‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 10 sur 43 · CHRISTIANISME ET MIGRATION DBS PEUPLES · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME ET MIGRATION DBS PEUPLES

tîanisme. ii fat sacré empereur par le pape Léon III, et c'est là ^rorigine du sacre des empereurs d'Allemagne par les pontifes de Rome. Gharlemagne, reconnaissant, fonda la puissance temporelle des papes en confirmant les brefs de Pépin, son père, et en ajoutant de nouveaux dons aux provinces déjà cédées.

Avec Gharlemagne, le chi'istianisme triomphe décidément sur le paganisme germanique. Ce prince avait compris quelle force donnerait à son autorité l'alliance d'une Église qui, émanée directement de Dieu, avait le pouvoir d'absoudre et de punir les fautes des hommes.

Les fréquents rapports des Francs avec les Romains avaient fait passer dans leurs mœurs quelques-uns des usages de l'empire. Ainsi ils leur avaient emprunté les titres de rex, duXj cornes. C'est aussi à ce moment que la souveraineté passa de l'assemblée des hommes libres au monarque; enfin le règne de Gharlemagne est le point de départ en Allemagne, d'une nouvelle époque intellectuelle, la période catholicp-germanique.

Dans la mêlée des invasions disparut l'originalité germanique, et lesr Allemands subirent l'influence des populations romanes. On désigne sous ce nom les nations nées de la fusion des conquérants germains avec les diverses races des provinces romaines, tels sont : les Italiens, les Français, les Espagnols et les Portugais. La langue même des conquérants se fondit dans celle des peuples vaincus, et celle-ci étant plus parfaite, prit le dessus et devint la langue dominante. Dès lors on parla deux sortes de latins ; l'un populaire, qui se mêle avec les dialectes étrangers, et le vrai latin, qui reste la langue de l'Église et des savants.

Il en fut de même de la poésie; elle se modifia au contact de la littérature romaine, et ses pertes furent compensées par des avantages nouveaux. Si l'Allemagne oublia son liis*

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itoire prîmitiTe et sa législatioa g^ij^rièra, bases du caractère historique d'un peuf^e, elle acquit un peu de la souplesse particuli^^ «oix peuples du Sud, et adoucit sensiblement son entètem^it et sa brutalité^ septentrionale. Le mélange des mythes et des légendes, forma un fonds poétique commun qui n'est pas encore épuisé. La religion même subit rinfluenee de rinyasion et corrigea, au contact du germanisme, le dogme dur et judaïque qui s'était introduit dans le eatiiolidsme lomain.

Le christianisme ampcunta^aux cultes du Mord leurs aérations vers un plus noble idéal, et' s'appliqua dès hxs à régner sur les Ames en vivifiant >par.la poésie, la musique, la peinture, la sculpture, l'architeoture et même par le drame, tout le culte (Mvin; Tart chrétien était créé. Les gracieux symboles du catholicisme fournirent ample matièreà la poésie du moyen âge, jnais l'inspiration pr^nière lui vint de la Germanie.

C'est elle rqui fournit l'idéal romantique de l'amour jqui fait de la femme i'àme de la vie. Le culte de Marie, qui répondait au sentiment que les Germains avaient pour la femme, fut accepté par eux avec enthousiasme; ils entourèrent l'amour, d! une auréole de sainteté.

Pour bien connattreia transformation intellectuelle des Germaine par le christianisme, il faut voir par .quels moyens fut introduit le nouveau culte . Les évoques romains qui, avec une opiniâtre ténacité, travaillaient à dominer l'Église chrétienne, sentaient l'importance de conquérir à la ^foi les peuples du nord. Ils ne négligèrent aucun .moyen pour atteindre c^ but. Il est juste de dire que les missionnaijDes envoyés par Rome a.u delà des Alpes^ déployèrent dans les conversions autant de tfinesse ^que de oouBage, autant de eouplesse que d'énergie.

Us obtinrent des résultats rapides et importants. Dès :1e

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quatrième sièole^ on voit s'éleverdes égUses et des é^èchés le long du Rhin et du Danube, partout où a pénétré Tin-, fluence roinaine. Au huitième siècle, gcÀce à la protection

. Iranconiemief le christianisme s'est répandu jusqu'à la Saale et l'Ëlba, et TÉglise nouyelle est créée en Allemagne par WinMd ou Boniface (680-755), à qui le saint-siége a confié cette oeuvra .d'évaogélisation. La chute du vieux chêne de duismar dans la Oeesa, consacré. au .dieu Donar, qui tomba sons la hache de Winicid, entraîna la ruine du paganisme

^german^que.^Bonlfaceiutnommé évoque de Mayence, et employa tout son zèle à soumettre la jeune Église à la puissance romaine, en y introduisant les synodes et d'aulres institutions de discipline.

Attribuer à une conversion sincère la conversion des Germains, au chnstianisjme, ce serait commettre une grave erreur. La plupart des tribus éprouvaient, au contraire, une réelle antipathie pour la foi nouvelle, et se refusaient à payer la dîme qu'elle avait établie. On sait quelle terrible lutte soutinrent les Saxons contre Charlemagne, qui ne put étouffer leur révolte que dans le sang. Comme en toute révolution, il se commit alors beaucoup de crimes, et les nouveaux convertis cédèrent au moins autant à la force et à la rose qu'à l'indolence, à la curiosité et au soin de leurs intérêts. D'ailleurs, le polythéisme est de sa nature plus tolérant que le monothéisme; il en coûtait peu aux Germains d'ajouter le Christ au nombre des dieux qu'ils avaient déjà. Qui sait même, s'ils n'acceptèrent pas avec plaisir ce Jéhovah judaïque, immolant à sa sévère justice son propre fils, eux qui étaient habitués aux sacrifices humains? Le démon chrétien n'était-il pas un autre Loki,,et les saints du christianisme les proches parents de leurs génies e'^ demi-dieux? Ils étaient préparés aux miracles du christianisme par ceux d'Odin et de Thor; ils avaient entrevu la doctrine de l'immortalité de l'âme, et la croyance au jugement dernier confirmait celle au Crépuscu^ des dieux.

Les prêtres chrétiens avaient appris quel est le pouvoir de la pompe des cérémonies sur l'imagination des peuples dans leur lutte contre le paganisme gréco-romain. Depuis lors, ariens et orthodoxes avaient cherché à se surpasser dans les magnificences du culte; TÉglise pouvait donc offrir aux Germains des spectacles liturgiques capables de les plonger dans un respectueux ravissement. On finit par aimer ce que Ton a commencé par admirer, et les progrès des prêtres chrétiens dans l'affection des peuples furent d'autant plus faciles qu'ils n'avaient pas à lutter contre une caste sacerdotale qui défendit le paganisme national. Au début, le joug religieux fut assez doux. Les prosélytes n'avaient qu'à apprendre quelques prières, recevoir Teau du baptême, subir une pénitence extérieure, telle qu'un pèlerinage à la chapelle d'un saint, quand ils avaient conmiis quelque crime trop féroce.

Du temps de Boniface, les conversions étaient même si peu sérieuses, que certains prêtres baptisaient au nom de Jésus-Christ, sans cesser de sacrifier au dieu Donar.

Qui ne connaît l'anecdote de Radbord, roi des Frisons ? Il refusa le baptême parce qu'ayant demandé où étaient ses ancêtres trépassés, on lui répondit qu'ils étaient en enfer : « Je préfère, dit-il , être en enfer avec mes vaillants aïeux, qu'au ciel avec de misérables moines. » Réponse qui prouve l'idée matérielle que les nouveaux convertis se faisaient de la religion. Mais l'intérêt les décidait; et beaucoup se laissaient gagner par l'appât du présent que l'on donnait avec le baptême. Ainsi, à la cour de Danemarck, on voyait vers Pâques accourir les gens en foule pour recevoir le vêtement blanc dont on gratifiait les néophytes. Un jour il n'y eut pas assez d'étoffe, et le roi fit couper des draps de lit pour en habiller quelques-uns. Il parait que cet arrangement ne fut pas du goût d'un chef danois, qui s'écria : « Voilà la dixième fois que je me fais baptiser, et chaque fois j'ai eu un bel habit blanc. Mais le sac que vous m'offrez ne convient pas à

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