‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 71 sur 126 · LE FARNIENTE DE PAU · texte numérisé non relu

LE FARNIENTE DE PAU

(Goût (le la vie oisive. — Opinion des médecins et du Parhnmit. — Ce goût n'est pas d'importation étrangère.

Messieurs du Parlement travaillaient les uns par Lgoût, les autres pour ne point paraître trop au-dessous des magistrats qui étaient l'honneur de la compagnie. Mais les gentilshommes qui, après avoir payé leur tribut à la patrie, n'avaient rien ;\ faire, se laissaient volontiers aller aux doux attraits du fcNiaritCj mot béarnais synonyme du mot ïVàVicn farniente. On prétend que le fhiiantc existe encore à Pau à l'état endémique. Est-ce une maladie du pays ? Est-ce une importation de l'étranger ? La plus grande occupation, quand on n'a pas besoin de travailler pour vivre, c'est d'inventer des distractions nouvelles ou de trouver les moyens de passer agréablement le temps.

Un vieux Béarnais, qui n'a rien .\ vendre ni ;\ louer

aux étrangers, me disait : « Ce sont les étrangers qui « ont communiqué à nos jeunes gens cette soif déme- « surée et insatiable de divertissements incessants. « Pour retenir nos hôtes d'hiver, il faut les amuser c( tous les jourSj et la passion des amusements est con-

« tagieuse ».

Quant à moi, je n'oserais rendre les étrangers responsables du goût si prononcé de la jeunesse de Pau pour la vie oisive. J'attribuerais. plutôt \t farniente béarnais aux influences climatériques du pays.

Le célèbre Théophile de Bordeu, dans son Histoire de la médecine, remarque qu'il y a peu de langue plus riche que le béarnais en expressions applicables à l'homme paresseux, n'ayant d'autre souci que de tuer k temps. Voici les épithètes qu'il énumère : Bandoulé, auruguê, tracanar, beau, pec, estourniu, néci, campich, esbaraulat, pégoii, alinian, truque tauIé, jouan Taysit, Guillem pesquè, cap d'ail^et, luec, gaJem, cagot , escrépi, pèloy, escalanal, hou-birat, cere-birat.

On s'est demandé, il y a longtemps, quelle était la cause de l'indolence des esprits en Béarn. La question fut une fois posée par-devant la cour de Pau. Dans les Remonst rames et arrêts, de Gassion, on trouve des discours de rentrée décorés de singuliers titres : le Dauphin, Je Minotaure, FAstrée, la Pléiade, Hippocrate, Diomède, Ulysse, Moly, et, dans un de ces discours, après avoir dit que l'esprit s'éprouve et se raffine dans le travail, qu'il faut rechercher dans les rochers des codes et du digeste les trésors de la jurisprudence, Gassion ajoute : « Oh ! qu'il est malaisé de prendre

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« cette bjlle résolution parmi nous. La délicatesse de « cette ville, les longues et amples promenades^ les bonnes « et agréables compagnies ont autant d'appatsj pour « nous attirer au sommeil : Torpenl ingénia desidiosce « jurent II lis ».

On trouve aujourd'hui, à Pau, plus de distractions portant au sommeil de 1 intelligence; on y trouve de plus belles promenades, je n'ose dire de plus agréables compagnies.

Les anciens magistrats béarnais souriaient au souvenir du sybaritisme antique; et semblaient vouloir le faire renaître. Dans l'cxorde d'un discours de rentrée, Gassion s'exprime ainsi : « C'est un fort magnifique « festin que nous célébrons annuellement à pareil jour « que celui-ci, en l'honneur de la déesse, révérée dans « ce temple avec pareille cérémonie que jadis les Syba- (( rites qui conviaient les dames au festin un an aupa- « ravant, afin qu'elles eussent tout loisir de se parer « de leurs robes les plus précieuses, de leurs bagues (( et joyaux ».

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