‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 63 sur 126 · LA NOBLESSE BÉARNAISE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE BÉARNAISE

malheureusement trop souvent que des spéculations. LeChesnaic des Bois serait fort étonné de voir l'édition nouvelle de son livre enrichie de tant de généalogies fantaisistes. De tout temps, il y a eu des généalogistes complaisants moyennant salaire. Saint-Paul a dit: Genealogias devita, siint enim inutiles et varice; et Chateaubriand :

On compte ses aïeux quand on ne compte plus.

Parmi les généalogies anciennes des familles de Béarn, plusieurs excitèrent le sourire des contemporains. Tallemant des lléauxdit, en parlant des Gassion : « Ils font des efforts pour fiiire passer leur maison pour une maison d'ancienne noblesse, et se font une généalogie telle qu'il leur plaist. » Lorsque le frère du maréchal de Gassion obtint, par lettres patentes de février 1661, l'érection en marquisat de la terre de Camou, il arrangea sa généalogie. Je ne sais quels noms il y ajouta; mais je connais ceux qu'il en a retranchés, notamment celui d'un oncle Jacob, médecin. 0\\ est allé récemment jusqu'à nier l'existence de ce Gassion, médecin; mais je possède imprimés des vers fiiits par lui et contre lui. Un de ses autographes existe aux archives de Pau; c'est une quittance, datée du 4 juin 1623, d'une somme de 3 livres, 4 sols, 6 deniers pour avoir fait, par ordre du parlement, la visite corporelle de trois sorcières, afin de rechercher si elles n'avaient pas sur elles quelque signe annonçant le contact du démon.

Les Gassion étaient dévoués aux rois, mais ils appar-

tenaient à une famille pauvre, originaire d'Oloron. Jean de Gassion fut élevé aux frais de Jeanne d'Albret et le père du maréchal aux frais d'Henri IV. Le maréchal disait à M""^ de Motteville que, lorsqu'il quitta Pau, il n'emporta que 30 sols dans sa poche, et que, pour économiser ses souliers, il les portait au bout d'un bâton.

On raconte qu'en partant pour la campagne, de Savoie, son père lui donna pour tous chevaux un vieux courtaut qui pouvait bien avoir trente ans et qui ne put aller plus loin qu'à quatre ou cinq lieues de Pau.

Il fallait être bien pauvre gentilhomme pour savoir marcher pieds nus, et n'avoir pas un cheval pour faire un long voyage.

Le maréchal fut tué le 15 septembre 1647. Il laissa à sa famille 900,000 livres vaillant ; et son frère Bergeret mourut peu de temps après. Aussi disait-on qu'en voyant arriver si vite dans l'autre monde celui qui, dans celuici, venait toujours après lui, le maréchal avait dû s'écrier : <( Eh quoi, mordioux ! vous voilà déjà ! Me suivrez-vous donc éternellement ? »

La fortune du président de Gassion et sont importance devinrent considérables.

Parmi les plus anciens noms de la noblesse d'épée du Béarn se placent les Navailles. On les trouve, dans l'histoire locale, dès le x^ siècle. Leur maison posséda longtemps la première baronnie du pays; elle eut des alliances avec les d'Albret et les Bourbons. Les Navailles d'Angaïs, conservèrent pendant des siècles, de père en fils, la dignité de syndic des Etats de

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l^cani. Le chef de cette maison joui un rôle honorable pendant la révolution, devint, dans ses derniers jours, maire de Pau et mourut à soixante-dix-sept ans^ au château de Narcastet, en 1812. Son fils était mort avant lui ; sa fille avait été mariée en 1785 au baron de Castclnau-Villerase qui laissa deux filles. L'aînée épousa le comte de Navailles-Labatut, et la seconde, le baron de Mesplès.

Dans le dernier siècle, les marquis de Lons occupèrent en Béarn une grande situation. M. de Lons, colonel général de l'infanterie du royaume de Navarre, maria son fils Philippe à Françoise Marguerite Bayonne, fille d'Antoine de Gramont, duc et pair. Son petit-fils épousa l'héritière des d'Albret Miussens. Ln 1763, le marquis de Lons fit ses preuves pour monter dans les carrosses du roi.

Le dernier descendant de cette race disparue, naquit à Pau en 1738 et y mourut en février 18 19. Il s'était distingué dans la guerre de Sept Ans et arriva vite au grade de maréchal de camp. 11 émigra pendant la Révolution et devint, sous la Restauration, lieutenant général et commandeur de Saint-Louis. Iinhn il fut nommé gouverneur du château de Pau, où il fit revivre un instant les traditions de l'ancienne société.

Des maisons de robe comme celles du marquis de (jassion, du marquis d'Lsquille, du marquis de Charitte, du baron de Mesplès, du marquis de Neys-Candau, etc., sont sortis plusieurs généraux et amiraux. Les chevaliers de Montréal, comtes de Troisville. marquis de Monein ^ alhés notamment aux Gassion,

fournirent de braves officiers, des mousquetaires et des généraux. Les d'Arros , les d'Incamps , les marquis d'Angosse, les comtes de Cauma-Baillenx'de Cassaber, les d'Espalungue, les Salettes, les Nolivos, les d'Arboucave^, et d'autres gentilhommes béarnais brillèrent dans l'armée française.

Parmi les voisins du Béarn qui s'établirent à Pau et y contractèrent des alliances, il fiiut citer deux noms : les Belzunce et les d'Ossun. Depuis Henri IV, la maison de Belzunce ^ ne cessa de fournir à la société de Pau de brillants cavaliers, et à la France de braves officiers, sans parler de cet évêque de Marseille qui, après des prodiges de charité, refusa le duché de Laon que le roi lui offiit en récompense de ses vertus. D'après les traditions populaires, un comte de Belzunce avait tué un monstre qui désolait le pays; son fils était colonel au commencement de la Révolution ; il fut massacré et son cœur porté en triomphe au bout d'une pique. Des historiens rapportent qu'à la vue de cet horrible spectacle, Charlotte Corday, qui avait aimé Belzunce, conçut le projet d'immoler Marat « dont les fougueuses déclamations avaient allumé la rage populaire contre son amant » .

La flunille d'Ossun, illustre en Bigorre^ était alliée aux Navailles. Au moyen âge, un d'Ossun épousa l'héritière de Barèges et ses descendants conservèrent cette vallée que des eaux thermales devaient rendre si célèbre. Pierre d'Ossun joua un grand rôle durant les

1 Voir la Navarre française, X. i, p p4 et passim.

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