prist ; par le conseil des médecins à ce mois de may s'en va mettre aux baings de Cautercts, ou il se fait tous les jours des choses merveilleuses. Je me deslibére^ après m'estrerepouséececaresme, d'aller avec luy pour le garder d'ennuy et foire pour lui ses affaires ; car tant que l'on est aux baings, il fault vivre comme ung enfant sans nul soucy. »
Et voici le commencement de VHeplaniérou : f< Le premier jour de septembre, que les baings commencent d'entrer en leur vertu, se trouvèrent à ceulx de Caudarès plusieurs personnes tant de France que d'Espagne, les unz pour y boire de l'eau, les autres pour s'y baigner et les autres pour prendre do la
' Archives tic Pau, K. 1(184.
fange; qui sont choses si merveilleuses que les malades habandonnez des médecins s'en retournent tous guarits. Ma fin n'est de vous déclarer la situation de la vertu des dits baings, mais seullement de racompter ce qui sert à la matière que je veux escrire. En ces baings là demeurèrent plus de trois sepmaines tous les malades jusques par leur amendement, ils congnurent qu'ils s'en pouvoient retourner. »
Il est fâcheux que Marguerite n'ait pas laissé la description du Cauterets d'alors.
La reine aimait beaucoup, paraît-il, son médecin Escurams, grand prôneur des eaux ; elle lui fait jouer le rôle d'interlocuteur dans ses contes. A sa demande, les habitants de la vallée d'Ossau lui accordèrent franc passage pour ses vaches et jumens. Escuranis servait de guide à Marguerite dans ses excursions au milieu de ces vallées dont le calme lui plaisait.
Dans les fraîches prairies, à l'ombre des arbres séculaires, aux bords des gaves, elle pouvait se recueillir et trouver des inspirations. Elle raconte dans une de ses lettres qu'étant près des montagnes et séparée de la haute compagnie elle a appris à vivre plus de papier que d'atiltres choses. La tranquillité du pays était favorable aux plaisirs de la douce escripture. Elle ne dédaignait point cependant les autres plaisirs et son mari avait bien raison de compter sur elle pour chasser l'ennui.
Dans V Histoire de Marguerite de Valois, reine de Navarre, publiée à Amsterdam en 1745, livre peu sérieux^ je trouve l'anecdote suivante :
LES KALX Di:S PVKI:\i:i;S. 21 r
Un jour, on organisa une partie pour aller à 5^?/-^/]^^, la compagnie était très bonne et très disposée à se divertir. Le lieu étant fort sauvage avec de méchantes habitations, on prit soin d'y porter des tentes qui furent dressées entre deux montagnes, dans un bois agréable, au bord d'un ruisseau.
L'arrivée de la reine de Navarre avait attiré une foule considérable. Parmi les blessés qui prenaient les eaux se trouvait le jeune Rohm, surnommé le beau Rohan.
Pour se divertir, Marguerite fit jouer son rôle de reine à l'une de ses filles d'honneur du nom de Losse, jeune fille assez bien faite, mais sans beaucoup d'esprit.
Pendant que la fausse reine attirait tous les curieux autour d'elle, Marguerite et M""= d'Albret firent une longue course sur la montagne. En parlant de François L', et de leurs projets, elles avaient prolongé la promenade ; et le silence de la rêverie succédait à l'animation de leur entretien, lorsqu'un bruit de voix parvint à leurs oreilles. Deux jeunes gens causaient ensemble; l'un tenait un livre à la main ; l'autre était d'une hcaiilé trop a^^réahlc pour un homme. Celui-ci disait : « Tu as bien fait de ne pas te déranger, mon cher Fronsac, pour voir la reine de Navarre ; je l'ai vue. Cette rare personne, de laquelle on parle tant, est faite comme cent autres, — M'""^^ de Gramont est bien plus charmante. La rciii'' n'a que son prestige royal pour éblouir... » Marguerite entendit tout. Elle se reprocha sa fantaisie, non pour avoir laissé de Losse ;\ sa place, mais à cause de ce qu'on pourrait dire d'elle ;\ la cour de l'raiice.
Elle parut tout à coup avec M™'' d'Albret devant les deux jeunes gens. A l'aspect de Marguerite, dont le visage était animé par la course et par l'émotion, Rohan se mit à lui faire des compliments sur sa beauté, j^me (^'Albret prétendit alors que sa compagne n'était pas plus belle que la reine. Rohan soutint le contraire, ^me J'Albret, qui était fort gaie, lui fit jurer qu'il n'admirait pas la reine, et qu'il ne l'admirerait jamais. Mais, au moment où elle venait de le pousser à fliire une déclaration à sa com.pagne, voici que le cortège de Losse arrivait. Le roi de Navarre dit à Marguerite : « Le seigneur de Rohan vous connaît donc ? »Rohan devina tout, et le roi rit beaucoup de l'aventure. — Si celle-là n'est pas arrivée à l'auteui de VHeptaméron^ il a dû lui en arriver bien d'autres ; elle devait les rechercher, puisqu'elle aimait tant à les conter.
Dans sa jeunesse, Jeanne d'Albret fit souvent usage des eaux ; elle était maigre et faible : muy flaca y dehilitaia, dit son père dans une lettre. Aussi par souvenir d'enfance, par reconnaissance, par une sorte d'intuition de cette source de prospérité nationale, elle prit les Eaux- Chaudes en belle passion et fit partager ce goût à son fils Henri et à sa fille Catherine.
Théophile de Bordeu remarque que la reine de Navarre acheva de dissiper les craintes et les erreurs populaires répandues sur les eaux. Elle fit la guerre aux sorciers relégués, disait-on, dans les montagnes.
Plusieurs de ses lettres, même pendant l'hiver, sont datées des Eaux-Chaudes. Quand elle y séjournait, elle y faisait des dépenses extraordinaires dont la note a été
conservée. 11 fiillait d'abord qu'elle y fût bien gardée : les Espagnols étaient assez près pour vouloir tenter un coup de main ; aussi les États de Béarn veillaient-ils à la sécurité de la personne royale en allouant 2,223 francs pour payer les frais de garde aux Eaux-Chaudes '. Ensuite, sur ces monts escarpés, le transport du vin, des vivres et celui des dépêches coûtaient fort cher.
Les lettres venues de loin ne voyageaient pas flicilement, dans un temps de guerre civile. Saisir la correspondance d'un ennemi, c'était de bonne prise; tous les partis étaient fort peu scrupuleux au sujet de la violation des lettres. On confiait donc peu de choses au papier; mais on disait tout à des messagers choisis parmi des officiers intelligents et sûrs, qui rapportaient ce que les lettres ne contenaient pas.
Henri IV avait pour les Eaux-Ciiaudes une prédilection toute particulère. Son exemple attira aux eaux des Pyrénées beaucoup de visiteurs. Plusieurs y trouvèrent Lisante; mais il serait plus facile de rappeler ceux qui y périrent, car la date des événements tristes se conserve mieux que celle des fêtes mondaines ou des événements heureux. On sait ainsi qu'Antoine, bâtard d'Albret, père de Henri II, mourut aux Eaux- Chaudes le 22 mai 15^(2, que son corps lut porté d'abord à l'église de Bielle et, de là, transféré à la cathédrale de Lescar ^
Après avoir parlé de la terreur superstitieuse qui
' Archives do Pau, C. (>. 68 1.
- Archives, l"^. 187J.
empêchait les personnes i^morantes et crédules d'approcher des montagnes fréquentées par les fées, Bordeu ajoute que, sous Jeanne d'Albret,les Eaux-Chaudes étaient déjà très célèbres. « Montaigne, dit-il, les pratiquait et les aimait, et les appelait Gramontoises K »
Parmi les baigneurs et les visiteurs, il ne faut pas oublier les auteurs et les poètes du temps de Henri IV, qui les mirent en faveur en célébrant leurs vertus.
Olhagaray ^ vante les Aiguë s-Bonnes . « Qui pouvait assez louer, dit-il^ les Aigues-Caudes, sujet assez^ ample, pour quelque brave médecin^ d'une œuvre admirable pour la postérité. »
Du Bartas a écrit ces vers très connus :
Or, comme ma Gascogne heureusement abonde
En soldats, bleds et vins, plus qu'autre part du monde.
Elle abonde de même en bains non achetés,
Où le peuple estranger accottrt de tons côtés.
Où la femme brehaigne, où le paralytique,
L'ulcéré, le goutteux, le sourd, le sciatique.
Quittant du blond soleil l'une et l'autre maison,
Trouve sans déhoiirser sa prompte guérison.
Encausse en est témoin, et les eaux salutaires
De Cauderets, Barège, Aigues-Chaudes, Baignères,
Baignères la beauté, l'honneur, le paradis
De ces monts sourcilleux
Elle n'a pas maison qui ne semble être neuve ; L'ardoise luit partout, chaque rue a son fleuve Qui clair comme cristal par la ville ondoyant, Va toute heure qu'on veut le pavé balayant. . . .
< Th. de Bcrdeu, Œuvres^ t If, p. 824 2 Pai^c 22 ).
Ainsi, les étrangers venaient de tous côtés dans les Pyrénées; ils y trouvaient la guérison de leurs maux... sans débourser. Les poètes du jour ne pourraient point aujourd'hui pousser la fiction poétique jusqu'à dire que nos montagnards béarnais donnent la santé et ne la vendent pas.
Le poète Auger-Gaillard dans son Cinquième livre a écrit une satire piquante intitulée : Discours des bains de Cauterels.
Car, j'en connais plusieurs qui pensent prou savoir,
Que si leur pauvre femme enfants ne peut avoir, Ils se vont adresser aux sorciers, aux sorcières. Les autres font aller leurs femmes ù Banièrc. Aucun en autre lieu les font aller trotter Ou bien à Cauterets pour se faire frotter.
Le poète soutient la cause de la décence en langage fort peu décent. Il prétend que les femmes qui vont se faire frotter « ont hommes tout exprès pour remplir cet office ». 11 ajoute que les vieux Trotteurs passent leurs habits à des jeunes gens; s'il avait une femme qui lui parlât d'aller se faire frottera Cauterets, il la frotterait avec des feuilles de houx.
Les frotteurs éiaient-ils des masseurs ?
Une mode assez singulière tend à se propager, dit-on, à Bade... De grandes et honnêtes dames ont adopté ce traitement du massage très préconisé par les médecins en faveur. Les masseurs sont des hercules venant de Suède et de Norwège qui ont obtenu le privilège de masser ces dames. Pour l'heure de la séance, les inté-
ressantes malades déploient toutes leurs élégances. Ce ne sont que des dentelles, batistes et surahs des tons les plus vaporeux. Je ne crois pas que les frotteurs de Cauterets aient été précisément institués en vue d'un traitement par le massage. Il s'agissait tout simplement de cette croyance, vivace encore, à la puissance des frétayrès (frotteurs) qui accompagnaient leurs frictions de paroles et de remèdes magique s. Ces frétayrès jouissent toujours d'un prodigieux crédit dans un grand nombre de villages.
M. Edouard Frémy a publié, en 1883, dans le Correspondant des articles sur les poésies inédites de Catherine de Médicis. Le docteur Duhourcau a fait paraître, dans le Souvenir de la Blgorrc \ sous ce titre : Une page peu connue de rhistoire de Cauterets, un récit du séjour qu'aurait fait à Cauterets, Catherine avec sa fille Elisabeth, femme de Philippe II, et peut-être avec son fils Charles IX. Il reproduit une épître en vers que Catherine aurait adressée à Philippe; il ajoute qu'Elisabeth, après la cure des eaux, devint mère, ce qu'elle attendait depuis dix-sept ans.
Ces détails m'avaient fort intéressé ; je désirais ajouter foi à l'authenticité de la pièce garantie par M. Frémy et M. Duhourcau; mais cette authenticité est contestée par M. Tamisey de Larroque, correspondant de l'Institut, et je me range à son opinion. Voici les motifs que l'on a de douter de l'origine des poésies attribuées à Catherine de Médicis par M. Frémy.
1 Tome III, p. J04.
LKS EAUX DES PVIŒNLHS. 21 J
I" Le manuscrit de la Bibliothèque nationale qui renferme les prétendus vers de Catherine n'est qu'une copie du xviii'' siècle, tout au plus de la fin du xvu'';
2° L'écriture bien connue et si caractéristique de Catherine ne ressemble nullement à l'écriture des quelques mots mis en tête de la copie d'une de ces pièces;
3" Aucun des contemporains de Catherine ne lui a attribué le moindre vers français, et l'on pourrait aller jusqu'à soutenir que la reine n'a jamais assez bien connu notre langue pour composer des poésies^ même très médiocres;
4" Hnfm et surtout, on peut opposer à l'argumentation de M. Frémy, l'irrésistible argumentation de ïulibi; car il estquestion, dans ces poésies, d'un prétendu séjour de la reine et de sa fille la royne d'Espagne aux Haux des Pyrénées, et ce séjour est démenti par les dates des correspondances royales, par les Ilincraircs des rois de France, par les recueils de discours d'Abel Jouan.
De tout temps, des hommes, même très capables, ont eu le goût des pastiches, et j'aurai encore de jolies choses à dire sur les singeries des pasticheurs. D'ailleurs, si ces reines de France et d'Lspagne ne sont pas venues dans nos montagnes, bien d'autres }' sont venues : la liste des visiteurs célèbres serait tout à tait interminable.
L'historien de Thou ligure parmi les plus anciens ; il raconte qu'il alla aux bains de Béarn, à sept lieues de Pau. Un jeune Allemand, dit-il, buvait par jour 32 verres d'eau sulfureuse. De Thou se contenta d'en
2l8 LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS EN BÈARN.
boire 25 à la fois. Il en ressentit un grand soulagement avec un merveilleux appétit, un sommeil tranquille et une légèreté répandue dans tout le corps.
Les Eaux thermales des Pyrénées ont toujours vu leur vogue grandir depuis Henri IV. Le duc du Maine et M""^ de Maintenon en accrurent la renommée.
Lorsqu'un personnage arrivait de loin et qu'il était sympathique au pays^ on le lui témoignait en vers et j en prose. ■
Le Mercure de France de décembre 1745 ^ dit que le marquis de Gontaut, colonel du régiment de Biron et brigadier des armées du roi, s'était bien trouvé de son ' séjour à Barèges. Il publie une pièce composée à ce sujet et commençant ainsi :
Il revit ce marquis, l'objet de mes douleurs.
Le marquis était venu soigner de glorieuses blessures qui avaient alarmé ses amis :
O toi qui sur le Mein toujours ferme en ton rang, Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire, Te couvris de lauriers, teints de ton propre sang, Tes maux sont à la fin sortis de ta mémoire.
Le morceau, un peu long, se termine ainsi :
Gontaut ! toi qui sortis d'un illustre origine, Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ; Digne fils des Biron, la France te destine Et les mêmes emplois, et les mêmes lauriers,
Picqué^ qui connaissait et aimait nos montagnes, publia en 1790 les Veillées béarnaises. Rien ne faisait pressentir, dans le style pastoral de l'auteur, un futur régicide. Ses tableaux champêtres sont pleins de douceur. Il décrit la rencontre qu'il fit, dans une de ses ascensions, d'une troupe de jeunes Ossaloises fraîches comme la rose, vives comme le chevreuil, curieuses d'épier les moindres mouvements des grimpeurs étrangers, et riant aux éclats de leurs beaux discours. Si, du temps de Picqué le mot de grimpeur n'existait pas, la chose existait bien avant lui.
Palma-Cayet dans ses aunotations de la NavarriJe parle du Pic du Midi d'Ossau. Les trois pointes du Pic étaient appelées les trois sœurs. Palma-Cayet en fit l'ascension en 1591 ; mais il n était pas le premier. Caudale l'y avait devancé en 1552. Depuis lors, que de grimpeurs ont inscrit leur nom sur la cime du pic d'Ossau!
Autrefois, dans ces contrées, la porte des maisons restait ouverte pendant la nuit. « Nous en usons ainsi, disait un bon Béarnais, afin que le sommeil ne nous prive pas du plaisir d'exercer l'hospitalité. »
Cet usage des portes sans serrure est passé de mode. On ne le trouverait plus guère en Europe que dans les campagnes de la Dalécarlie.
Les étrangers, en devenant d'année en année plus nombreux aux Eaux-Chaudes, aux Eaux-Bonnes et ailleurs sont loin d'avoir amélioré la moralité publique. « Un ruban, disait déjà Picqué, fait faire plus de conquêtes que l'amour le plus pur n'y en eut fait fiiire autrefois. »
Le ruban ne serait plus un agent de séduction bien redoutable; mais, au contact des importations étrangères, les vieilles mœurs ossaloises n'en ont pas moins périclité.