‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 64 sur 126 · LA NOBLESSE BEARNAISE. 3OI · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE BEARNAISE. 3OI

guerres de religion. Brantôme l'a classé parmi les grands capitaines. « Sagesse deTheniies et hardiesse d'Ossun, dit-il, sont proverbiales en France et en Espagne. » Mais Pierre d'Ossun doit sa renommée moins à des actes de bravoure qu'à sa fuite d'un champ de bataille. Pendant quarante ans, sa vailllance avait brillé, lorsqu'à la mémorable journée de Dreux, croyant tout perdu, voyant ses soldats en déroute, il prit aussi la fuite avec eux. Bientôt, cependant, la réflexion l'arrête : le voilà déshonoré, indigne de vivre. Il revient au combat, se précipite dans la mêlée, y cherche la mort et n'y trouve que la gloire. On admire sa bravoure; le duc de Guise le complimente sur la part qu'il a prise à la victoire. Mais rien ne peut fiiire révoquer l'arrêt qu'il a porté contre lui-même : en fuyant il a mérité la mort et il se laisse mourir de faim !

Le marquis d'Ossun, parti simple mousquetaire en 1713 devint maréchal de camp, ambassadeur, grand d'Espagne, cordon bleu, ministre d'Etat. Il épousa M"" Hocquart, fille d'un fermier général, qui lui apporta une immense fortune, et ses quatre filles, richement dotées, entrèrent dans les plus grandes familles de France. Mais son fils, après avoir mené une triste vie, eut une triste fm : il mourut à Saint-Domingue où il s'était enfui pour se dérober à ses créanciers.

Un écrivain érudit et consciencieux, M. de Jaurguain, a commencé la publication du Nobiliaire de Bcarn. Pour être complète, cette histoire de la noblesse béarnaise devrait contenir deux chapitres très curieux : celui des faux nobles et celui dos fuix roturiers.

L' abbé de Payoo avait composé, avant la Révolution, une satire en vers béarnais contre les faux nobles. C'est un chef-d'œuvre de poésie, mais un tissu de malices. L'auteur fait apparaître dans un rêve la vérité à laquelle il prête bien des mensonges.

On parle beaucoup de faux nobles, et pas assez des aux roturiers. Au dernier siècle, on a déjà remarqué que, dans nos contrées, il y avait plus de faux roturiers qu'ailleurs. De tristes déchéances avaient été souventla conséquence de mariages mal assortis^ de l'écroulement des fortunes et d'événements divers.

Cela s'est vu partout^ dans tous les temps. Boccacea

écrit un traité : Des cas des nobles malheureux^ hommes et

femmes. » M. de Loménie est allé bien loin en disant :

« Il y a plus de faux roturiers que de faux nobles. »

Dans son charmant ouvrage sur Rivarol, M. de Lescure a dressé, au moyen des journaux contemporains, un long martyrologe des catastrophes de famille survenues pendant la Révolution. Exemples : un comte de Bousserole, garde champêtre; un petitfils du marquis d'Hauteroche, simple gendarme; un Jean de Retz, de la famille du fameux cardinal, ménétrier; un marquis de Torcy, aubergiste; le dernier des marquis de Chambéry, baigneur à Saint-Malo; un comte de Saint-Jean, fabricant de souricières, etc., etc.

En Béarn, il serait facile de citer beaucoup de vrais nobles vivant très modestement et même cultivant la terre de leurs mains : un baron de Neys, de l'une des plus anciennes maisons béarnaises; un Frazer de Villars, petit fils d'un général qui, à la bataille de Fontenoy, vit

LA NOBI.I-SSi- BI-AKNAISii. 303

tomber à ses côtés ses quatre frères, tous chevaliers de Saint-Louis; un de Lurbe, dont les aïeux correspondaient avec Henri IV; un Casaubon, descendant direct d'un Lavedan marié à l'héritière de Casaubon d'Ost; Le vicomte de Lavedan, dans les chartres du moyen âge, figure à côté du vicomte de Béarn. Et dans quelles positions sont tombés les petits-fils des comtes d'Esclignac-Marestang, des barons de Maure, des seigneurs de Billères, d'Assat, de Laloubère, etc.

Pendant que les faux nobles exhibent des blasons tout neufs, combien de faux roturiers laissent, dans l'obscure pauvreté, se rouiller leurs blasons séculaires !

Page 1