‹ La société et les moeurs en BéarnChapitre 98 sur 126 · L OISEAU-MOUCHE · texte numérisé non relu

L OISEAU-MOUCHE

Oh ! qui m'entraînera vers ces lointaines plages Où l'hiver en riant se couronne de fleurs, Où Tair coule, suave, à travers les feuillages. Où seule, en un ciel pur, la rosée a des fleurs.

Là, sous de fl-ais jasmins, le bengali soupire; Au sein des myrtes verts roucoule le ramier ; Là du noble condor s'étend le vaste empire, Et l'amazone brille au faîte du palmier.

Mais le ramier en vain sait gémir solitaire, L'amazone au soleil lisser ses plumes d'or. Le bengali des bois charmer le doux mystère, Et sur l'aile des vents s'élancer le condor.

Nul ne peut t'égaler : grâce, beauté, prestesse. Toi seul as mille dons, oiseau chéri des cieux ! J'aime ton corps si frêle et ta délicatesse. D'un habile ouvrier essais capricieux.

En reflets éclatants ton vêtement se joue; La nature y sema la perle et le saphir. Que t'importent la terre et son ignoble boue? Roi des airs, ta demeure est celle du zéphir.

Lorsqu'au réveil du jour, folâtre, tu voltiges. Et sans les incliner tu te suspens aux fleurs. On dirait que soudain, fuyant loin de leurs tiges. Elles sillonnent l'air de leurs riches couleurs.

Reste parmi les fleurs, oui, voilà ton domaine; Pur rayon du soleil, esprit, souffle de Dieu,

L ESPRIT BF-ARXAIS. 47!

Fleur vivante, parfum qu'un veut léger entraîne, Faible accord descendu des harpes du saint lieu !

Vois le blond nénuphar, sur l'onde transparente, Ouvrir à ton amour sa corolle de miel. Va t'enivrer d'encens; ^wc. ton aile errante. Mire-toi dans la source avec l'azur du ciel.

Brillant, tu sembleras un de ces feux agiles Que le soir, en été, mêle aux vapeurs des eaux, Un sylphe, un séraphin qui vient des nuits tranquilles, Messager de mystère, allumer les flambeaux.

Laisse le papillon, vieux après trois journées. Traîner péniblement son essor inégal 1 Il meurt sans voir ses fils; et ses courts hyménécs N'ont pas de tendres soins, pas de lit nuptial.

Le tien pend dans les airs ;\ la rouge liane; La brise le balance aux profondeurs des l)ois; Pour endormir tes fils murmure la savane. Comme au berceau pour nous la maternelle voix.

Souvent tu viens nicher sous le toit où sommeille Le nègre, au poids du jour de fatigue expirant. Tu veilles près de lui; tu sais, ;\ son oreille, Annoncer par des cris l'approche du tyran.

Rassasié d'amour, de parfums, de rosée.

Lorsque ton heure arrive et qu'il te faut mourir. Choisissant pour cercueil une lleur épuisée, En son sein mol et doux tu vas l'ensevelir.

Délicieuse errein- ! 0\\ croit, dans ta patrie, Que bientôt tu renais et tu renais plus beau. Alors qu'en se jouant sur la lige flétrie, Le vent disperse au loin ton fragile tombeau.

Tel parmi l'aloès et la myrrhe odorante, Se consumant lui-même aux feux d'un jour d'été. Le phénix s'élançait de sa couche fumante, Et prenait son essor vers l'immortalité !

Page 1