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ment marquée sur les premières pages du registre des délibérations. On sent qu'il préside, qu'il dirige tout, qu'il terrorise l'assemblée. Il est toujours applaudi; nul n'ose le contredire, la guillotine étant là pour lui donner raison.
A mesure que ce proconsul étranger s'éloigne, l'esprit béarnais commence à reparaître. Le registre n'est pas achevé, que les éloges accordés d'abord aux buveurs de sang se changent en imprécations.
Lorsque la mort de Robespierre, l'ami de Monestier, fut annoncée, le procès-verbal de la Société constate qu'on fit le portrait moral de ce scélérat qui ua été si longtemps qu'un aristocrate cléi^itisé qui aurait fini par perdre la liberté et la République.
Dans les archives départementales, il n'existe qu'un seul registre des délibérations de La société montagnarde de Pau. On pourrait, prétend-on, retrouver ailleurs un second registre. Je ne l'ai pas recherché ; car, s'il existe, il date de la décadence de la société.
Au premier moment, l'enthousiasme fut grand ; les meilleurs esprits eurent l'illusion de croire que la liberté serait égale pour tous. Les royalistes et les modérés voulurent avoir leur club au caté de hi Comédie ; il ne dura pas longtemps : un arrêté le ferma. Le règne de hi Liberté devint promptement le règne de l'arbitraire et de la violence. Mais, dans ces clubs dont, à regret, je ne puis ici faire l'histoire, l'esprit béarnais se f;iisait jour à travers les motions les plus farouches et des lazzi interrompaient les plus lugubres discours. Au milieu d'une discussion sanguinaire, le président, indi-
gné de voir la gravité de l'assemblée compromise par les discours f^icédeux d'un plaisant, lui dit : « Je t'ordonne de sortir ». L'expulsé obéit et sort à l'instant ; mais il ne tarde pas à rentrer. Le président, d'un ton sévère, lui signifie qu'il entend que ses ordres soient exécutés. Le plaisant lui répond : « J'ai exécuté tes ordres. Tu m'as dit de sortir^ je suis sorti ; tu ne m'as pas défendu de rentrer, je rentre».
C'était souvent l'orateur qui faisait rire par son pédantisme et son ignorance. Un orateur finit un jour j une emphatique harangue par cette phrase à effet : Soyons toujours Français comme Brutus.
— Mais, dit un assistant moins illettré, Brutus n'était pas Français.
— Peu importe, conclut le harangueur, les opinions sont libres.
J'ai eu moi-même l'occasion de juger de l'esprit paisible et gouailleur de la population de Pau dans un moment d'effervescence politique, à l'annonce d'une révolution qui venait d'éclater à Paris. Un orateur en plein vent haranguait des gens qui se pressaient autour de lui. J'écoutais moins ce qu'il disait tout haut que ce qu'on disait tout bas. — Pourquoi, demandait l'un, déclame-t-il ainsi avec cqs grands gestes et cette grosse voix ? — Il veut une place, répondait l'autre. — Eh bien ! qu'on lui donne la place Gramont.
Dans mon enfance, j'ai connu les derniers survivants de la société montagnarde. Les uns étaient rentrés dans l'ombre dont ils n'auraient jamais dû sortir ; les autres avaient honorablement servi l'empereur et ser-
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vaient aussi bien le roi. Tous finirent leur vie chrétiennement. Ceux qui avaient le plus crié contre les prêtres furent les premiers à réclamer leur assistance au moment suprême.
En général, les femmes de Pau se mêlèrent peu aux agitations politiques. Plus d'une sut épargner des crimes à son mari terroriste, en calmant son esprit, en sauvant avec lui ou sans lui quelque innocente victime.
Les femmes qui se laissèrent entraîner au courant des passions révolutionnaires allèrent plus loin que les hommes. Les déesses de la Terreur ont toutes fait une triste fin. Laissons en paix leurs cendres.