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corporation. Rien n'y peut faire supposer le moindre esprit d'association, ni la moindre confrérie religieuse.
Cela prouve seulement combien étaient grands les ravages de la fièvre du jeu, si grands que ceux qui en étaient atteints cherchaient, dans les moments de calme et de saine raison, à se munir de remèdes contre de nouveaux accès. Ces remèdes étaient énergiques, puisqu'en cas de non payement on allait jusqu'à s'engager à faire un saut périlleux dans le Gave. On dut renoncer à ces actes d'interdiction de jouer, au fur et à mesure que la passion du jeu devint plus dominante. C'est loin du Béarn, et loin du xvi*' siècle qu'il fiiut chercher aujourd'hui des obligations analogues à celles que nous avons rapportées.
Au mois de juillet 1883, on lisait dans un journal de Pesth : (( Pour faire plaisir à ma femme, je, soussigné, déclare que dorénavant je ne mettrai plus les pieds dans un café ou dans une brasserie. Et, pour sanction, j'autorise celui qui me trouvera dans un café à me demander immédiatement 50 florins qui seront versés au bureau de bienfaisance. Signé: Simon. »
Henri IV avait toutes les bonnes qualités des Béarnais, mais il avait aussi quelques-uns de leurs défiiuts '. Il jouait à la paume, aux quilles, au billard, aux échecs, aux dés, au tarot, aux cartes et à d'autres jeux encore. Il était bon joueur, et il perdit de fortes sommes.
Dans un inventaire d'objets précieux, tapisseries des Flandres, vaisselle d'argent, etc., dressé en 1555, après
' Ilcnvi IV, vie ;-;\'j'tv, p. 204.
30 LA SOCIÉTÉ ET LHS MŒURS KN BÉAKN.
la mort de Pèdre Sacaze, riche marchand béarnais, nous remarquons douze jeux de cartes fines de Lyon à la marque de Virida.
Comme circonstance atténuante de la passion du jeu au xvr siècle, un auteur dit qu'à cette époque les distractions étaient rares et qu'on devait jouer pour passer le temps. On n'avait pas, comme aujourd'hui, de théâtre, les plaisirs intellectuels faisant défcmt : on jouait. Mais l'on ne voit pas, de nos jours^ que les villes les mieux dotées en théâtres, casinos et salons de lecture, soient celles où l'on joue le moins.
Un nommé Clairville, citoyen de Maastricht fit paraître en 1778, une pièce intitulée : les Eaux minérales. Le jeu et les tricheurs brillaient déjà dans les villes d'eaux. Or voici la peine proposée contre tout fnarqiiis du hasard, chevalier d'industrie, officier d'eaux minérales, grecSj et cœtera^ surpris friponnant au jeu :
(( Il sera arrêté et conduit à l'officier de police qui, sur-le-champ, le fera mener sur une des places publiques de la ville où il sera décoré de l'uniforme ci-après détaillé et obligé ensuite de partir avec le dit uniforme sous quatre heures de temps. L'uniforme sera : un chapeau brodé de neufs de coeur, ayant un huit de carreau pour cocarde et un cornet pour panache. Sur l'habit qu'ils auront sur le corps, on placera des brandebourgs en carte, et des cartes parsemées sur l'habit, la veste et la culotte, des parements verts à l'habit, faits avec un vieux drap de billard, pour épaulettes un galon de carte où pendront des dez autour d'une frange de fil, pour épéc une queue de billard, à laquelle
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pendra une corde avec deux billes en guise de dra-
gonne. »
Si ce costume burlesque eût été en usage à Pau pour les tricheurs, hélas ! on aurait vu exposés à la dérision populaire des gens qui, la veille encore, jouissaient de la considération publique.