‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 97 sur 126 · li s'cscappc pcr la carrcrc · texte numérisé non relu

li s'cscappc pcr la carrcrc

Margot do courre; u moussurct

Qiic l'estanga peu capulet

Et quoù digou : bé courret lièrc ?

Iley, gouvattote, eth de Billère ?

— Obio, Moussu, pcr pé serbi?

— Bc councchct dounquc Yaniicltc,

Hilhe de Jean de Poupeby; Qu'où me harat sur la bouquette Tan gayasente et tant resquette Crouchi per you quouate poutous Coum lous queb baù you hab à bous.

— Excusat-mé per la bégade, (Se dits la drolle, et que houegou); Moussu, que souy bet trin pressade Que pen demandi bien perdou :

Mes ta pla ha courret détire Haiis à la saùnie quis retire, Qu'arribera permé que you.

Quelle était donc cette Sophie qui ravissait tous les Béarnais ? car tous savaient alors apprécier les délicatesses de l'idiome local. On la comparait à Sapho. Et il arriva que des jeunes gens qui croyaient pouvoir juger du charme de la personne par celui de son langage, tombèrent amoureux de l'inconnue. Or, Sophie, c'était M. Hatoulet qui devint plus tard bibliothécaire de la ville de Pau, et publia avec M. Mazure une traduction des vieux fors dont l'Institut consacra le mérite. M. Haloulet publia aussi avec M. Picot un recueil de proverbes béarnais, et il a laissé manuscrit un dictionnaire béarnais-français. Peu d'hommes connaissaient mieux que lui la langue du pays. Il fut un bibliothécaire modèle. Avec beaucoup d'esprit, il cherchait surtout à faire briller l'esprit des autres. Il prodiguait les ressources de son érudition aux travailleurs, avec- cette courtoisie béarnaise dont le souvenir seul reste aujourd'hui.

M. Picot, l'ami et le colhiborateur de M. Hatoulet,

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avait un esprit béarnais plein de saillies. Il a laissé de charmantes poésies : Las Abariliircs de Berlhonmiu, et plusieurs chansonnettes; ce qui vCa pas été publié est peut-être plus remarquable que ce qui a paru. Picot, gai convive, avait souvent la verve gauloise qui plaisait après dîner; mais qui, à l'impression, aurait pu choquer des oreilles que M. Picot, avoué à la cour,

tenait a ménager.

Mais, en tête de ceux qui ont, au xix^ siècle, brillé dans la littérature béarnaise, il faut placer Navarrot. Né en 1799, il est mort en 1865. On l'avait surnommé le Béranger béarnais. Ses satires politiques sont un peu oubliées; mais plusieurs de ses chansonnettes sont encore populaires.

La talent de Navarrot charme surtout par son incontestable originalité. Il se livrait à l'inspiration du moment. Ses vers étaientsouvent des vers de circonstance. L'actualité, qui les rendait si piquants quand ils venaient de paraître, est précisément ce qui fait aujourd'hui leur manque d'intérêt. Navarrot était un vrai Béarnais courtois et plein de saillies. Il était l'orgueil de ses compatriotes d'Oloron et faisait les délices de ses amis parmi lesquels j'étais fier d'être compté.

Du temps que j'étais substitut :\ Oloron, il fut un jour invité à Pau, à \.\\\ banquet de Saint- Yves. A son retour, il me soumit une pièce de vers béarnais où il faisait la charge de tous les convives. Il y avait des portraits si bizarres, mais si ressemblants; il avait si bien pris d'après nature des physionomies un peu étranges, que je ne pus m'empêcher de lui dire : (< \Liis vous allez blesser

et irriter vos meilleurs amis. Vous avez saisi leurs traits d'une manière si frappante que vos vers vont les graver dans toutes les mémoires, et qu'on ne pourra plus les regardersansrire. Retouchez vos vers, corrigezles, retranchez au besoin. Je sais bien que vous ne sacrifieriez jamais un ami à un bon mot.» Navarrot me comprit et me promit de ne blesser personne. Il revint peu après me montrer son petit poème. — J'ai tout arrangé, me dit-il; nul ne se plaindra de moi. — Vous avez donc retouché ou changé vos portraits? — Je n'ai pas changé un vers. — Comment! pas même ceux où vous peignez d'une manière si bouffonne la large face et l'esprit cocasse de M. C... ? — Je lui ai dédié mon poème, et ma dédicace arrange tout.

L'idée était celle-ci. J'ai reçu bon accueil de mes amis. Peut-être trouveront-ils mes vers trop vifs. Mais je compte sur vous : vous me défendrez, et vous leur direz :

Ans qii'aynie iiiey que hè toiisieiii Ions niey grans picSy Judgeat tahè, Moussu., si souy de sous amies.

« (( A ceux qu'il aime le plus, il fait les plus grandes piqûres ;

Jugez aussi, monsieur, si je suis de ses amis. »

Plusieurs chansons de Navarrot seront toujours chantées.

Voici un autre poète de mérite dans un genre complètement différent : Vincent de Bataille. Sa poésie et ses opinions ne ressemblent en rien au style et aux idées de Navarrot. Ses vers ont moins d'originaUté, mais ils sont plus académiques. Ils ont eu moins de

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SLicccs dans le peuple qu'aux Jeux floraux et à d'autres académies.

MncciU de Bataille débuta dans le genre queMéry et Barthélémy avaient mis à la mode; en 1830, il publia la Cogiiéide, poème satirique contre un héros de juillet, le colonel Poque. Poque était trèssympaihique, même à ceux qui ne partageaient pas ses opinions. Bataille comprit que c'est un vilain métier que celui de médire : il ne lit plus que des poésies sérieuses et consacra son talent à chanter les vieilles gloires et les pieuses légendes du Béarn. Mais qui lisait les vers béarnais, surtout les vers sérieux, dans un temps où l'on n'aimait guère que le gai refrain après boire ? Le pur béarnais est une langue quasi morte digne de l'étude des savants; chaque jour voit diminuer le nombre de ses admirateurs.

Sous la Restauration, les poètes du pays qui écrivaient en béarnais firent presque tous de jolis vers en français; ceux qui écrivaient en français firent aussi de jolis vers en béarnais.

La poésie florissait à Pau sous toutes les formes.

Dans les premiers numéros du Mémorial, il est question d ' pièces composées et jouées iPau, par exemple : Une Soirée béarnaise qui eut beaucoup de succès. L'auteur n'avait pas mis son nom ; mais c'était le secret de la comédie, tout le monde le savait; aujourd'hui, tout le monde l'a oublié.

De petites pièces de circonstances, composées par le baron de Gayrosse, étaient jouées par les dames de la plus haute société. Mais on jouait aussi la comédie sur le

théâtre. Alors, les dames ne voulaient pas monter sur les planches, faire une exhibition publique de leur personne, s'exposer au jugement capricieux de la foule. Pour les remplacer, on fliisait venir des actrices. Les jeunes gens comme il faut pouvaient-ils jouer avec elles ? Posée d'abord dans les salons, cette question fut aussi portée devant la cour royale.

Cinq avocats inscrits au barreau de Tarbes avaient publiquement joué, pour de l'argent, sur le théâtre, avec des actrices, une comédie au profit des chrétiens de la Grèce.

Traduits devant le conseil de discipline pour avoir compromis la dignité de leur profession, le conseil de l'ordre basa sa décision sur les motifs suivants : « Considérant, d'une manière générale, que si l'action déjouer publiquement la comédie avec des artistes dramatiques, de s'associer par là à leur existence aventureuse, de s'exposer au caprice et à la censure de toutes les classes, est antipathique avec les habitudes, les devoirs et la profession de l'avocat, il ne peut être considéré comme dérogeant aux unes, blessant les autres et devenant justiciable de son ordre, lorsque, dans le sein d'une société particulière et honorablement composée, il se livre accidentellement à un délassement qui n'a pour but qu'une œuvre d'humanité et de charité chrétienne. »

Le procureur général interjeta appel de la décision du conseil de l'ordre des avocats de Tarbes, mais la décision fut confirmée, et les motifs adoptés parla cour royale, toutes chambres réunies sous la présidence de M. le premier président Figarol. •

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lin jouant la comédie, rhoiniuc capable sentait le désir d'en composer.

Un Béarnais, vrai Béarnais dégoût, d'allure et d'esprit, M. Liadières, a composé plusieurs ouvrai;es dramatiques qui ne sont pas sans valeur. Sa tragédie de Con radin et Frédéric, représentée à Paris en 1820, eût un grand succès. Liadières, qui fit longtemps les délices de la société béarnaise, aurait pu entrer à l'Académie française, s'il n'avait eu l'ambition d'entrer à la Chambre. La politique nuisit aux lettres.

Mazères appartenait à une famille naturalisée à Pau et que l'on considérait comme béarnaise. Il a chanté le château de Henri IV. Son éloge comme auteur dramatique n'est plus à fiiire. Il collabora surtout avec Scribe.

A Pau, sous la Restauration, tous les hommes d'esprit faisaient des vers : on en faisait sur les bancs du collège et les vieillards en faisaient encore. Le vieux Leremboure qui, avant la Révolution, écrivait dans le Mercure de Marmontel, m'adressait des vers pour encourager mes débuts poétiques. Le jeune Cachet remportait des prix aux Jeux floraux avant d'avoir fnii ses études. Quel honnne supérieur il promettait, lorsqu'il lut enlevé à la tîciir de rà.;e ! On me saura gré de reproduire une simple id\lle qu'il awiit composée. Si je ne m'abuse^ par le dcsii- de rendre un honnnage posthume au talent d'un parent et d'un ami, il me semble que peu de poètes du Béarn o:it laissé des vers plus remplis de fraîcheur et de grâce :

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