PAU PETITE VILLE
servir de temple à l'Etre Suprême. Napoléon en ordonua Tachèvement sur le plan primitif. Comment se fait-il que Tédifice commencé pour être une église ait été achevé, transformé en théâtre, et que la première pierre de l'église actuelle de Saint-Martin n'ait été posée qu'en 1863 ?
Les conseils municipaux qui se succédèrent, agités par des idées diverses que nous ne comprenons même plus, discutèrent un temps infini sur l'emplacement et l'orientation de l'édifice. Mais si l'on s'étonnait naguère de ce manque d'une église convenable à Pau, on doit s'étonner bien davantage aujourd'hui des églises et chapelles, monuments remarquables qui, presque simultanément, ont surgi de toutes parts dans la cité.
La ville parlementaire s'agrandit et s'embellit surtout au siècle dernier. En 1772, le conseil de ville chargea l'ingénieur Moysset de procéder à la levée du plan général de la ville, ainsi qu'à un nivellement général des rues et des places. L'ingénieur Flammarion fit approuver par le conseil d'Etat le plan de la place Gramont, place monumentale pour laquelle le roi céda une partie des anciens jardins du château et l'on commença par y bâtir un théâtre. Une actrice, alors en renom, la Sainval, vint inaugurer la salle. Elle jouait Mérope. Au moment oii clic déclamait ce vers du \'° acte :
Hcoiitcz, le ciel parle : entendez son tonnerre,
Sa voix qui se déclare et se joint A mes cris ;
Sa voix rend témoignage et dit qu'il est mon tils.
le tonnerre répondit à cet appel et tomba sur la salle.
On en fut quitte pour la frayeur ; mais elle fut si grande que ce coup de foudre ôta la parole aux acteurs.
La place Royale, plantée au xvn'^ siècle, s'était embellie d'une statue. Les Etats avait demandé à Louis XIV celle d'Henri IV; le monarque envoya la sienne, et les Béarnais y mirent une inscription béarnaise que Ton traduisait : « Ici est le petit-fils de notre grand Henri ».
La place Royale était la promenade à la mode, le rendez-vous de Messieurs du Parlement, le point de réunion de toutes les classes, le théâtre de toutes les réjouissances populaires. On y allumait les feux de joie ; on y tirait les feux d'artifice ; on y dansait ; on y célébrait les victoires de nos rois, les naissances, les mariages et tous les événements heureux de la famille royale.
La physionomie de la ville avait rapidement changé. Le portrait fait un demi-siècle après l'intendant Le Bret est bien plus gracieux :
« Pau, dit l'abbé d'Expilly, est bien bâti et très « agréable. C'est un séjour délicieux plus encore par « l'urbanité des habitants que par la beauté du pays et « la douceur du climat. »
La Révolution arrêta tous les embellissements projetés. Déchu de sa grandeur, Pau resta longtemps au rang des petites villes, sans commerce, sans importance, loin de Paris.
Au xviii^ siècle, on comptait dix-huit rues ainsi dénommées : de la Porte-Neuve^ de la Basse-Fille, de la Fon- ' taine, de l'Enceinte de la Ville, des Jésuites, du Fis-à-Vis-