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LE GOUVERNEUR DU BÉARN, VICE-ROI DE NAVARRE

tonde et de plus accompagne de hi dernière foiblesse dont on ait inmais ouy parler, car enlln il est inouy que des personnes, dont les noms et les usages ne furent iamais cognus exposes aux outrages des moindres paisans de Bearn, ayent voulu donner la loy au Roy dans une province ou son autorite est Dieu merci assez establie par moy, je les prens a témoins si je veux mal a pas un d'eux et toute la province sait ce que jay fait trois ans de suitte pour les empescher de tomber dans l'inconvénient où ils sont plongés. Mais ce qu'il y a de plus plaisant est le crédit qu'ils se sont imagines avoir à la cour, car sur ce suiet on peut dire que ceux qui sont dans les petits maisons, et qui y sont enfermés pour croire estre Dieu le père, ne sont pas touches d'une plus grande folie. »

J'ai copié exactement l'orthographe du duc qui avait une jolie écriture, mais complètement dépourvue d'accents. Le reste de la lettre est relatif à d'autres affaires, et contient des phrases gracieuses pour M. de Poyanne : Sa Majesté n'acceptera pas d'ciuircs expéd l'en l s que ceux qui lui seront proposés par le marquis. Il ajoute : '■<■ Si vous eussiez prins dans Pau un autre logement que le château, vous eussiez eu avec moy une forte querelle. »

M. de Gramont était malade dans son château de Bidache^ lorsqu'il apprit un jour que le parlement était en révolte ouverte contre Tintendant. Aussitôt il se met en marche à la tête d'une compagnie de gendarmes, entre à Pau comme dans une ville conquise, afVecte de faire sonner les trompettes en passant devant le palais de justice, menace messieurs du parlement

de faire loger les soldats chez eux, et répond fièrement aux observations que les magistrats lui adressent : « Je ne réponds de mes actions qu'au roi. »

Aux approches de la mort, Gramont reconnut luimême qu'il avait été un peu dur pour les magistrats d'un pays qu'il aimait. Les registres secrets de la cour ^ constatent la réconciliation officielle du 2:ouverneur du Béarn avec le parlement.

La sévérité du gouverneur, contre ceux qui s'insurgeaient contre la volonté du roi, n'excluait pas une grande bienveillance pour les Béarnais. Il s'occupait des intérêts du pays, et il était heureux lorsqu'il pouvait obtenir quelque fiiveur pour Pau. Il écrivait le 22 avril 1653 : ^^ Celle-cy sera pour vous donner advis que le Roy a accordé aux Etats de Béarn tout ce qu'ils pouvaient attendre de sa bonté et de sa justice. » Dans une lettre du 9 octobre 1653, i^ remercie du soin que l'on met à lui rendre compte de tout ce qui se passe.

La réconciliation entre le gouverneur et le parlement fut durable. Antoine IV, duc de Gramont^ écrivait en 1708 au premier président de Berthier : « Je vous aime et vous estime trop pour continuer à entrer en castille avec vous. Sur ce qui peut être, renguenons donc vous et moi. )>

Cet Antoine IV était rentré d'Espagne où il était ambassadeur en 1705. Il y a de curieuses choses dans sa correspondance avec le roi et les ministres ^ Par

1 B. 4^8. Archives de Pau.

2 Trois volumes in-folio inédits.

LU gouvi:rxi:ur DU bkarx, vich-koi du X.W'AKKH. 2)5

exemple, le 30 septembre 1704, il écrivait au roi que la reine d'Espagne l'avait fait appeler dans son quarto secreto pour jouer de la guitare. M. de Torcy, secrétaire d'Etat, répondit en comparant le grave ambassadeur jouant de la guitare à Orphée jouant de la lyre. Dans une lettre adressée de Madrid au même marquis de Torcy^ le 30 octobre 1704, Gramont écrit : « Ne prétendés-vous pas vous moquer avec vos lyres d'Amphion et d'Orphée ? Je ne sçais si elles eussent produit un meilleur effet que ma guittare, avec une chaconnc soutenue d'algiinas signidillas espariolas qu'il me fallait chanter et qui ne laissèrent pas d'avoir leur mérite tant auprès de la reine que de las duerias que esseran incanladas y de:(îan a todos que desde el tieinpo de Pbelipe quarto no havian oydo cosa tal, uy fan Ihida vo:(^. Si l'abbé d'Estrées revient jamais en Espagne faites lui apprendre à chanter et à jouer de la guittare. Cehi vaudra mieux que le sérieux en el quarto secreto. Pour moy je m'en suis très mal trouvé lorsque je l'ay voulu arborer et j'ay connu, qu'ayant à vivre avec des jeunes gens il fallait avoir Tesprit jeune comme eux pour parvenir à leur plaire dans le courant de la vie. Il n'en est pas tout à fait de mesme avec messieurs les grands d'Espagne, aux quels les castagnettes dans la conversation ne conviendraient pas, aussi puys-je vous assurer que je ne les mets pas en pratique et que je ne chemine devant eux que la sonde à la main... »

M. Communay * cite encore deux lettres inédites

I Revue de Gascogne.

du duc de Gramont. L'une est écrite de Bayonne à la fille du maréchal de Grancey, surnommée VEspagnole parce qu'elle avait été dame d'atours de Marie-Louise d'Orléans, reine d'Espagne : « Mon espagnole, vous êtes juste et délicate dans vos expressions; ce que vous dites, lorsqu'il sort de votre bouche est plein de charme et d'agrément, mais, mon espagnole, je suis forcé de vous dire qu'il n'en est pas de même de ce que vous couchez par écrit et qu'il n'y a ange ni démon qui puisse déchiffrer vos pieds de mouches. Je viens de recevoir de vous un fragment de lettre dans celle de madame de Gramont où je n'ai pu démêler si vous parliez de politique, de guerre ou d'amour. Voilà Tembarras dans le quel vous m'avés jette qui me détermine à prendre la poste pour aller vous demander l'explication de votre lettre et me mettre à portée que vous puissiez toujours me parler et ne m'écrire jamais. »

Si le duc de Gramont venait rarement en Béarn, il ne cessait jamais de s'en occuper. Parmi les lettres que je possède, j'en trouve une écrite à Lons, en date du 3 janvier 1758, et adressée aux jurats de Pau pour 1 eur annoncer qu'il ferait le 6 son entrée d'honneur à Pau. Il y eut, paraît-il, quelques désordres à réprimer^ témoin cette pièce :

« Antoine Adrien Charles, comte de Gramont^ Brigadier des armées du Roy, commandant en chef dans le Royaume de Navarre, pays de Béarn et généralité d'Auch, Menin de Monseigneur le Dauphin,

« Vu le procès-verbal par les sieurs Defeschens et Lahitole, jurats de Pau, ordonnons qu'en conséquence

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de la résistance faite par les nommés Dufau aîné, Duboscq cadet, Canet Fougère aîné, d'obéir à l'ordre qui leur a été présenté par Paloque et Poye, soldats du guet, ils seront conduits et détenus dans les prisons de l'hôtel de ville, jusqu'à nouvel ordre.

<( Fait à Pau, le 8 février 1758.

« Le comte di-: Gkamont.

(Cachet du comte c< par monseigneur :

en cire noire.)

« VOBICOUKT. »

Sans suivre cette afîliire, sans rapporter des requêtes adressées par des détenus au parlement, divers documents établissent la preuve que le désir des gouverneurs d'être agréables aux Béarnais, notamment aux Ftats du pays et aux jurats de Pau, avait toujours le plus complet succès.

Les Etats leur votaient sans cesse des cadeaux de jambons et d'argent. Ces générosités s'étendaient à la femme et aux fils du gouverneur. En 1639, une allocation de 3,000 livres est votée à la comtesse de Gramont, alin c[ii elle intercède pour le soiilageinent de la province. En 1669, nouvelle allocation de 4.000 livres est offerte à la maréchale de Gramont en reconnaissance de l'ajjeclion qu'elle porte à la province. Une autre fois, le duc de Guiche reçoit en cadeau un cheval andalous de cent pistoles.

Les jurats 'le Pau envoyaient aussi des jambons au duc de (jraniont. Deux lettres de dates dilîcrentes si-

crnées du duc, constatent que douze jambons envoyés pour lui par les jurats ont été remis par le sieur Laborde et reçus avec reconnaissance.

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