‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 94 sur 126 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Promenade du berceau, de Henri IV. — Harangue en béarnais. — La part des pauvres. — Louis-Philippe. — La statue d'Henri IV. — La cantate de Liadières et le tableau de Dévèria.

De tout temps, en Béarn et à Pau, on aima les fêtes publiques. Sous la Restauration, ces fêtes eurent un caractère particulier.

La petite ville vivait de souvenirs. Aussi, lorsque les Bourbons reparurent, ne laissa-t-elle échapper aucune occasion de rappeler avec orgueil qu'elle était la patrie du fondateur de la dynastie.

Dans les proclamations officielles on ne mettait pas « Habitants des Basses-Pyrénées )),on disait : Béarnais j Basques et Navarrais. Chaque race était fière de son origine et flattée de n'être pas confondue avec les autres.

Le berceau de Henri IV avait été sauvé par M. de Beauregard, M. d'Espalungue et M. Lamaignère. Dans son cabinet d'histoire naturelle^ dont j'ai hérité, M. de

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Bcauregard possédait une écaille de tortue semblable à celle où Henri cnfcuit avait été bercé. M. d'Espalungue, commandant, et M. Lamaignère, sergent du château^ substituèrent à la vraie coquille celle de M. de Beauregard qui fût brûlée le i" mai 1793.

Déjà, le 30 brumaire an X, la découverte du berceau avait été annoncée par la presse locale ; mais la restitution n'en fut faite au château que sous la Restauration. Et, depuis lors, comme jadis, le berceau du roi vaillant figura sur le programme de toutes les cérémonies publiques.

Dans toutes les fêtes, je l'ai vu promener triomphalement dans les rues et porté à l'église. Lorsqu'il apparaissait, précédé de la musique, entouré d'un brillant cortège, acclamé et suivi par la population entière, c'était une manifestation d'enthousiasme difficile à décrire et même dillîcile à se figurer sans en avoir été témoin.

On sentait surtout à Pau le besoin de la paix après tant de guerres, le besoin de la réconciliation des parties après tant de discordes civiles. La tolérance béarnaise était heureuse de s'étaler avec orgueil lorsque les passions politiques éclataient avec furie dans le Midi. Eaget de Baure j^réchait Vahjniitliou de tous les parfis^ et il était élu député presque à l'unanimité. M. de Perpigna, nommé maire, annon(;a dans sa proclamation, qail scriiil le mcnic pointons sa luhninislrcs. Sa courtoisie ne fit jamais défaut l\ :uwu\\ habitant de la ville, quel qu'il fût, et cette courtoisie a été imitée par tous les maiies hctii Nitis.

Henri IV enfant, à Coarraze et même à Pau, ne parlait guère que le béarnais. Les habitants de Pau se figuraient que les descendants du grand roi aimaient à entendre la langue maternelle de leur immortel aïeul. Aussi, lorsque le duc d'Angoulême vint en Béarn pour la première fois, les paysans du hameau de Pau le haranguèrent-ils en béarnais en ces termes :

« Arréhil deû nouste bou Henric !

« Audit lous paysaàs de Pau si bous plats ! Lou « grand Henric qu'abé lous nouste coos^ permou que « ère badut à nouste et que s'aymabe.

« Despuch que s'abé quittats, tout qu'ère birouléyatî « tout que s'ère estadit !

u Que tournats ! adare tout que ba braga, qu'at « credem, lou Rey, lou boste bou sanclou, qu'at a « dit.

« Oh ! arréhil deû nouste bou Henric ! aci lous hills <( qu'es sembleran toustem aux pays coum l'estère es « semblera toustem au hus.

« Bisquen a jamey lous arréhils deû gran et bou « Henric ! »

Le souvenir d'Henri IV valait des privilèges à son pays natal. En 1816, Louis XVIII s'excusa, sur une attaque de goutte de ne pouvoir aller prêter, dans la grande salle du château de Pau, le serment qu'y prêtaient ses illustres ancêtres, et quoiqu'il fut de règle de n'élever, au rang de bonne ville que les communes dont la population dépassait 20^000 âmes, le Roi accorda à Pau, dont la population ne dépassait guère 10,000 habitants, le rang et les prérogatives de bonne ville.

En 1829, des lettres patentes lui octroyèrent des armoiries : elles rappelaient surtout Henri IV", par la lettre H et le chiffre IV, le berceau du bon Roi et la devise Palîadiutn urhis et crcrilis.

J'insiste pour dire que, dans les armes de Pau, domine surtout le souvenir d'Henri IV, parce que j'ai été menacé de poursuites à ce sujet : un maire, étranger au pays, croyait que j'usurpais le cachet de la ville, en faisant une empreinte avec un poinçon de l'ancienne monnaie antérieure à Henri IV I

Le 23 août 181 5, le comte de Castellane, envoyé du Roi, fit célébrer la fête de Saint-Louis. Le nombre des invités à son salon s'élevait à 400, nombre considérable pour une petite ville comme Pau l'était alors.

Les banquets {^lisaient partie de toutes les fêtes. Les fonctionnaires donnaient des dîners suivis de soirées. Les officiers de la légion départementale et ceux de la garde nationale se donnaient réciproquement des repas suivis de concerts et de bals. A la table du préfet et de la marquise de Gontaut, on voyait h'nhjttcr ensemble les honuiies distingués des origines les plus diverses. La Restauration appelait au conseil municipal des tailleurs comme des marquis. L'égalité est-elle aujourd'hui mieux pratiquée? L'union entre Béarnais était plus grande. Si quelque individu grossier eut voulu insulter un honnête honmie, il n'eût pas trouvé de journal qui se respectât assez peu pour devenir le complice de la calonuiie.

Dans leurs fêtes, les riches n'oublièrent jamais les pauvres. Lorsque le duc d'Angoulêmc revint à Pau

pour ]a seconde fois, le 9 décembre 181 5, son arrivée fut célébrée par des réjouissances publiques. En quelques instants, on recueillit dans les salons de la préfecture, une somme suffisante à la nourriture de vingt familles pauvres. Toutes furent secourues, car, à cette époque, les indigents étaient rares dans la petite ville. Ils n'y arrivaient pas encore du dehors, et les ouvriers y tenaient à honneur de faire des épargnes pour les jours de chômage et de maladie.

Lorsque des fêtes furent données, le 17 juin 18 16, à l'occasion du mariage du duc de Bcrry, un grand bal réunit toute la société dans la salle du théâtre. La salle était comble. On payait les places, la recette fut de 1,300 francs, somme considérable pour l'époque; elle fut distribuée aux pauvres.

Nos vieux Béarnais étaient charitables sans bruit. Le conseil municipal contribuait aux œuvres de bienfaisance. Par exemple, il prenait une délibération ouvrant une souscription ^6>//r modérer réUvation des prix des subsistances. L'esprit de conciliation et de réconciliation vivait encore dans la petite cité d'Henri IV. En relisant le Mémorial de 18 17, je trouve ces vers qui peignent bien les idées en circulation à Pau :

Ne vous contentez pas de les avoir soumis, Sire, défaites-vous de tous vos ennemis. Disait au Béarnais un homme sanguinaire.

Tu vois, lui répondit ce prince débonnaire

Qjiie je défère à ton avis Car de ses ennemis n'est-ce pas se défaire

Que de s'en faire des amis !

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C'est à Louis-Philippe que Ton doit la restauration du château d'Henri IV. Meublé d'une manière splcndide, on y donna plusieurs fêtes. Le duc d'Orléans, le plus populaire des princes, et la duchesse d'Orléans y séjournèrent au retour d'Afrique où le duc avait si brillamment montré qu'il était du sang de Henri I\'. Le duc de Nemours et le duc de Montpensicr se reposèrent plusieurs fois à Pau, en se rendant aux eaux des Pyrénées. C'est alors que furent ouvertes les rues Montpcnsier, d'Orléans et d'autres encore.

Des fêtes données par les princes ou en leur honneur, je ne citerai qu'une seule. Jamais peut-être, depuis Marguerite de Valois, le château n'avait vu d'aussi magnifiques réjouissances.

LoLiis-Philii-jpe avait fait don à la ville de Pau de la statue en marbre blanc d'Henri IV^, œuvre de Raggi avec les bas-reliefs d'Ltex, qui décore aujourd'hui la place Royale.

Le dimanche 27 août 18.13. Tinauguration de la statue fut célébrée avec une royale magnificence. Les fêtes durèrent trois jours. Le duc de Montpensier les présidait, en costume de capitaine d'artillerie.

Le cortège était splcndide quand il se rendit à la place Royale pour la cérémonie de l'inauguration. La cour royale en robes rouges, tous les fonctionnaires du département en grand costume, une foule de généraux et d'olliciers venus de tous les pa\s escortaient le jeune prince.

Des nuiltiiudes de izuirlandes et de fleurs décorjient

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la place entière; six cents dames rivalisant d'élégance occupaient des places réservées.

Dès l'arrivée du cortège des chœurs exécutaient à grand orchestre la cantate suivante du poète béarnais Liadières :

Jour d'orgueil et d'ivresse Un monarque chéri Revient aux bords heureux qu'habitait sa jeunesse, Le voilà, c'est Henri, C'est le grand, c'est le bon Henri.

Henri, reconnais-tu ta cité souveraine,

Les pics qu'elle regarde, et ton château natal,

Et ce Gave azuré qui, sillonnant la plaine,

Baigne en passant ton parc royal ?

Le temps peut imprimer sa trace irréparable Sur le granit des monts comme au front des palais,

Mais ce qui reste inaltérable

C'est le cœur de tes Béarnais.

Jour d'orgueil, etc..

Durant ta longue absence un immense naufrage Engloutit les débris des trônes et des lois. Et la sourde rumeur qui succède à l'orage

Loin de nous gronde quelquefois.

Mais, Henri, ton génie, en planant sur nos villes, Y confond les partis dans un même faisceau.

Le souffle des haines civiles

Expire au pied de ton berceau.

Henri, sois fier de nous ! Si plus d'une victoire A signalé les fils de tes preux triomphants. Le siècle où tu reviens réservait plus de gloire Aux petits-fils de leurs enfants.

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