‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 76 sur 126 · DIVERTISSEMENTS POPULAIRES · texte numérisé non relu

DIVERTISSEMENTS POPULAIRES

Les hais masqués au château. — Les clercs de la Basoche. — L'asouade. — Plaisirs du dimanche. — Promenades . — La fontaine aux cent écus. — L'exécution du carnaval à Bi:(anos.

Les divertissements varient selon les temps., les âges, les conditions.

Les nobles béarnais avaient avec le peuple des habitudes de familiarité qui, ailleurs, auraient fort étonné. La ville capitale était si petite que, dans les grandes occasions, le désir de s'amuser abaissait toutes les barrières : tout le monde voulait participer à la fête.

Le roi permettait l'usage des grands appartements du château pour les bals d'hiver. Ces bals masqués étaient fort suivis.

« Les conseillers du Parlement, les avocats et jus- « qu'aux clercs de Bazoche en faisaient alternativement « les frais. Les clercs de la Bazoche étaient fort aimés « du peuple qu'ils amusaient de leurs folies *. »

' Dugenne. — Panoram.i de Pau.

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Dans une pièce du dernier siècle, je lis que le corps des procureurs était composé de très houuêtes gens. Il soldait ce que les clercs de la Bazoche dépensaient. Il riait de leur divertissements, même quand ils s'amusaient aux dépens des procureurs, pourvu que ceux de Pau fussent respectés.

Un jour, quelle joie dans la ville! que de bruit et d'éclats de rire I Tout le monde riait, excepté celui qui était l'objet de la risée générale. C'était un procureur de la sénéchaussée de Morlaàs qu'on promenait dans les rues, assis à rebours sur un âne dont il tenait la queue en guise de bride. Son cortège burlesque était composé de clercs de la Bazoche, et précédé d'une musique charivarique de cornes, de chaudrons, de clefs forées, et autres instruments discordants. A cette musique infernale s'entremêlaient des chants patois composés pour la circonstance et fort épicés de grivoiseries. Qli 'avait-il fait ce procureur pour mériter ainsi le supplice de Vasoiiade 1

Le peuple aimait à s'amuser bruyamment ; il ne comprenait pas que le gros rire fût de mauvais ton et qu'il y eût du plaisir à se gêner par respect pour l'étiquette.

Lorsque le vin de Juran*;on échauffait un peu les tètes et qu'un feu roulant d'épigrammes finissait par une querelle, il ne fallait pas dégainer ; le Jurançon, qui avait fait tout le mal, suflisait à tout réparer : on buvait ensemble et la réconciliation était scellée.

Ce n'était pas tous les jours fètcs. Les Béarnais n'étaient pas riches; ils avaient besoin de travailler. Mais

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aussi, quand venait le dimanche^ quel bonheur de se reposer tout le jour.

Saint-Martin était la seule paroisse de la ville. On allait à grand'messe et aux vêpres. C'était une occasion de se rencontrer, de faire exhibition de toilettes et d'organiser quelques parties pour la soirée. Les jours de grand' fête s'appelaient hestes en naii, parce qu'on s'habillait de neuf ces jours-là.

L'église était vraiment le lieu de l'égalité : un premier président, s'approchant de la sainte table, vit le bourreau qui, par respect, s'éloignait de lui ; le président exigea qu'il restât à son côté, disant : « Devant « Dieu, nous sommes tous frères ! »

Chaque quartier delà ville, parfois chaque rue, avait des usages à part et ne formait qu'une seule famille. Le titre de voisin ressemblait à celui de parent. Les voisins se rendaient des services réciproques ; ils se réunissaient par le beau temps devant la porte, dans la rue et les femmes y faisaient de belles parties de loto; j les hommes allaient au jeu de paume ou au jeu de quilles. Les bals champêtres étaient fort en vogue, et le noble, sans crainte de déroger, y dansait volontiers avec une jolie fille.

On se promenait à la place Royale ornée d'une belle statue; au quinconce de la Haute-Plante, sous des arbres superbes ; à la Basse-Plante, fière de sa magnifique allée de maronniers ; au parc de Henri IV qui, par la beauté et la variété de son site, sera toujoui's une des plus jolies promenades du monde.

Les jeunes gens aimaient à gravir les coteaux, à y

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