LA NOBLESSE BÉARNAISE
On connaît l'histoire de Renaud d'Elissagaray '. C'était le fils d'un pauvre paysan. Un marquis de Gassion le prit à son service comme page, le fit élever, lui accorda sa protection, et, sans qu'on lui ait jamais demandé d'où il sortait, il parvint à de hautes dignités et fut admis dans Tintimité des rois de France et d'Espagne. Un gentilhomme du nom d'EUssagara}' lui offrit de le reconnaître connue parent, afin qu'il parut de noble origine. Renaud refusa, fier de devoir sa situation à son génie plutôt qu'à la naissance.
Un jour, il reparut à Arbus, où il avait été page; il était, alors, lieutenant général de l'armée de terre, inspecteur général de la marine, grand-croix de Saint-Louis, membre de l'académie des sciences, et nul ne lui contestait le beau surnom de Restaurateur de la marine française. La marquise de Gassion fut flattée de sa visite et touchée des hommages de reconnaissance d'un personnage qui occupait la renommée. Elle donna un grand dîner en son honneur. Il était d'usage dans la maison, qu'avant le repas un page allât offrir aux invités, en commençant par le plus distingué, de l'eau parfumée pour les mains. Le page s'avança d'abord vers Renaud ; mais celui-ci, pour montrer qu'il n'avait pas oublié sa modeste origine, prit l'aiguière avec la serviette et servit sa maîtresse comme autrefois.
Les Basques se disaient tous nobles. Sanadon a écrit un volume sur cette noblesse générale. Les Réarnais
' Voir la Sax>An-c française, t. I, p. j^q.
n'avaient pas la même prétention ; mais le moindre enrichi pouvait paraître noble. Le plus humble ouvrier prenait la particule, et cela voulait dire que Jean ou Pierre était de telle maison. L'héritière d'une maison imposait son nom à son mari.
En 1669, l'intendant d'Aguesseau fut chargé de rechercher en Béarn les usurpateurs de noblesse. Ce ne fut qu'une panique. Tout s'arrangea moyennant finance. Il paraît que les titres de noblesse se payaient 30 livres, et le nombre des nobles alla toujours grossissant. Au xvi® siècle, on comptait aux États de Béarn 20 députés de la noblesse; en 1788, on en comptait 500.
Chose curieuse! chaque fois qu'on a voulu poursuivre les faux nobles^ on n'a fait qu'en augmenter le nombre. Ainsi, durant le second empire, les gens qui s'étaient parés de noms qui ne leur appartenaient pas, profitèrent du moment où on voulut réprimer les abus de cette nature pour faire régulariser, à l'aide de protections de toute sorte, la fausse position où ils se •trouvaient.
Sous l'ancien régime, on pouvait être anobli par l'achat de certaines charges de finance ; on en comptait 4,070 conférant la noblesse. M. de Pontchartrain surtout abusa de la création d'offices honorifiques dans le but d'enrichir le Trésor. Il disait au roi: «Chaque fois que Votre Majesté crée un office, Dieu crée un sot pour l'occuper. »
La fortune immobihère, aujourd'hui détrônée par la fortune mobilière, menait droit à l'anoblissement. On
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n'a plus besoin de réfuter Boulainvilliers et Montesquieu qui voulaient trouver l'origine de la noblesse dans l'invasion germanique et dans l'inégalité de la race. La vraie origine de la noblesse féodale, c'était la puissance résultant de la richesse foncière, de la possession ancienne de la richesse territoriale.
Le roturier enrichi acquérait un bien noble; il cherchait à enter sa famille sur celle des anciens possesseurs de la terre dont il prenait le nom; il dissimulait le nom obscur des aïeux sous celui d'une seigneurie, grande ou petite. Ces abus remontaient loin et grandissaient chaque jour, malgré d'énergiques protestations. Comme il se récrie le seigneur des Accords contre ceux ipii estant yssis de bonnes et honnestes familles changent le nom de leurs pères connue- s' il s dédaignaient de le dire et faire remarquer ; enfants oublieux de leur origine prenoient plaisir par une insigne fausseté de s'élever par dessus leurs ancestres et vouloient par ce moyen fouler aux pieds leur mémoire.. .
Ce que Molière résumait ainsi :
Qiiel abus de quitter le vrai nom de ses pères Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimè'res !
Aujourd'hui que l'usurpation des faux noms ne mène plus à rien qu'au ridicule, combien de gens, cependant, s'aflublent de titres auxquels ils n'ont aucun droit!
La distinction, si martluée en France, entre la noblesse d'épécet celle dérobe existait aussi en Béarn; mais les gentilhommcs de haute noblesse, comme les Gramont, habitaicni Paris plutôt que la cité béarnaise.
A Pau, les nobles qui auraient dédaigné de porter la robe étaient peu nombreux. Les douze barons de Béarn, au moyen âge, tenaient en main le glaive de la guerre et celui de la justice. Ils étaient chevaliers, guerriers et juges.
Dans une vicomte^ le plus haut titre ne pouvait être que celui de baron. Le titre était attaché à la terre, et la terre pouvait changer de maître. Voici quel était, à la fin du dernier siècle, l'état des possesseurs des douze baronnies :
Andouins
. le duc de Gramont.
Navailles.
de Mesplès.
Arros.
. d'Espalungue.
Miocens .
. de Navailles Poeyferré
Lescun . .
. de Laur.
Gabaston.
. . de Faget.
Coarraze .
, . de Boeilh.
Domy. .
. de Courrèges.
Gayrosse .
. . de Laborie.
Gerderest
. de Noguès.
Les deux baronnies de Miramon et de Vidouze avaient été distraites du Béarn au xiv^ siècle.
Aux douze grandes baronnies^ quatre petites furent ajoutées :
Monein . . . comte de Montréal.
Lons .... marquis de Lons
Mirepeix. . , vicomte de Navailles.
Làas. . . . baron de Lataulade.
De nos jours, on s'occupe beaucoup d'écrire le nobiliaire de chaque province. Ces publications ne sont