I. INTHNDANT
acquirent une telle progression que hi même barrique de vin se vendait, en 1791 et 1792. trente-six livres et le même sac de grain quinze ou dix-huit livres. »
Les vieilles forets des Pyrénées étaient d'une exploitation presque impossible. Les routes, ouvertes au milieu des abîmes, sur des rocs qui semblaient inaccessibles, facilitèrent les moyens d'utiliser pour la marine des bois superbes. On prétend mcMiie que, si les idées de d'Etigny sur la mâture avaient été mieux comprises, l'Etat en eût retiré de grands profits.
D'Etigny avait travaillé à l'endiguement du Gave. 11 avait fiiit descendre de la montagne des sapins gigantesques, et, un jour, on le vit arriver à Bayonne monté sur le premier mât voguant sur l'Adour. On le reçut au son joyeux des cloches; toute la population l'acclama. Son valet de chambre, d'après l'auteur de la Fie privée de Louis XV, expédié en courrier à M. de Choiseul pour lui annoncer l'heureux succès, ne mit que quarante-deux heures à fiiire le trajet.
Les sources minérales,, enfin, accessibles aux voitures, virent s'accroître le nombre de leurs visiteurs dans une progression toujours croissante.
Les animosités accumulées contre d'Etigny triomphèrent au moment oii d'Etigny allait commencer à jouir de ses travaux. Une lettre de cachet l'exila, en 1765, dans une des ses terres de Sens. Mais la réparation ne se fit pas longtemps attendre. L'année suivante, il retrouva la faveur de la cour. Ses fonctions lui furent rendues, mais non ses forces brisées par la douleur. Atteint d'une maladie dont il ne pouvait
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274 LA SOCIETE ET LES MŒURS EN BEaRN.
se dissimuler l'issue fatale , il fut grand devant la mort.
Douze jours avant sa fin,, le 12 août 1767, ayant reçu les derniers sacrements, il écrivit à M. de Laverdy cette admirable lettre qui parlait de Dieu : « J'attends avec cet état de tranquillité qu'inspire la confiance en sa miséricorde^ le moment de comparaître devant son tribunal. Vous savez que j'ai eu des ennemis; je ne les avais pas mérités ; ils ne connaissaient pas le fond de mon cœur, j'oublie tout. Dieu m'a fait la grâce de leur pardonner... Mes intentions et mes démarches ont été pures; je n'ai jamais eu en vue que le service de mon maître et le bien public ; et, quoique j'ai dérangé considérablement ma fortune dans cette province pour des objets qui lui sont utiles, je n^en ai aucun regret, parce que j'ai rempli mon inclination et que je crois que ma mémoire y sera chérie... »
Ce dernier voeu s'est réalisé. Son tombeau, sauvé du vandalisme révolutionnaire, fut solennellement transféré, en 1801, dans la cathédrale d'Auch, et le 27 juillet 18 17, sa statue en marbre blanc fut inaugurée dans la ville dotée de ses bienfaits.
« Le baron d'Etigny, dit M.Ladoucette, joignait, aux talents de l'homme d'Etat, les qualités qui font le 1 charme de la vie. Sa taille majestueuse, sa figure prévenante, ses manières affables, son caractère impétueux en même temps que réfléchi, inflexible, mais juste et généreux, l'ardeur avec laquelle il épousait les intérêts de ses administrés, tout contribuait à lui gagner les cœurs... Les pauvres balayaient la rue sur son pas
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sngc et le peuple criait spontanément : Vive d'Htigny ! Douce indemnité du sacrifice qu'il avait fait dans son intendance d'une fortune qui s'élevait à cent mille francs de rente! »