LA RÉVOLUTION A PAU
La Révolution èlail-eUe indispcusahle? — Pensées inédites de Bertrand Barère. — Répugnance des Etats de Bèarn à se fondre dans les Étals généraux de France. — Cahier des griefs en Béarn. — Premières élections. — Sanadon. — Le modcrantismc béarnais. — Monestier du Puy-dc-Dônw.
Liberté! que de crimes on commet en ton nvom î s'écria un jour M"^'^ Rolland. Ceux qui répandirent le plus de sang, durant la Terreur, turent souvent coupables par lâcheté fplus que par fanatisme, en tête, le terrible secrétaire du comité de Salut pu-
blic, le régicide Bertrand Barère, VAnacréon de la guillotine. Il n'était pas Béarnais^ mais il naquit et mourut sur les confins du Béarn. Ce n'était pas un républicain de la veille. Dans son petit castel de Vieuzac, à Argelès, il ne rêvait que couronnes académiques ; rien de plus doux, de plus gracieux et même, on pourrait dire, de plus édifiant que ses écrits. Il m'a laissé un Recueil in-folio d'histoire et de philosophie où il recueillait, par ordre alphabétique, ses pensées et celles des grands écrivains. Ouvrons-le au mot Bonne conscience: Il dit: « Le souvenir des bonnes ^< actions distrait l'homme vertueux des petites insultes. « Unridicule ne lui cause pas d'insomnie, et quand il « regagne sa couche après les fatigues d'une journée « consacrée au bonheur public, d'une voix douce et « caressante sa conscience lui dit : Dors en paix, « homme de bien, si la mort interrompt ton som- « miel tu te réveilleras dans le sein de ton Dieu ! »
M. de Vieuzac semblait né pour être le charme des salons aristocratiques. Il avait des manières exquises, une douceur, une grâce infinie. Une grande dame, ayant dîné à côté de lui sans le connaître et apprenant son nom, avoua que c'était « le monstre le plus séduisant qu'elle eût jamais vu ». Alibert disait à Barère : «Vous êtes le plus aimable des hommes. Quand je vcusvois, j'ai de l'esprit pour toute la semaine ».
Le Recueil d'histoire et de philosophie de Barère « fut interrompu par sa nomination de député de la sénéchaussée de Bigorre au mois d'août 1789 aux Etats généraux de la France ».