‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 6 sur 126 · LH CHEVAL · texte numérisé non relu

LH CHEVAL

taté les phases de la dégénérescence de cette race aujourd'hui disparue.

L'élevage du cheval fut toujours un goût aristocratique. Le Béarn était fertile en avoine, et les vallées du Gave fournissaient d'abondants fourrages. Les gentilshommes béarnais avaient presque tous des habitations rurales. Les Etats s'occupèrent avec un zèle constant de l'amélioration de l'espèce chevaline : ils envoyaient au loin acheter de beaux étalons; le dernier achat fliit par l'agent des Etats dans les haras de l'Andalousie consistait en quatorze superbes chevaux de beau poil.

Le Bret (en 1700) écrivait que le roi donnait annuellement au haras de Pau 4,000 livres, et la province 4,000 aussi pour l'entretien de vingt étalons ait moins, <( lesquels, ajoute Le Bret^ doivent être donnés gratis aux juments qui auront été approuvées et marquées par la commission des haras ».

Dans les derniers temps, 200 étalons étaient répartis de divers côtés en Béarn. Le contingent de chaque cheval était fixé à 50 juments.

Un agent des Etats passait la revue des juments; les plus belles étaient marquées de la lettre H ; les autres étaient marquées de la lettre B et laissées aux baudets.

Revenons au moyen âge.

On distinguait alors le cheval roussin, le cheval ambiant, le cheval coursier, le cheval de bataille ou dcxtrier. La jument était une monture dérogeante affectée aux roturiers et aux chevaliers dégradés. Ce mépris des juments était une bonne chose pour la reproduction de l'espèce et pour la culture des terres.

l8 LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS EN BÉARN.

Lorsque le chevalier partait pour la guerre, il montait un cheval d'allure commode tel que le palefroi ou le cheval ambiant. Son écuyer tenait à sa droite, à sa âextre, le grand cheval de bataille, qu'on nommait pour cela dextrier. Q.uand sonnait l'heure du combat ou celle du tournois, le chevalier montait 5//r ses grands chevaux. La locution est restée proverbiale.

Le cheval ne servait pas seulement à la guerre et à la chasse; on l'employait aussi à de nombreux divertissements. Parmi ces jeux de plaisance, il faut citer les courses, les joutes, les pas d'armes.

Les courses de chevaux, depuis longtemps en vogue de l'autre côté de la Manche, furent importées en France sous Louis XVL Cependant on les trouve établies en Béarn à des époques reculées. Elles avaient lieu, comme de nos jours, dans les landes du Pont- Long. Gaston IV (mort en 1170) s'exprime ainsi dans le cartulaire de MorLàas : « Ego dono quinque solidos morJ. de cursu equorum quijït apud Morlàas infestmtaîeomniutn sancloruui. )> (Je donne au prieuré de Sainte-Foi cinq sous morlans sur la course de chevaux qui a lieu à Morlàas à la fête de Toussaint.) Le prieuré était obligé de loger et de nourrir pendant trois jours le vainqueur delà course {qui vicerit cursuuï) avec deux hommes de sa suite. Gaston fut un des héros des croisades. Tudebcuf racontj qu'un jour, marchant contre les Sarrazins avec Godefroy, Tancrède et d'autres chevaliers, les chevaux de bagage les suivaient sans garde, ce qui fut regardé comme de bon augure. L'affection des guerriers pour le cheval allait jusqu'à la superstition.

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Ce qui passionnait surtout les esprits aux temps chevaleresques, c'était le tournois, image de la guerre, école de prouesse, divertissement de braves.

Les seigneurs de Béarn, en bâtissant le château de Pau, avaient réservé ce que nous appelons la basse ville pour le caui hatailhc (le champ de bataille). Ressuscitons par la pensée un des nombreux tournois que Ton y donna.

L'espace destiné aux combattants est entouré de hours, espèces d'échafiiudages en planches ornés de guirlandes de buis, de fleurs et de tentures, afin de recevoir les populations accourues de toutes parts.

En ce temps-là, le choix du costume n'était pas facultatif. Chaque classe de la société avait le sien, et y tenait. La variété des habillements était très pittoresque. L'écuyer ne pouvait porter d'aussi riches fourrures que le chevalier, qui avait seul le droit d'orner son manteau de soie, d'hermine et de petit-gris. La femme du peuple ne portait que des robes de laine sans ornements d'or ni d'argent. Le costume des gens de la campagne ne variait pas seulement de province à province, mais encore de village à villa<ie. Les Ossaloises étaient habillées autrement que les Béarnaises ; cellesci l'étaient autrement que les Bigourdanes. Les grandes dames, invitées par le seigneur, étaient assises et bien placées sur une estrade d'honneur. Elles étaient tant gorgiases (parées) que c'était une ^;W/i'/7V(V7V (féerie).

Les combattants, dès leur entrée dans la lice, sont vivement excités par les rayons de tant de beaux \eux braques sur eux.

Servants d'amour, regardés doucement Aux cchafFauds, anges de Paradis, Vous jouterez fort et joyeusement.

Et vous serez honorés et chéris.

De nombreux ménétriers tont entendre des airs belliqueux. Les hérauts et poursuivants d'armes sont à leur poste pour bien voir les faits et gestes des tournoyants. Les juges et les maréchaux du camp sont près du vicomte qui donne le signal.

On ne comprend pas avec quelle furie les chevaliers, qui naguère échangeaient de cordiales paroles, fondent l'un sur l'autre comme des ennemis terribles. Chaque brillant coup de lame ou d'épée est proclamé par les hérauts d'armes et applaudi par la foule, que ce spectacle passionne. La lutte terminée, les chevaliers, qui ont vaillamment combattu, ne s'abaissent pas à ramasser les éclats d'armes, les débris d'armures, les objets précieux tombés sur l'arène dans la violence de la lutte. Ils laissent cela aux hérauts et aux ménétriers ; la récompense qui transporte de joie le vainqueur, c'est le droit qu'il a conquis de donner un baiser à la plus belle.

Le vicomte aimait trop à se battre pour assister aux tournois en spectateur impassible. Il descendait parfois dans la lice. Les vieux historiens vantent surtout Gaston X des beaux tournois qu'il organisait, faisant, disait-il, « accueil :i tous venants et tenait la table des jouxtes; il donnait au mieulx courant une lance estimée 2,000 ducats et deux diamants. » Le bonheur de Gaston était de se mêler aux combattants et de rompre

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force hmccs. Dans un seul tournoi, il en rompit quarante-deux. Nul ne parut plus brave ni plus vigoureux que lui.

Combien je regrette de n'avoir pas plus de compétence pour parler des races chevalines pyrénéennes et traiter ce sujet d'une manière moins superficielle.

Le don d'un beau cheval était fort apprécié. Plusieurs testaments constatent le le^s d'un beau cheval ou de l'argent nécessaire à son acquisition.

Lorsque le seigneur de Béarn venait à mourir, on présentait à l'offrande de la messe des funérailles, comme on le verra plus loin, quatre chevaux qui restaient présents à tout le service funèbre. Cet usage d'oiîrir à la messe d'enterrement le coursier du chevalier décédé existait en Navarre '. On trouve des traces du même usage en France. Au service funèbre célébré en 1385, à Saint-Denis, par ordre du roi de France, pour Bertrand Duguesclin, quatre chevaux de l'armée royale furent donnés à l'offrande. Edmond de Bauloi, dans son E nier renient de Claude de Lorraine, premier duc de Guise ^', raconte que, dans le service du duc, on conduisit solennellement du cloître à l'église, au moment de l'offrande, deux chevaux du défunt : l'un fut offert au cardinal de Givry qui officiait, l'autre aux chanoines de l'église où se fit l'enterrement. Des gentilshommes offrirent aussi les armes du défunt : chacun d'eux présenta séparément les diverses parties de l'armure, les

' WiViirrefmnçjise, t. Il, p. 155, * In-8', Paris, 1 5 ^o, f" 90.

éperons, les gantelets, la lance, l'écu, la cotte d'armes, etl'épée.

Quelques auteurs ont expliqué la présence du cheval à la messe d'enterrement, en la rapportant à l'antique coutume gauloise et franque d'immoler des chevaux aux funérailles. Il serait plus simple de dire que si le cheval, au moyen age, suivait l'homme jusqu'à sa dernière demeure, c'est que, pendant la vie, il avait été associé à tous ses dangers et à tous ses plaisirs.

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