‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 60 sur 126 · LI-: PARLEMENT · texte numérisé non relu

LI-: PARLEMENT

Par agneau ou chevreau , . 3 deniers.

Charge de poisson . . . . i sou.

Charge de bois à brûler . . i sou ou une bûclie.

La police des prisons était réglée avec soin.

« Il était défendu aux anciens prisonniers de rien prendre aux nouveaux arrivés, sous le nom dechaudclles ou balai, ni de les maltraiter, sous peine d'être enfermés dans les basses fosses. La paille devait être fraîche et souvent renouvelée. Défense était faite au concierge de vendre du vin aigre, pourri ou boisé. »

Autre preuve de l'humanité du parlement : le peuple qui le voyait de près, qui n'ignorait rien de ses actes, parce que tout se sait dans une petite ville, ne s'est jamais plaint de sa sévérité et lui a témoigné souvent les plus vives sympathies. Elles éclatèrent surtout quand l'ancien parlement, exilé par Maupou, fut rappelé. On a peine à se fiiire une idée de la joie populaire qu'excita le retour des magistrats expulsés.

Lorsqu'en 1788, on apprit la nouvelle de la réintégration totale du parlement pour la mi-octobre, raUci^resse publique renouvela ses éhius '. Le duc de G niche écrivit au marquis de Lons, que le roi était instruit de tout. Le peuple uêlail plus caîoniuic dans sou esprit, les troupes allaient être retirées du Béarn.

Le retour du premier président marquis de Lacaze était fixé :\u i.\ octobre. C'était une belle journée d'automne. Dès huit heures du matin, toute la ville

' Voir : Relation de ce qui s\'st passé à Pau Jeyuis le 16 septevibrc jusqu'au retour du Parlement, axer, ce qui a stiivi jusqu'au 1) novembre ijSS. — A Pau, chez Daumont.

résonnait du bruit des tambours et trompettes. Les troupes se rangaient sur la place Royale. « A la tête paraissaient cent coureurs d'une taille svelte ; leur habillement était de pied en cap d'une blancheur éclatante. Une légère frange de fil de lin bordait la veste; des filets d'argent entouraient un petit jupon en taffetas couleur de rose qui tombait jusqu'à demi cuisse. Des rubans assortis relevaient des pieds k la tête, par des sillons et des nœuds,, la blancheur de l'habit. Les cheveux mêlés encore àces rubans, flottaientsur les épaules. Un casque élégant brillait d'un contour doré où des pierreries parsemées étaient ombragées de hauts panaches diversement colorés Une canne guirlandée montrait au bout une pomme resplendissante et nos coureurs la tenant fièrement à la main, ne semblaient attendre que le moment de s'élancer. »

La cavalerie était bien montée.

« Cinquante musiciens commencèrent d'abord une harmonie bruyante. Ils étaient munis de cors de chasse, serpent, clarinettes, hautbois, octavins^ caisses turques, tambours de basque, tambours turcs, cymbales et autres instruments sonores. Leur vêtement se faisait remarquer : sur un costume entièrement blanc était un uniforme écarlate, revers blancs, relevé de boutons^ et de deux épaulettes en argent; l'épée au côté. Les chapeaux ornés d'un bouton luisant, et d'une ganse brodée en or, présentaient un bouquet de belles plumes qui couronnaient les têtes de nos joyaux amateurs.

« Ensuite venaient 300 jeunes gens d'élite... vêtus dans le costume de Henri IV. Sur le bas blanc, étoit

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iiiî brodequin noir, brodé d'un tissu jaune avec une houpe analogue tombant du haut du lacet. Une petite veste blanche étoit sous une plus grande, qui, de couleur brune ainsi que les chausses, avoit comme celle-ci, la tournure particulière qu'on connoit. Toutes deux étoient garnies de rubans jaunes depuis la jarretière jusqu'au cou. Ici une fraise à triple rang étaloit une dentelle artistement plissée, une écharpe assortie aux rubans, étoit coupée sur le milieu d'un nœud couleur de rose, et tenoit à chaque extrémité par un nœud blanc. Un plumet de cette dernière couleur garnissoit un chaperon noir, lequel retroussé de devant présenroit au haut du front une ganse de couleurs analogues qui tenoit un bouton resplendissant. Cette coiffure hardie étoit encore rehaussée de nombre de pierreries et de cordons en perles; celles-ci se trouvèrent surmontées elles-mêmes de hauts panaches de toutes couleurs dont la disposition variée ajoutoit encore à l'air martial de nos cavaliers qui tenoient leur épée à la main. » Puis venaient les pompiers au nombre de cent, en vêtement blanc sous un habit d'un rouge foncé au revers noir, panache au chapeau, un large baudrier soutenant un énorme sabre. Parmi les spectateurs arrivés en foule, beaucoup portaient des costumes pittoresques ; les corps d'artisans avaient un uniforme

vert aux revers rouges.

Le cortège se mit en marche. La cavalerie sur deux rangs alla chercher l'étendard chez le marquis de Lons.

On descendit le pont ncu( pour se diriger vers la route

de Bordeaux. Tous les citoyens étaient dehors. « Les paysans des villages voisins^ vêtus de blanc, arrivaient par bandes, une branche de laurier au bout du fusil, et grossissaient la multitude qui couvrait au moins une heue de terrain. » A deux heues de Pau^ le cortège aperçut, enfin, deux cavaliers accourant bride abattue et annonçant l'arrivée de M. deLacaze. La foule immense poussa une longue acclamation et s'arrêta.

Le premier président arrive, met pied à terre, écoute une harangue et y répond avec une vive émotion que partage tout le peuple. 11 monte alors dans un magnifique carrosse orné de lauriers et l'on entre en ville. Entête s'avancent 2,000 paysans vêtus de blanc, marchant trois par trois, précédés de violons, de tambourins et de douze /)ar/^-/;(3rZ;^^. Les drapeaux de chaque village sont déployés. Viennent après les artisans en uniforme, armés et portant leurs drapeaux. Ensuite les coureurs, les cavaliers; enfin les Henri IV escortant le carrosse. Les pompiers, sabre au poing, ferment la marche.

Au bruit des tambours et des trompettes se mêlaient ces acclamations : Vive le roi ! vive M. de Laca'^e ! vive tout le Parlement! Et ainsi jusqu'à l'hôtel du premier président dont le portail est orné d'une couronne. Là une triple haie de volontaires lui rend les honneurs militaires. Il descend au milieu de la foule compacte et rentre chez lui. Tous les corps de la ville : officiers municipaux, professeurs de l'université, grande commission de l'ordre des avocats, le doj^en des procureurs^ tout le clergé, les religieux de Saint-Maur, les cordcliers et les capucins, s'empressent de le visiter. Chaque

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corps cherche à briller par sa harangue. Il paraît que les capucins eurent leur Démoslhcne et leur Pindare.

Le soir, grande représentation au théâtre où l'on joua la bataille d'Ivry.

Le lendemain, ce lut la rentrée solennelle du parlement; toute la cour et tous les fonctionnaires vinrent prendre le premier président à son hôte), et des torrents d'éloquence et de poésie y furent encore dépensés.

A la sortie du palais, surtout, le cortège était magnifique. La cour en robes rouges était précédée de quatre jeunes filles vêtues de blanc tenant des corbeilles remplies de roses, de feuilles de laurier et de myrte qu'elles jetaient à pleines mains sous les pas des magistrats. Le soir, une illumination générale « rejeta au loin le voile de la nuit ». Il y eut foule encore au théâtre où l'on joua la Partie de chasse de Henri IV, et le bon roi fut applaudi à tout rompre.

Le troisième jour, au matin, le parlement, au grand complet, tint sa première audience publique. L'évèque de Lescar, M^'"" de Noë y siégeait. Le syndic des avocats, M.Pommiès; le syndic général des États, M. de Péborde, l'avocat général, Faget de Baure, et M. le premier président prirent successivement la parole.

Dans l'après-midi, il y eut des courses de taureau à la basse-ville.

Le quatrième jour, grande cérémonie religieuse. Les Henri IV escortèrent les magistrats à Saint-iMartiii ; puis viennent les avocats et les procureurs. La musique précédait le cortège, et les volontaires en armes

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fermaient la marche. L'évêque célébra la messe en grande pompe, avec beaucoup de chants et de musique.

Le soir, il y eût grand bal, où les actrices ne négligèrent pas le prélude.

Le i8, on eut une vision . Un écuyer, huche sur un âne, afflublé d'une robe et d'une perruque, traversa la ville saluant à doite et à gauche. Était-ce un fantôme ou un être réel ? Tout simplement, on tournait en dérision le bailli.

Le 19, ce fut la grande fête. On commença par une grand'messe avec Te Deum que le corps municipal fit célébrer. On se rendit ensuite au château où des tables étaient dressées dans trois salles pour 400 convives. « L'air, la terre et l'eau semblaient avoir prodigué leurs dons pour former le festin. »

Au milieu de la première salle s'élevait une pyramide quadrangulaire peinte couleur d'azur. Chaque face était ornée de devises béarnaises et de figures allégoriques : d'un côté Sully et Necker; de l'autre, un ange tutélaire et le bon Béarnais : M. le duc de Guiche ; sur le troisième côté, c'était un épervier cherchant vainement à saisir une alouette, avec la devise: ISIou la gaherapas — « Il ne la prendra pas » ; sur le quatrième côté, un bailli à la mine afiamée, aux griffes longues et crochues, laissant échapper une foule de loques, et portant la devise : ii Qui trop amasse, pocq estreing — « Qui trop embrasse mal étreint — « Au-dessus de la pyramide, paraissait le berceau de Henri IV orné de rubans, de dentelles, de perles et de pierreries qui le couvraient en entier. Le panache blanc surmontait tout.

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Après les magistrats et le Premier venaient les Henri IV qui allèrent chercher l'èvèque. En atlemlant, on voyait arriver les détachements successifs de ce sexe enchanteur qui est l'eniblênie et le type des plaisirs. Toutes les dames portaient le costume de Jeanne d'Albret dont le portait ornait la salle.

(( La charmante égalité était la déesse de tous. » L'étiquette était oubliée pour la gaieté.

Les cavaliers devenus échansons entouraient les dames et les servaient. Les vins étaient chaleureux, les mets nombreux et prompte ment dissipes.

Puis viennent les chansons. On. commença par: Vive Henri IV, vive ce roi vaillant! Ensuite, des chants de circonstance en l'honneur du duc de Guiche et du Parlement ; enfin des chansonnettes béarnaises du Recueil ingénieux composé dans les bras de la Joie, et dans un idiome qui prêle à la légèreté. On chantait encore, lorsque les Henri IV apportèrent un énorme pâté surmonté d'un automate représentant un bailli.

Le pâté fut condamné à être mangé, et, comme un bailli est ordinairement coriace, il fut jugé, exécuté et jeté par la fenêtre.

Après le gros pâté, il fallut boire, et Ton buvait toujours,lorsque la musique fit appel à la danse ; les Ganymédes, laissant là les coupes, prirent la main des dames, et l'on s'en fut au feu de joie qu'alluma M. deLons, puis l'on entra dans la salle du bal. Les restes du grand repas avaient été abandonnés au peuple de la campagne. Des pyramides de pain et six fontaines de vin pur avaient été mises â la disposition des danseurs

villageois; et, dans l'intérieur des salles, vingt contredanses paraissaient à la fois. « Des milliers de nymphes bocagères s'étaient rendues, et non pas seules, pour partager la fête. »

Les dames du bal citadin, excitées par le dîner, la musique et les danses, avaient acquis ce degré d'électricité qui fait raffoler les plus sages.

Quand l'aube fut venue, il fallut se disperser. Parmi les danseuses, se trouvaient plusieurs jeunes pensionnaires qui durent rentrer au couvent, et les souveraines des hommes vinrent rejoindre les servantes de Dieu.

On était tellement lancé dans les plaisirs qu'on ne pouvait plus s'arrêter.

Les habitants de Lons, revêtus de leur costume blanc et guirlande portant chacun une paire de volailles au lieu d'un fusil, conduisant un veau gras paré de fleurs et plusieurs moutons, allèrent les ofl^rir au marquis^leur seigneur adoré. Ce furent les seules victimes de ces fêtes .

Les habitants de Jurançon dressèrent des arcs de triomphe au président de Jasses. Ce ne furent partout que feux de joie, autour desquels dansait la jeunesse^ avec des chants béarnais et des acclamations, et enfin des feux d'artifice.

L'allégresse fut unanime. Les pénitents blancs acquittèrent les dettes de deux prisonniers civils. L'ordre des avocats fit une quête pour soulager les autres. | La charité s'était jointe an plaisir: « la nudité avait été couverte, le besoin secouru, le désespoir apaisé. »

Le 4 novembre, on dansa de nouveau. Parmi les

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bals , on remarqua surtout celui de Henri IV, dont l'attraction ordinaire a rassemblé un nombre infini de citoyennes ! Egales par le costume, elles l'étaient par le cœur. Cette dernière ressemblance ne les quitte jamais, elles sont Béarnaises ! »

Cette fête populaire était donnée au Parlement, au moment même où il allait disparaître. La Révolution approchait à grands pas. Mais l'on ne peut pas dire que la nécessité s'en fit sentir à Pau. où le peuple était si justement fier de son Parlement et de ses propres privilèges.

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