CHAPITRE IV
L ESPRIT BEARNAIS
La preniicrc moitié du siècle. — La poésie béarnaise. — La comédie de salon. — Avocats acteurs poursuivis. — Liadières. — Macères. — Cachet. — Une idylle.
Nous sommes en progrès. Les jeunes gens sourient du style et des idées surannées de leurs pères. Est-il bien sûr, cependant, que le Béarn, dans la seconde moitié de ce siècle, ait produit des hommes supérieurs à ceux qu'on admirait dans la première moitié ? Avonsnous beaucoup de capitaines supérieurs aux maréchaux BernadottC;, Harispe et Bosquet ? beaucoup de ministres supérieurs à Laffitte, Saint-Cricq et Crouzeilhes ? beaucoup de magistrats ou d'avocats supérieurs aux Lavielle, aux Perrin, aux Lacaze ? beaucoup de poètes béarnais supérieurs à Navarrot et beaucoup de poètes français supérieurs à Liadières ?
L'esprit béarnais est, sans doute, aussi vif qu'autrefois; mais il aime moins à se montrer. Jadis, il brillait
l'lSPIUT Bl'-AKNAIS. ^6j
à Paii}xu- SCS piquantes saillies, ses joviales allures, sa saveur de terroir; aujourd'hui, la langue des dieux (style rococo') a fait place au jargon de l'écurie et du sport.
Sous la Restauration, les muses locales près de disparaître brillèrent d'un dernier éclat. Q.uel homme d'esprit, une fois ou autre, ne composa dans l'idiome dcd'Espourrin une romance, une épigramme ou un madrigal ? Tous ces jolis vers ont perdu leur intérêt avec le souvenir de la circonstance qui les inspira. On ne peut aujourd'hui les recueillir. Mais les Fondeville et les d'Espourrin eurent de nombreux successeurs : Cazalet, Vignancour, Julien, Lamolère, Laborde de Bielle; d'autres encore, quatre surtout : Hatoulet, Picot, Navarrot et Vincent de l^ataille, particulièrement remarquables.
lin 1825, le Ménior'uil publia un petit conte et l'imitation d'une idylle de Bion en vers béarnais charmants. Ces deux pièces étaient signées Sophie; elles furent suivies de plusieurs ravissantes chansonnettes.
Voici le petit conte :
Margalidct ponipoiisc et bcre
Que s'aplegabc dcù marcat,
Qiioan la saiinio, boun gré, maii grat,