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Rciiti'ilcs ini'culcs contre le jeu; actes notariés, le saut dans le Gave. — Costume burlesque des marquis du Hasard.
A Pau, comme dans toutes les villes d'eaux ou de plaisirs, le jeu est organisé en grand; c'est moins une distraction qu'une spéculation.
On jouait dans l'antiquité, on jouera toujours. Mais si, de notre temps, on cherche tous les moyens de surexciter la passion du jeu ; durant le moyen âge, au contraire, on essayait de tout pour la contenir. Elle avait dii bien sévir en Béarn, si on juge la violence de la maladie à l'énergie du remède employé pour la combattre.
M. Molard, archiviste de l'Yonne, et son prédécesseur, M. QjLicntin, ont recueilli dix pièces du xvr" siècle constatant des obligations, contractées par-devant notaire, en présence de témoins, de ne plus jouer sous peine d'amende que l'on s'imposait volontairement.
M. Desnoyers,' de l'Institut, chargé d'examiner ces pièces dans la séance du lo janvier 1881 du comité des sociétés savantes', a d'abord exprimé le regret de ce que les archivistes, en reconnaissant l'intérêt des documents qu'ils copiaient, n'eussent pas cherché à en apprécier le caractère.
Le savant M. Desnoyers, dans son intéressant rapport, s'est préoccupé des associations et confréries formées au moyen âge et ultérieurement pour différents buts religieux, politiques, industriels, littéraires, artistiques et même de plaisir. Il a donc cru voir, dans les actes recueillis aux archives d'Auxerre, la trace de l'existence au xvi^ siècle d'associations économiques qu'on peut comparer aux sociétés de tempérance si fort en faveur de nos jours, surtout aux Etats-Unis ^
Voici onze actes trouvés en Béarn :
i"" Acte du 8 mars ijj6^. Armand de Lanegàa, de Navarrenx, s'engage envers Guillaume du Brener du même lieu à ne jouer ou faire jouer par lui à aucun
' Revue des Sociétés savantes, 1882, t. VI, p. 20 et seq.
- Lq Bulletin des Comités (1884, n» 2, p. 1^8) a publié un rapport de M. Picot sur une communication de M. Mireur, qui a trouvé aux archives de Draguignan trois obligations notariées souscrites par un joueur de professsion, qui s'interdit expressément de jouer, soit pendant un temps déterminé, soit durant sa vie, à peine d'une amende et puis d'une punition d'emprisonnement au pain et à l'eau. Ces trois obligations ne regardent qu'un même individu.
Les actes de notair.'î des archives de Pau n'ont pas encore été soumis à MM. Desnoyers et Picot, quoiqu'ils soient plus nombreux et plus anciennement découverts que ceux des archives d'Auxerre et de Draguignan.
=5 Archives des Basses-Pyrénées, E, 1^95,
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jeu d'argent pendant deux ans. En cas d'infraction, il est convenu que Guillaume aura le droit de demeurer et de vivre pendant deux ans dans la maison d'Arnaud, auquel il a prêté lo sous morlans.
2° Acte du i6 octobre i)jj(B. 949). Pierre Arnauton de Faurie promet à Gaision, seigneur de Claverie, de ne jamais jouer ni faire jouer par lui pendant toute sa vie. Si le seigneur peut prouver par un ou deux témoins qu'il a manqué à son engagement, Arnauton sera tenu de lui payer 200 sous, et, s'il ne peut les payer^ à sauter du pont de pierre d'Orthez dans le gave [fos tienciit de sautar deu pont de peyre d'Ortes en gave.} Arnauton jure sur les saints évangiles et sur la croix de
tenu- ses engagements.
^^ Acte du 10 avril ijS6 (E. 1394). Bertranet, avec le consentement de son père, s'afferme à Jean d'Arrigade, chaudronnier à Navarrenx, pendant quatre ans. Il jure sur les saints évangiles que, pendant ces quatre années, il ne jouera à aucun jeu où l'on pourrait perdre autre chose que du vin à boire.
4° Acte du I ) nuirs i)pj (E. 1404). Sancholet deLaforcade, de Saucède s'engage à ne pas jouer pendant trois ans et à payer pour chaque infraction à cet engagement trois écusd'or à Berdolet de Casenave, charron, qui, pour le décider à convertir cette obligation, lui a donné une charrette toute neuve.
5° Acte du I ) octobre 142/ (E. 1766). Pierre-Armand de Cuyuh\a, d'Oloron, s'engage à ne pas jouer pendant trois ans à aucun jeu de dez, sauf au jeu de quilles à
tout boii-e et manger {a tôt bever emengar). S'il manque à son en^^agement, il payera douze florins : un tiers de la somme reviendra au seigneur, un autre tiers à la fabrique de Sainte-Marie-d'Oloron, et le dernier tiers à Guillemole Dombidau.
6^ Acte du I S septembre 142Ç) (E. 1766). Berdolet de Poey, de Monein, s'oblige envers Peyrolet deNaguaillarde d'Oloron, à ne pas jouer ni fliire jouer pendant sept années, sous peine d'une amende de 18 sous morlans à partager entre le seigneur Peyrolet, sous peine encore de fournir trois quarts de quintal d'huile pour les lampes de diverses églises. L'amende était due pour chaque infraction et, si elle n'était pas acquittée, Berdolet consent à être pris, arrêté et mis en prison jusqu'au paiement (quen posque esse près et arrestat e met ut en preson tant que aura pagat) .
7° Acte du 18 juillet 14)^ (E. 1767). Bernard d'Audan, prêtre chantant la messe (misse cantaa) à Sainte- Marie s'oblige envers un maréchal d'Oloron, Peyrot de Lacase, à ne pas jouer pendant l'espace de quatre ans, sous peine pour chaque infraction, d'avoir à payer deux marcs d'argent à partager par moitié entre la fabrique de Sainte-Marie et Peyrot.
8° Acte du 12 juin 14^^ (E. 141 3). Gaillard, senhor de Laborde et Marquemal de Lucq , déclare que plusieurs qui se disent ses amis lui ont fliit considérer les grands dommages de l'excommunication qu'il a encourue en fréquentant les cabarets, en jouant à des jeux deshonnêtes et ruineux; voyant qu'il lui est plus utile
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de se hum conduire, comme sa femme et ses enfants le désirent, il jure de son bon gré, en présence de ses amis, du baile et des jurats, de ne plus jouer ni de servir de caution à qui que ce soit, ni de jouer à aucun jeu où l'on puisse perdre de l'argent ou autre chose. Il s'oblige à payer 10 écus pour chaque infraction. Les dix écus reviendront à la fabrique de l'église et au trésorier de Saint-Michel de Lucq par moitié.
9° Acte du S mai 1J04 (E. 1414). Guillem de Diuzeyt de Lucq, promet de ne jamais jouer sous peine de payer chaque fois qu'il jouera un marc d'argent à partager par moitié pour l'église de Lucq et l'autre moitié pour Goulhard, Bernard et Johanet de Lacase de Lucq.
10" Acte (lie ij oct. i)-j(j (L. 1334). En la maison de maître Jean de Broquise, barbier du roi (barber de la reau iiiayesta), Laurent de Pedemont promet à Jean de Pailhas, jurât de Lagor, de ne rien jouer pendant tout le cours de sa vie, excepté un piché (deux litres) de vin. Le jurât lui donne trois francs à la condition qu'il ne jouera plus, et Laurent s'engage à payer 50 écus à Pailhas pour chaque fois qu'il jouera.
11° Acte du II dcc. 1)44 (^- 1620) Pierris de Bonnecaze, de Navarrenx, et Francisco Suciliano donnent deux écus soleil et un double ducat d'or, ;\ Pierre Armand de la Salle, de Navarrenx pour l'engagera ne pas jouer de dix ans, sauf un peu de vin (quatre pichés par jour et nuit). Pour chaque infraction, il s'oblige à payer dix écus soleil.
Ces divers actes méritent un examen attentif.
L'interdiction de jouer que les joueurs se font à euxmêmes est tantôt pour toute la vie, tantôt pour un temps dont la durée varie à chaque acte.
L'acte est fiiit par la volonté spontanée du joueur ou par inspiration étrangère.
Le joueur veut se corriger; ses amis lui ont fait comprendre que sa conduite était la honte et la ruine de sa tamille. Cq motif n'est par toujours nettement formulé, mais il paraît être le vrai motif de plusieurs actes. Le joueur veut s'armer contre sa faiblesse, et mettre un frein à sa passion par un châtiment qu'il s'impose.
Chose remarquable, dans tous ces actes, on ne voit jamais l'influence ecclésiastique, si puissante pourtant au moyen âge. Des bailes, des jurats, des maîtres, des amis y figurent pour décider le joueur à se convertir, jamais un prêtre. Dans un acte figure un prêtre, mais c'est pour se corriger lui-même.
L'amende, ou la peine fixée pour l'infraction aux promesses, n'est pas fixée au même taux, ni payable dans les mêmes conditions. S'il y a quelquefois une part pour le seigneur du Béarn, c'est qu'en lui donnant un intérêt dans l'exécution de l'acte, on était sûr que la convention serait exécutée.
Le vrai motif des actes est tellement la correction d'une passion funeste que celui qui oblige l'autre à ne plus jouer, lui fait un don, afin que l'obligation soit contractée.
Les actes énumérés sont, enfin, de diverses époques, de diverses localités. Ce sont des engagements individuels sans aucun lien mutuel de confraternité ou de