‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 91 sur 126 · PAU PETITE VILLE · texte numérisé non relu

PAU PETITE VILLE

des-JésuiteSy des Orphelines, des Pénitents, de Nay, de Notre-Dame, des Capucins, du Palais, de la Côte-du-Moulin, du Honcet, de Maubec, de la Halle, de la Côte-de-la Fontaine et de Morlàas.

Au lieu de créer des rues nouvelles, la Révolution créa des noms nouveaux : la rue du Ça ira, actuellement rue de la Préfecture; la rue de la Farandole, actuellement rue du Lycée ; la rue de Lucrèce, actuellement rue des Orphelines ; hx rue des Propagateurs, actuellement rue de la Fontaine, etc. La politique fait efîlicer ainsi souvent dans une cité les vieux souvenirs et les vieux noms. L'ignorance quelquefois suffit. Ceux qui, de nos jours, ont supprimé les noms de Canigrand et de Chanlelle ignoraient qu'au temps de Henri IV le premier avait rendu de grands services à la ville, et que le second, habile ouvrier, avait gagné, à embellir Pau, l'amitié du bon roi qui lui fournit l'argent nécessaire à rebâtir sa maison.

La place Royale, à laquelle on a eu, enfui, le bon goût de conserver son nom primitif, s'appelait place Bonaparte, lorsque Napoléon, en 1808, ordonna par décret quelle serait agrandie et portée jusqu au bord de la rivière. Le jardin Mesplés, qui cachait la vue des P\rénées, fui acheté en 181 r et la place (ut régularisée, en 1814, par l'achat d'une parcelle du jardin àc Jasse. Le bois Louis fut détaché du collège et donné à la ville pour prolonger la promenade jusqu'au bord du Gave. Dès que la place Royale eut sa terrasse en lace des Pyrénées elle parut la plus belle place du monde ; et, à (orce de voir les étrangers s'arrêter saisis d'admiration devant

ses incomparables perspectives^ les Béarnais se prirent, eux aussi, à admirer leur pays avec un enthousiasme d'autant plus grand qu'il avait été plus tardif. Un auteur écrivait en vantant la place Royale : « Le philoce sophe Aristippe, ami de la vertu et du plaisir, « aurait trouvé là un salon de compagnie sous un beau « dôme de feuillage, et Diogène, dans son tonneau, « serait resté à son soleil depuis qu'il se lève jusqu'à « ce qu'il se couche ».

Les habitants de la petite ville étaient fort du goût d' Aristippe : le dimanche et les soirs d'été ils formaient sur la place Royale de petits cercles d'amis ; plus d'une femme charmante y tint son salon de compagnie. Mais Diogène ne serait pas resté exposé à notre soleil, sans en perdre un rayon depuis l'aube jusqu'au crépuscule. Durant l'été, il eût été plusieurs fois le jour rafraîchir son tonneau aux eaux de l'Ousse et son gosier à quelque bouteille de Jurançon.

Les grandes fortunes ne brillaient plus à Pau deshé- ^ rite du Parlement. J'ai vu bâtir presque toutes les maisons de la place Gramont et toutes celles de la rue du Lycée ayant la vue des Pyrénées. L'emplacement occupé au midi par la série de beaux hôtels qui vont de la place Royale à Bizanos fut adjugé par ventes pu- ' bliques du 20 novembre 1809 et du 18 octobre 181 1, pour le prix de 34,950 fr. ; encore fallut-il le diviser en 34 lots.

Les premiers hôtels se sont bâtis lentement. Dans mon enfance, tout le versant méridional du coteau, depuis le jardin Nogué jusqu'au bois Louis et au pont

PAU PETITE YILLE. 437

du Gave, n'était qu'une vaste et riante prairie, où paissaient des troupeaux, où les enfants allaient jouer chaque jour.

Page 1