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CHAPITRE XV

MŒURS DE l'ancien REGIME

Galanterie et libertinage. — Les mystères du bois de BatsalJe (aujourd'hui parc Beaumont). — Anecdote scandaleuse d'un procureur général. — Mœurs du peuple.

Dire que du temps de la Régence, aussi bien que du temps de la Pompadour et des encyclopédistes, la vertu s'était réfugiée à Pau, je ne l'entreprendrai point. En parlant des élégantes oisivetés de la noblesse béarnaise sous l'ancien régime, je n'ai rien caché de ce qui pouvait donner de mauvaises pensées sur la moralité des grandes dames de Pau.

Plus d'un fils de famille, sachant qu'il ne devait pas se préoccuper de son avenir, s'abandonnait aux dépenses folles ; mais l'heure arrivait d'entrer en ménage ou de remplacer le père comme chef de famille, comme magistrat ; alors, il était obligé de réparer par le travail le temps perdu, et par de longues privations les brèches faites à son patrimoine que l'honneur du nom

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Tobligcait à transmettre intact à ses descendants. Les exemples de ces expiations de folies de jeunesse étaient trop communs pour ne pas faire impression.

Je voudrais pouvoir dire que l'époque où il y eut le plus de galanterie fut celle où il y eut le moins de libertinage. Mais j'aurais trop de peine à le prouver.

Le parc Beaumont, aujourd'hui jardin public, était, au dernier siècle, couvert d'arbres séculaires dont l'épais ombrage servait d'abri contre les ardeurs du soleil et les regards indiscrets. Faut-il raconter les mystères de ses sombres allées ?

Ce bois appartenait à M. de Batsalle dont le neveu^ M. de Belzunce, passait pour le plus brillant cavalier de Béarn et de Navarre.

En ce temps-là, on admirait beaucoup, à Pau, M"'' d'O..., jeune veuve d'une incomparable beauté et d'une vertu renommée. Elle aima trop les promenades au bois de Batsalle avec le baron de Belzunce. C'est ce qui l'a perdue ! Le bruit que fit la nouvelle de la chute de M'"*' d'O... semblerait prouver que de pareils accidents étaient rares dans la haute société béarnaise.

Parmi les anecdotes du passée en voici une tort scandaleuse, mais non inédite :

M. le procureur général de Cazaux brillait par la distinction de l'esprit plus que par la régularité des nuvurs. Il avait une maîtresse, la fille d'un avocat. L'intendant l'oucault jetait feu et llammes contre un pareil scandale. L'évéquc de Lescar s'en émut. Un jour, il convoqua le Parlement et, toutes chambres assen-.-

blées, il reprocha au procureur général son inconduite notoire. Il a voulu, dit-il, l'avertir en famille et s'est bien gardé d'agir par voie de monitoire ecclésiastique ; il s'adresse à la raison d'un collègue, il le supplie de mettre fin à des désordres que Dieu condamne et qui portent atteinte à la dignité de la magistrature.

« Je remercie. Monseigneur, répond M. de Cazaux, de la manière toute paternelle et discrète dont il me donne un avertissement vraiment charitable. Le fait qu'il vous révèle est vrai, les exhortations qu'il m'a faites sont justes. Je suis prêt à suivre son conseil. Je cesserai tout rapport avec la jeune fille, je la renverrai... seulement, j'3^ mets une condition, c'est que, si je la renvoie de chez moi. Monseigneur s'engage à ne pas la prendre chez lui. »

On comprend l'effet produit parce dernier trait. On porta plainte à Louis XV, et le roi en rit beaucoup avec ses maîtresses.

Sans doute la noblesse béarnaise dans ses loisirs, ses amusements et ses galanteries, ne dut pas valoir guère mieux au point de vue moral que la noblesse des autres pays. Pourtant, à Pau, tout se savait; la ville était si petite et la haute société tellement en évidence qu'il fallait prendre souci de sa réputation, ne point s'exposer aux cancans, aux quolibets populaires. Le respect de soi-même et la crainte du scandale arrêtèrent au bord de l'abîme plus d'un cœur chancelant.

Dans le peuple, il y avait beaucoup de familles peu riches et fort modestes qui tenaient à l'honneur du

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foyer, qui conservaient avec fierté d'anciennes traditions de piété et de probité, qui regardaient, enfin, comme des titres de noblesse, l'héritage des vertus domestiques.

La jeune fille courait^ en général, moins de danger qu'aujourd'hui. Sa mère la suivait de sa sollicitude et savait où elle allait. Elle lui faisait rendre compte de l'origine d'une toilette au-dessus de sa fortune.

Surveillée de ses parents, la jeune fille était espionnée par les voisins. Il y avait toujours dans la rue quelque femme curieuse à l'afîut du moindre scandale propre à alimenter les commérages du quartier.

Je serais porté à croire que, sous l'ancien régime, le vice — il y en a eu de tout temps — était plus fréquent dans les hautes classes que dans les classes inférieures. Ne serait-ce pas le contraire aujourd'hui ? A bien regarder, ne trouverait-on pas que le vice s'est « encanaillé » ?

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