‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 9 sur 43 · TEMPS PRIMITIFS ET MOYEN AQB · texte numérisé non relu

TEMPS PRIMITIFS ET MOYEN AQB

Voici quelle est la théorie cosmogonique et mythologique des Scandinaves. Avant la création du ciel, de la terre et des mers, il existait trois principes d'origine inconnue, la chaleur, le froid et l'eau. Au sud se trouvait Muspelheim, le monde de la lumière et de la chaleur, dont Surtur gardait les frontières; au nord, Niflheim, leùionde glacial sur lequel manquent les renseignements. Entre ces deux mondes s'ounait un vaste précipice, comblé par la glace que charriaient douze fleuves sortis de Niflheim. Cest là que se rencontraient les rayons de Muspelheim et les frimas de Niflheim qui, en fondant, donnaient le jour au géant Jmir et & sa nourrice, la vache Audhulma dont les mamelles laissaient couler quatre fleuves de lait. Un jour, pendant que Jmir dormait, de sa transpiration naquirent l'homme et la fenmie et de Ton de ses pieds sortit un fils qui fut le père des Oéants. La ▼ache Audhulma qui léchait, pour se nourrir, les blocs de glace salée, en tira le premier jour des cheveux, le second une tète, et le troisième un homme complet dont le nom estBuri. Boer, fils de Buri, épousa la géante Bestla et de leur union naquirent Odin, Wili et Wé. Odin et son épouse ^igg ont donné naissance aux Ases. Les enfants de Boer égorgèrent Jmir. Des blessures de ce géant il sortit tant de sang que tout le peuple des Hrimthurse en fut noyé, k l'exception d'un seul qui se sauva avec sa fenmie dans ime nacelle et devint le père d'une nouvelle génération de géants, légende qui rappelle celle du déluge. Le cadavre de Jmir servit à construire le monde ; le sang devint la mer et Teau ; ^ la chair on forma la terre; des os, les montagnes; des dents et des mâchoires, les pierres; des cheveux, les arbres; du cerveau, les nuages, et du crâne, la voûte du ciel avec ^ quatre coins gardés chacun par un pygmée, l'est, l'ouest, le nord et le sud.

Cependant, la terre était plongée dans les ténèbres. Pour l'éclairer, les fils de Boer empruntèrent des étincelles au feu

^6 Muspelheim et les fixèrent au firmament. Ils divisèrent

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ensuite le éemps i^i joure^t «a années. A'vec un sourdl de Jmir, ils firent à la terre une ceûiturequi 4a sépare ée TO- «éan. Ayant rencontré' deux arbres, ils en tirèrent le preoûer 'homme etJa ponnière fenune. Odin leur donna ia^vie: et reqprit/Wili l'intelligeneeetle mouvettent, Wé le langage, Fouie et iaTme. Ufaonime reçut le nomd'Ask (frèao), la i^mme ceiai d'Bmbla fouine) . De œeouide descend Tiumianité «pd a peuplé la terre.

Au centre de runi'vws, les Ases eonitruîsûront un diàteau, que Tarc^'en-^ierTéumtà la terre. Cette demeure des dieux est entourée d^m "^aste^spaoe, le champ dlda, où les Ases «e rassemMent pour les festins* ou le conseil,' et garnie de douze sièges «vec un trône pour Odin. Le palais, en or mas^f, porte le mhq de Oladslieim; il s'ytrouye une salle appelée Wingolf et destinée aux Asinnes. Les gnomes furent chargés de l'ameublement et du décor. Une autre sall^, le Walhala,'esMe séjour des braves après leur mort. Il y boivent rhydrooeelvorsé par les Walkyres. Tout homme qui a péri les armes à la* main ou des suites de blessures reçues édJïs la bataille, est admis aux festins du Walfaala. Aussi, les guerriers scandimives recevaient-ils la mort avec joie et beaucoup de vieillards, sentant leur fin prochaine, se blessaient-ils avec une lame pour ne pas aller dans le sombre royaume de Hel.

Jœtunheim est la demeure du géant Narô (sombre), dont la fille Nott (nuit) a eu d'un premier mari un fils appelé Andr (matière), d'un second une fille nommée Joerd (terre) et de «on troisième un fil^ beau et resplendissant, Dagr (jour). Alvater prit la nuit et son fils le jour ; il leur donna deux chevaux et deux voitures, et les mit au ciel avec mission de tourner autour de la terre deux fois en vingt-quatre heures. La nuit s'avance menant le cheval Hrimfaxi, dont le frein couvre, au matin, la terre de son écume. Le jour la suit conduisant Skinfaxi dont la crinière fiamboyante éclaire la terre et le ciel. Un homme appelé Mundilfoeri avait deux

TE1Q>8 PRI1KTIF» BT MOTBK^Aa» 2T

eirfoiits, M^ (Ittm) el S^(soMl), doal la beamté rendit le& Ases jalcmx. C6iix«-«i lesenievèreBt et- leur imposèrent la cli^e de diriger daos \» deux, Mani lainaxche de la Imte et Sol les coursiers qui traînaient le^ char du s^il, astre» qu'ils avaient tirés des Miireelles deMusptlheim. Si ladiine et le soleil courent si vite^ c'est q«'(il» sent coAstamment poursuivis par deux énormes loups.

Longtemps les Ases vécurent daasck paix et la joie. I1& «mm\ réduil à rimpitissanee>les dangereax enfants de Loki en donnant à Hel le^ gouvemefoeB^ de renier^ en précipitant l6 serpent Mitgard dans- l'Océan et en enckalftant le loup ftois avec un Hen que les gnome» afvaieat fait de* rentrelacement des poils ^ la barbe d^me viergoet du bruit dès pas d'un chat. Vous voyez comme les invraisemblances de la vielle poésie Scandinave se reneontrent souvent avee cdlesdennde!

Mids Loki, leur terrible enneoM^^ veî$kit« Trois-de- ses filles vmient à Asgard enkver aux Ases les-merve^leoses tables d'or sur lesquelles étaient tracées les pkiA^as^eanespoésies' nmiques et, dès^lors^ le destin des dkux-Mt troublé, surtout après la mort du sage*Baldttr,provoqc^ parla médianceté de Loki. Ils parvinrent pourtlmt'àse venger de leurennemi ^ eoehainant ce* traître à, un rocher 'au-dessus duquel pla* mit une vipère qui Im lançait perpétuellement son poison a» visage.

Ici, par exception, dans cette âpre mythologie du Iford, nous trouvons à citer un trcut assez touchant. Slgyn, la femme de Loki, vi^tà son* secours. Avec une tendresse aï fectueuse, elle garantit lo malheureux des effets du poison et recueille dans un plat les gouttes à mesure qu'elles vont tomber. Mais quand le plat est rempli, il faut le vider, et PWidaDt ce temps le poison brûle le^' visage de Loki, Celuici se tord avec tant de rage que les hommes croient et un treariîlement de terre. Enfin le crépuscule des dieux (ragnarok) délivre le coupable à la fin du monde et de ter*

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riblès signes avant-coureurs annoncent ce grand éyénement. « Des frères, dit la Voelupsa^ se feront la guerre et se tueront les uns les autres. Les liens du sang seront brisés; des faits terribles s'accompliront, l'adultère régnera; il y aura Tàge delà hache, de la massue et les glaives s'entre-choqueront, et de grands vents et des loups précéderont la ruine du monde, i»

Une autre version de la fin du monde est donnée par la jeune Edda : « Le loup dévorera le soleil au grand dommage de rhumanité, l'autre loup mangera la lune, les étoiles tomberont du ciel, la terre tremblera, les montagnes s'ouvriront et les arbres seront déracinés. Le loup Fenris brisera ses liens et le serpent de Mtgard viendra sur la terre envahie par la mer; le loup Fenris court partout, la gueule si béante que sa mâchoire supérieure touche le cier et sa mâchoire inférieure la terre; le feu lui sort du nez et des yeux; le serpent de Mitgard vomit un poison qui embrase l'air et les flots^ et combat à côté du loup. Ils font un tel bruit que le ciel craque et se fend; enfin, les fils de Muspelheim arrivent à cheval, ayant à leur tète Surtur. Devant et derrière eux brûle un brasier ardent; le pont Bifroest s'écroule sous leurs pc^s; ensuite ils se retirent dans la plaine de Wigrid. Là se rendent aussi le loup Fenris, le serpent de Mitgard et Lokl avec toute sa suite. Puis Heimdall se lèvera et sonnera dans la trompe de Giallar, pour convoquer les dieux au combat. Odin, à la tète des Ases et des Einhériens, se rend au champ de bataille. Il marche à la rencontre du loup Fenris; près de lui se tient Thor. Mais celui-ci, occupé contre le serpent de Mitgard, ne lui est d'aucun secours. Freir succombe sous les coups de Surtur; le chien Garm, ayant brisé sa chaîne, lutte avec Tyn; ils tombent tous deux. Thor immole le serpent et meurt du poison que le reptile a lancé sur lui. Le loup Fenris dévore Odin et périt lui-même; Loki combat Heimdall et le tue; enfin Surtur lance sur la terre un feu qui la dévore complètement. »

TBBfPS PRIMITIFS ET MOYEN AQB 2S

Moins foneste est Tissue de la lutte dans la mythologie de rAllemagne du Nord. Après cette grande temoête souffle un doux zéphir qui annonce l'aurore d'une ère nouvelle. Détruite par le feu, la terre renaît plus jeune du sein de la mer, et les Ases ressuscites retrouvent & Asgard les tables nmiques. Le genre humain lui-même n'a pas péri tout entier; un couple, Lif (vie) ert Lifthrasir (virilité), caché dans le bois d'Hoddmimir, où il se nourrissait de rosée, est échappé aux flammes de Surtur. De ce couple sortira la génération qui peuplera la terre.

Les âmes qui ont péri dans la catastrophe sont placées, lesméchantô, à Nastrand (plage des cadavres) où ils souffrent, les bons à Gimil (ciel) , où ils jouissent d'une félicité étemelle. On voit ainsi dans cette mythologie préhistorique de la Germanie, poindre la croyance à une vie ultérieure qni sera confirmée par le christianisme. Il faut même avouer que le châtiment des méchants et le bonheur des justes sont des idées purement chrétiennes, bien que la foi à une vie future ait aussi son origine dans la religion des Ases.

Quel hommage les Germains rendaient-ils à leurs dieux? Un hoDunage très-simple sans doute. Leur ferveur se plaisait sons Tombrage épais des forêts où se trouvaient les autels ; les cérémonies religieuses avaient quelque chose de mystérieux comme le témoigne le culte de Nerthus (Joerd) à Rugen et àHelgoland. Si nous en croyons Tacite, la foi de nos pères a dû adoucir leur rude nature. Ils avaient peu de moyens de 8c représenter leurs dieux, la sculpture étant presque inconnue chez eux, conmie le prouvent le vieux sanctuaire en forme de caveau, que détruisit Charlemagne, et la colonne deJrAûir. Cette dernière figurait un homme dont la main droite tenait un drapeau et la gauche une balance, symbole du bonheur guerrier.

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Le chêne, image de la fopce^ était dédié & Donar. I^s sourees, les cascades, le sommet des montagnes étaieal, ainsi que les bois, des lieirx sacrés. Otjrtre la peière, le (»ilt6 comprenait le chant et la danse, ainsi que' les procession» < au commencement de ch€ique saisoiif et surtout du printemps. Dans toutes les religions, on^croii se rendre les d^ux; fd^vorables en leur faisaoi des sacrifices; les Germains leo»; o£^raieni des<^ fruits^ des aniuMiux et des^hiommes. Choc les^ Gôtes^ les plus proches an<oètres des Q^n»MttS|- sekioCkiautt^ Ttisage était d'envoyer tous les ciaqaasun' messager au die»^ lamolxis. Voici comment avait lieu le^samfiee.: on; liait les pieds e& les mains du messager^et on le^laoçait en Fair d'oCi il retombait sur trois lances. Lors de leurinvasioa dans* la ^ Haute-Italie, les€&ml]^es<^méiaien4e«Koraetesdes saoriioes humains. Leurs prêtresses, les pieds nus, les cheveux bki^chis par l'âge, le corps revêtu d'une tunique blanche serrée» par une ceinture d'atrainy portaient dans leur» mains^ des^ épées fMmbojanles. Ell^s- allaient preisdre d^ns le' campr^ les Romains prisonniers, les^ ceurouRaient defleumet les», menaient près d'une grande cuve de fer. Là ils étaient^goP" gés par la principale prêtresse, et le sang qui coulait dans le vase servait à prédire l'avenir. Avant de partir pour la guerre, les Saxons sacrifiaient à Wodan le dixième homnE&e; les Celtes, dans leur lut te avec les Hemrandares, promirenl' d'immoler au dieu tous les prisonniers^ hommes et chfevaux* Ces derniers furent, dit*on, fort agréables à la divinité.

L'usage des sacriJfices humains se conserva en Seanîdinavie plus longtemps qu'en Allemagne. Nous lisoiœ en* en effet, dans ia Saga d'ïnglingay œuvre de Snorri : « Damaldi hérita de son père Wisbur et gouverna le pays.Dfiflis^ ce temps, la famine et la misère furent grandes en Suède. Les habitants firent de grands sacrifices à Upsalh»; La première année, ils sacrifièrent des bœufs et n'amienèreni pas la prospérité; la seconde année, ils firenA des sacrifices humains, mais la misère continua; la troisième année, beau-

TSlfPS FRttmiFS BT MOnSK A6B 31

oiB{^ de. Suédois viarenltà Upealir oà les sacrifices devaient se faire. Les chefe det tribus tiove&t coBseil et décidèrent de sacrifier leur roi Domaldi, ce qui fut fait et son sang rougit les aulels. » Le roi Olaf fut immolé de même & Odin pour obteok qiM^iatttrre deirijitriéooiide..

(Xest.probaMMMiilaflasi.eBriioiMMiir des dieux qu'os attuMttt d£s.iéfa*siir les hMiiteurs^ On tirait despcésages de toil, du heaaiMeHMiil des dievauo^ du Toi et dn cri des oiattw^ d]& bruit mèa» dtt toorent. Lorscpie' le chef ger^ mm Arioviste foi en puésense de Taraiée de'Oésat dans la Qwilfi^ leS' psrètres ^piii l'avaient suirr au-*dielà' d* Rhîn lui psédûrefitf d'après la. cours et le brmt de l'eau, que l'armée aUeamude serait déftôte si elle Imait bataÂUe avant lanoiH ^IkiliNM»». Qo^fue&bis oa essajait de lire ravenir^dàm les-^ nutts, ce qui.imi^qiie l'existeaee de TécritiBre dians l'Ailemagi^ préhésiMÔque* D'aides fois des signes^taienl gravés swdes bcanehesdô^bêtre^ que l'on jeteii à l'aventure et que* l'oaraxnassaiteQsiiite^^Le^rapprooheiiieniiortatt des signes itt^qoaiila rèpoasecie l'oradei Oetalphabet ccmstituait une science m^témeuse^ et' c'est pour ceia- que récriture en a ^ii^[)^e ruAicpte^de Rusa, seereé; Jusqu'au- milieu du QE^ea âge l'iieage fut conservé ea Seandinavîe-de graver lesrunes sur le boiS' ou sur la pierre. Y avaitiil ch^ti lesivieus Gtormaios une caste de prètreset depièitesses? Geiquàfistcertain, c'est que tout homme libre était prêtre dans saimaisott; le plus ancien était prêtre de lacoaunane^ Mais comme nos aacêtoes recoimaissaient à la ^dtttte unicadraûtère«saeré, ils lui confièrent de préférence les- («leâiws sacepdotaies^ . qiû conaistaien^i surtout à prédire l'asreiïirj CeUesHqHuuaaraiani cette^ fa<»iltéf comine Yelléda; ^Dt entoujrées d'uoL ^rand respeot. Il est prouvé que leur- ^ de divioAitioas» transmit aiiixSybiUes; eDes^esœrçaient <A outre la médecine^ Malgré*tous ces smrrioes, la vénération <^ieUâi étaient l'olyet se changeaplus tard en persécu^ tioQ et en haine et le christianisme attribua aux prétresses

32 LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLBlfANDfiS

un caractère de sorcellerie qui a fort occupé Timaginatioii des théologiens et le bras de la justice criminelle.

Quand un peuple passe de la barbarie à la civilisation, il commence par exprimer cet heureux changement dans des poèmes consacrés à la glorification des ancêtres. Ainsi firent les Germains qui avaient été de tout temps doués de Tétincelle divine et d'un souffle puissant de poésie. l.eur mythologie nous révèle la richesse de leur imagination poétique. Les vieux chants de Thuisto et de Mannus, son fils, étaient essentiellement mythiques. Tacite y reconnaît les seuls documents historiques de la Germanie primitive. Les chants populaires y tenaient lieu d'histoire et la poésie remplaçait la prose. ;Nos aïeux chantaient dans les festins et en marchant au combat ; ils tiraient même des présages sur Tissue de la bataille de la sonorité plus ou moins grande de leur chant. Pour en augmenter la puissance, ils plaçaient devant leur bouche le creux de leur bouclier, ce qui fit donner au chant de guerre le nom de Bardit (Bardhi, bouclier).

Les plus anciens poèmes de la Germanie sont les Sagas du tueur de dragons Sigfrid, du loup Isengrimm, du renard Reinhardt. Leur origine se perd dans la nuit des temps, elle date probablement de l'époque ou l'idiome germain se détacha de la langue sanscrite et zende et se distingua du celte , de l'hellénique, de l'italique et du slave.

Nous n'avons guère de récits ni de chants qui célèbrent l'ancienne liberté germanique. L'auréole poétique dont l'ignorance et l'enthousiasme avaient entouré la politique de nos ancêtres s'est efiacée devant les lumières d'une raison impartiale. Il est vrai qu'en présence de la corruption romaine, les Germains appelèrent l'Europe à l'indépendance et voulurent la régénérer. N'allez .pas croire pourtant qu'ils eussent la moindre idée de ce qu'on a appelé de nos jours « les libres droits de l'homme. » S'il y avait des hommes

nmps PRonnFS st motbn agm »

paraii eux, il y avait encore, plus d'esdaves. Deux castes composaient la nation, les hommes libres et les serfs ; ceuxci naturellement plus nombreux, car il a toujourA fallu plasieurs domestiques pour un seul maître. La caste des hommes libres se divisait en nobles ou en gentilshommes et en affiranchisi celle des serfs en tenanciers (liti) e^ en esclaves (servi). Ces derniers, que Ton avait pris k l'origine dans les prisonniers de guerre, n'avaient pas plus de droit que les animaux; ils étaient la chose de leur maître, ime marchandise sur laquelle il avait droit de vie et de mort, la loi ne protégeant que les hommes libres. Les liti cultivaient les biens fonds moyennant une redevance payée au maître de la terre et appelée Féod, contribution. Ils ne pouvaient être vendus qu'avec le domaine auquel ils étaient attachés.

Les rapports entre les nobles et leurs tenanciers consti • taèrent peu à peu Tétat féodal. Les lUi qui se rachetaient de la glèbe ne devenaient complètement libres qu'à la troisième génération. Jusque-là ils ne pouvaient ester en justice et devaient se faire représenter par un gentilhonmie. Le témoignage d'un serviteur qui déposait contre son maître n'était pas admis, tant la loi était dure pour eux. En revanche, l'homme libre était comblé de privilèges; à lui seul, le droit de porter les armes, d'être témoin, électeur et prêtre- Culte, justice, législation, diplomatie, tout l'État était dans ses mains. Ne parlez donc point de démocratie germanique, à moins de comprendre sous ce nom les seuls privilégiés. En réalité, le peuple n'avait pour lui <Jue de dures corvées, des coups de bâton, de lourds impôts et la misère. Sa vie était aussi malheureuse que celle des liti et des esclaves, il la passait k travailler pour un maître paresseux qui , à la moindre occasion, lui prodiguait les mauvais traitements. Esclave sur cette terre, il n'avait même pas l'espoir d'une ^e meilleure après la mort, puisque les hommes libres étaient seuls admis au Walhala de Wodan.

34* LA SOOléTB BT LS8 BfŒURB ALLEBtANt)BS

Dès le prifieipeyle&nobles ptopriélweB^i'aae bsurcmmeou terre lîbpe hérédMaife» f<H*i!aèreat larcaste^ privilégiée; lapetîtê noblesse foiftpkwtaré cooslltiiéepâFies hommes labres. Autour oe chaque cooqiiéraQt célèbre se groupaieat des compagnons qui constitu^ent l^noMesse^ militaire.

CSïaqiie allode ou bien foncier conléNiit à «on prepriélaire'' 1» ti^lle légale- de sa famittOi; se» pateats^ hiHBmes et iStes^ Dws, Im devaient sotHaission^lohétesaoGe* La réuiâcH» do^ plnsieurs allodes^ constitua la commune eldes intérêts com^ muns réunirent plusieurs communes on district. Dès lors on se réunit pour délibérer, au milieu d'un champ, on y choisit les braves ou ducs qui mèneraient les guerriers au courbât; on y élisait aussi les prêtres et les juges. Oeux-ci décidant les différends d'après la coutume et lestraditions runiques. Tous ces détails vous montrent que les Germains composaient une sorte de^ république aristocratique.

Quand au code defjustiee-quine-changea (pie vers la an de l'ère carlovingienne, en voici les principales^ispositions. L'iimoeence ou la culpi^ililé d'uir accusé étaient af&^mées par un serment faH au non» dtcndieu qu^eonque, que l\>n prononçait la main sur la poignée ou la lame d'une épée. Les honmies^juridenÉ par leurbarbe^ les femmes en-portant leur main à leur tète. Chez les prmeipales tribus alleman» des, Taccusatei» était cru sur parole et l'accusé obligé de prouver son innocence. A cet ^fet, on lui déférait le serment; mais comme sa partie n'eût pas suffîf, on citait des témoins dont le nombre variait suivant lltaiportance du crime et s'élevait x>arfois jusqu'à quatre-vingts.

L'accusateur avait néanmoins le droit de réclamer le jugement de Dieu (Ordàl) qui, suivant la croyance commune, décidait lui-même entre Tinnocent et le coupable. L'épreuve consistait pour l'accusé à saisir sans se brûler un anneau dans l'eau bouillante; s'il était atteint par la brûlure, on le déclarait coupable. En matière criminelle, la peine infligée au serf était la mort sous diverses formes. L'homme libre

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TKMPS PiOMITIFS ET MOISN AGE 35

Be ia subissait que xiaUs le cas où il avait toé son chef ou trahi son pays* PiMir lui, tous les ciimes, le Qieurtrë même n'efitrateaient qn'uae aiMnde «n argent oa en bétail à payer à la famille de l'offensé ou du mort. Toutefois le prix élefvé de quelques-unes de ces amendes mit un frein au cruel despotisme des nobles. Ainsi chez les Francs où la valeur d'une vache était d'un solidus (schelling), le meurtre d'une femme était puni de 60 solidus, soit du prix de 60 vaches. Le prix de l'amende variait d'ailleurs suivant la gravité de TofTense. Caresser la main d'une femme de manière à l'offenser coûtait 1 5 schellings et si l'on avait touché sa poitrine, on n'en était pas quitte à moins de 45 schellings.

Un autre moyen de se faire justice était le recours à la force. Quiconque violait la loi, violait en même temps la paix avec l'offensé et les siens; d'après la loi rudimentaire des Germains, il était permis de lui déclarer la guerre et de se faire justice soi-même.

Avec la civilisation, apparaît le respect des morts, sentiment auquel les Germains ne furent pas étrangers. Nous en trouvons la plus ancienne preuve dans la Germania de Tacite; cet historien nous apprend que la crémation, telle p'on la réclame de nos jours, était pratiquée dans les forêts de la Germanie ; les Allemands brûlaient leurs morts au lieu de les enterrer. La dépense n'était pas un obstacle, vu Fabondance du bois. Tacite remarque que la distinction des castes était observée jusque dans les funérailles ; pour brûler le corps des nobles on se servait d'un bois particulier ; ut corpora clarorum virorum certis lignis crementur. On ne jetait dans le bûcher ni vêtements ni bijoux, mais seulement les armes du défunt et souvent son cheval. Un tertre indique l'endroit où la cendre est déposée; tout monument tumulaire leur paraît inutile et comme devant trop peser sur les morts. Si les gémissements et les larmes cessent bientôt, les regrets et le deuil persistent longtemps. Les plaintes ne siéent pas à des hommes, il faut les laisser aux femmes,

36 LA SOdÂTÂ ET LES MŒURS ALLEMANDES

disent les Germains. L'ensevelissement le plus extraordinaire* est rapporté par Jordanis, dans sa chronique des Goths : c'est celui d'Alaric dont le corps fut inhumé par ses soldats dans le lit desséché du Busento.

OBRISTIANISME ET MIGRATION DBS PEUPLES.

Immense révolution. — Les Goths. — Ulphilas, Jordanis, Waralfrid. — Chute de l'empire romain d'Occident. — Théodoric. — Les Longobards. — Les Francs. — Romanisme et catholicisme, — Boniface. — Conversion des tribus germaniques au christia nisme.— Poésie posthume du paganisme allemand; légendes de héros.— Chants de Hildebrand et de Hadubrand, du roi Beowul et de Walther d'Aquitaine.

Quand on a étudié Thistoire des derniers siècles de Tem pire romain, on reste convaincu de la nécessité où se trouvait l'humanité de se régénérer, si elle ne voulait périr de corruption. La société antique, telle |que nous la décrivent Jnvénal et Tacite dans leurs brûlants écrits, n'aspirait plus ^'à satisfaire, dans de crapuleuses orgies, ses instincts de volupté féroce. Ivre de fureur et de débauche, elle s'avançait aveuglément vers la catastrophe qui devait engloutir l'ancien monde et fonder sur ses débris une société nouvelle»

Denx causes différentes précipitèrent cette révolution; d'un côté l'action de la pensée humaine, de l'autre, l'ardeur impatiente des peuples du Nord. En effet le spiritualisme oriental, infusé dans le christianisme, condamnait à périr le

gensualisme hellénique et romain, tandis que la vitalité farouche des races septentrionales s'insurgeait contre le long despotisme des dieux de l'ancien monde; le jeune chrétien et le sang vermeil de la jeunesse germaine devaient renouveler le corps sociaL II fallait à la nouvelle société une vie neuve, une conception différente de la matière et de l'idéal. Le christianisme existait dans les pressentiments et le rêve de l'homme avant de se réaliser dans les faits. Confondre Dieu avec l'humanité, jeter un pont entre le ciel et la terre était une idée, en partie déjà exprimée par les Grecs, quand ils avaient créé Djonysos (Bacchus).le-4ieu fait homme, fils du Zeus olympien et d'une vierge de la terre. Mais pour enlever l'homme aux misères de ce monde et le ravir dans les espaces éthérés de l'amour divin, il fallait une conception plus pure que «elle du! G^ec artiste et sensuel. A un autre peuple était réservé de concilier définitivement la matière avec l'esprit.

Il est vrai que lamythoèogie^et la'phik>s<^;>liie helléniqiies eurent tine grande part dans cette création, qui sortit du dur et mystique cerveau des Juifs. Déjà un grand politique et patriote hébreu avait arraché son peuple à la contagion du polythéisme et à l'esclavage de l'Egypte, et il avait fait régner sur lui un Dieu national, maître absolu d'Israël, supérieur aux divinités matérielles et lascives du vieux monde, comme un être impondérable et tout-puissânt, qui pénètre toutes les pensées et sonde tous les cœurs.

C'est en vain qu'à tous moments les Juifs essayent de secouer le joug de ce monothéisme. Ils regimbent contre leur dieu invisible et les progrès du sentiment religieux leur font désh^er de voir déchirer le nuage qui le leur dérobe. Pendant la captivité de Babylone, leur espoir se retrempe dans la doctrine de Zoroastre et dès lors les prophéties annoncent la venue d'un Messie qui doit régénérer la nation. Il apparaît au moment même où toutes les âmes, altérées d'idéal, aspiraient à sortir de la fange du

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«BRISTIAIfiSMB BT BHfflULTION DES PEUPLES 39

pegsnisme, pour aborder au pur rivage entrevu par les slold^is et Platon; Quand rHomme-Dieu, le prophète de' Nazareth fit entendre ces paroles consolantes: « Veilezà^ moi, vous tous qui êtes affligés et fatigués, je vous soulltge^ rai 1 9 un soupir de bonheur s'éehappa de plusieurs millions de poitnnes ' et l'aurore^ d'une religion tmrverselle' éclipsa tous les dieux partieuM^s.

La primitive Église chrétienne fut grande et humaine. EQe ne se borna pas à préeher Tamour du prochain; elle mit en piraitique ce divin précité.

Vers le troisième mècle de l'ère chrétienne, nous titouvons m Allemagne des fédérations puissantes à là ^ce des an^^ dennes tribus. AU nord, les Bourguignons; à Test, les Souabes qui dominent du RMn à FBIbe'etjusqu^en: Silésie; à l'ouest, les PSranconicûs qui, poussés par les Saxons, conquirent le nord dé la Gaule: Àti sud^uest, lés Alamans. Le pays entre la Baltique et la mer Noire était au pouvoir des Qoths, divisés en Hérules, Rugiens, Gépides et Vandales ; e»fin, vers le Volga, se trouvaient les Aladns^vec leurs troupeaux.

A nos yeux, les Ooths, que le Bbrysthène(nûieper)^ sépare en Visigoths etOâtrogoths, sont les plus civiliéés de tous les peuples. Ils avaient fait sentir la force de léursglaives aux Romains quand ceux-ci portèrent leurs pirateries dans la Grèce et l'Asie Mineure, à Bysance et à Tfébizonde. Eà même temps leur àme s'ouvrait à lé, douce influence de la civilisation chrétienne. Un grand missionnaire, Ulpbilas, né en 318, mort en 388, vivait parmi les Visigoths; Il traduisit la Bible en langue gothique, en se servant d'un alphabet formé de lettres grecques et de signes runiques. Lesfi^agments de ses manuscrits^ sont le^ plus ancien monument de l'idiome germanique ; ih se trouvent à la bibliothèque dlJpsai. 'Cest dans son Codex Aitgentetts (1), et'd&ns le dklecte go-

(1) Godr ^ûrgmî; les lettres et la reliure^nt faite de ce métal.

40 LA SOCléTÂ BT LBS MŒURS AIXBliANI^S

thique qu'il faut chercher les premiers bégaiements du haut allemand qui, généralement usité du septième au onzième siècle, 86 partagea plus tard en trois dialectes : le souabe, le ba<^^arois et le franconien, pour se fondre, grâce aux Thu^ ringiens, avec le vieux bas-allemand.

Les chants patriotiques fleurirent chez les Ooths, qui chantaient en s'accompagnant de la harpe, de la flûte ou du cor. Leurs rois et leurs guerriers célèbres aimaient et cultivaient la musique. L'historien grec Procope raconte que le roi Gélimer, prisonnier du Pharas à Pappua (533), envoya demander trois choses à son vainqueur : un pain pour se noiurir, une éponge pour rafraîchir ses yeux enflammés et une harpe pour chanter ses malheurs. Jordanis, dans sa chronique des Goths, De rébus gestis, écrite dans un latin barbare, nous a transmis un écho de ces chants nationaux. Son livre et <^lui de Paul Wamefrid (huitième siècle), De gestis Longobar^ dorum, nous permettent de voir clair dans l'histoire de l'Allemagne à cette époque.

Ce fut l'invasion d'un nouveau peuple nomade qui décida les peuples à se répandre enfin dans l'empire. Les Huns, sortis au quatrième siècle des steppes de l'Asie Mineure, culbutèrent les Alains, subjuguèrent les Ostrogoths et refoulèrent les Visigothsà l'est du Danube, après avoir occupé la Hongrie et rendu tributaires les Gépides et les Longobards qui l'habi* taient. Poussés en avant, les Visigoths rencontrèrent les Romains d'Occident commandés par Valens, sur le champ de bataille d'Andrinople, et leur infligèrent une terrible défaite. Gratien, empereur d'Occident, confia alors le soin de défendre la frontière orientale à l'Espagnol Théodose. Celuici employant tour à tour les armes et les négociations, termina la guerre avec les Goths, et à la faveur des discordes qui déchiraient la famille de Gratien^ il se fit proclamer luimême empereur. Il fut le dernier qui régna sur l'Occident et l'Orient réunis. En mourant il partagea Fempire entre ses deux fils débiles; Arcadius eut ^'Orientavec Constantinople,

CHRISTIANISME ET MIGRATION DEfi PEUPLES 41

Honorius l'Occident avec Rome pour capitale. Maïs déjà les barbares étaient entrés aux conseils des empereurs f l'Orient fut gouyemé de fait par le Gaulois Rufin, et l'Occident par le Vandale Stilicon. Le premier, jaloux du second, décida les Yisigoths et leur roi, Alaric, à attaquer l'Orient. Leiir invasion en Grèce y détruisit les restes de la civilisation. Ils furent moins heureux en Italie où Stilicon, par de savantes manœuvres, les battit deux fois (403), et leur fit éprouver de telles pertes qu' Alaric recula jusqu'en Illyrie. Le ministre d'Honorius fut également vainqueur des hordes innombrables de Bourguignons, de Vandales et de Suèves qui avaient essayé de pénétrer en Italie par la brèche que les Goths avaient ouverte. Leur chef, Radagaise, fut battu et tué à Fiesole (405). Une partie des débris de son armée prit du service dans l'armée romaine; le reste vint se réunir aux Alamans et aux Hérules, et ravagea avec eux la Gaule d'un bout à l'autre. C'est alors que les Bourguignons se taillèrent à l'ouest de la Suisse et à l'est de la Gaule, un royaume qui s'étendit des Vosges à la Méditerranée, et eut Worms pour capitale. Les Vandales, les Suèves et les Alains franchirent les Pyrénées et s'établirent : les Alains, en Portugal (Lusitanie); les Suèves, au nord de l'Espagne, et les Vandales, au sud de ce pays, d'où vingt ans après ils passèrent en Afrique sous Genséric, et y fondèrent un royaume sur les débris de l'empire romain. En 4L0, Rome fut prise d'assaut par les Visigoths, mais bientôt après Alaric mourut dans la force de l'âge. C'était bien le héros accompli, tel que le représente la ballade allemande, et on lui creuse un tombeau digne de lui dans le lit desséché du Busento. Son beau-frère Ataulf mena les Goths dans la Gaule, où ils fondèrent au sud, un royaume dont Toulouse fut la capitale.

Nous avons laissé les Huns en Hongrie; vers le milieu du cinquième siècle, ils reprirent leur invasion, ayant à leur tète Attila (l'Ëtzel des Hongrois), le fléau de Dieu, qui commandait à plus de 50,000 guerriers. S'avançant du Danube vers

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LA SOCIETE BT JJBS MŒURS ALLttMAKDBS

lé iUiin,il ané'oJtit à Worms.la maison. roj&le de Bourgogne» et ravagea tout le pays jusqu'àla Loire. AétLusy af ant réuni, soos les aigles romaines^ les ba]i)aDes étabMs enOatde, arrêta les Huns et fitTeooler Attila, qu-il yainquit dani^ les plaines de ChâioB8*snr-Marne en 451. Abandonnant €6 champ de bataille oouifert de 162,000 morts, Attila deaamâit «n Italie Tannée suivante, et, à la prière de saint Léon, il signa la paix avec Valentinien III. 11 mourut subitement peu de temps apsès,ia nuit même de son mariage avec la belle lldiea, princesse boiiirguignonne<453). Avec lui finit Tempire des Huns, qui aussitôt après se déchirèrent entre eux.

L'empire d'Occident socoomkabteBtôt àeon tour sous les eoups des Germains que Rome avait piist à^sa solde. Devenus les maîtres de l'armée, ils demandèrent à Romulus Augustule, un fantôme d'empereur, de leur céder le tiers des terres de l'Italie. Sur son refus^ ils le détrônèrent et mirait à sa place un des leurs, l'Hérule Odoac^e (476), à qui, suivant la légende, un missionnaire dirétien, Séverin, avait prédit qu'il porterait la couronne. Odoacre gouverna l'Italie pendant douze ans avec le titre de roi; mais sa qualité d'Arien le^rendit lodioux à l'empereur d'Orient, Zenon, qui arma contre lui Théodoric et les Ostrogoths. Battu à Vérone, près de l'Adda, Odoacre s'enferma dans Ravenne, où il fut pris en 493 et massacré dans ^n festin.

Théodonc fonda unnonnrel empire d'Occident, qui comprit toute l'Italie et s'étendit joaNitt'aii Danube. Il ^b*ibua les terres à ses compagnons qui, jusque-là^ n'avaient connu «que lesaraies^ conservales rouages.de l'administration romaine et protégea même les arts. Sous lui, vécurent Boèee, 4ont Us Consolations de la philosophie, dialogue inspiré par l'esprit du paganisme, mais éloquent et élevé, fut le livre favori des savants du mojen âge, et l'historien Cassiodore, auteur de l'ouvrage de Institutûme divinarum lUterarum, tpâ

CHRISTUNI3ME ET tfiaKÀTION DES PEUPLES 43

M adopté par saint Benoit et serat longtemps de base à l'enseignement des sciences.

Après la mort de.Théodoric, la puissance des Goths déclina rapidement &ii ItaUe, et ils sucoomb^ent wm& les coups .de Jttstmien. Une. armée commandée par tarses et Bélissûre les détruisit malgré le courage que déployèrent YiU- ^ et Totila. C'est à la suite de leur défaite que Narsès gou- 'Teraa l'Italie, et y créa Tezarchat. Ayant eu à se plaindm de la cour 4o Bysance, il s'en vengea en appelant les Lombards de Pannonia qiù,«ous la conduite d'Albuin, s'établi- • rent au noi:d de la péninsule, et prirent Parie pour capitale. On sait qu'Albuii^ périt bientôt, victime de la barbarie de ce temps; au milieu d'un fefito, il força son épouse Rosamonde, jfille de Cunimond, roi des Gépides, à boire dans le crâne de son père, qui circulait à la rond^, suivant la coutume germaine. Bx>samonde, indignée, se vengea en séduisant un meurtrier qui tua le roi pendant son sommeil. Le royaume des Lombards dura encore deux siècles jusqu'à ce qu'il fut coi^quis par Gbarlemagne, roi des Francs

Établis en Belgique et dans les provinces rhénanes du sud, les Francs se^ divisaient en Saliens et Ripuaires. L'astucieux et adroit. Clovis» à la tète des premiers, appelés plus lard Neustriens, sujt, sous couleur d'alliance, soumettre les seconds à son pouvoir. Il se porta ensuite avec courage contre les Alamans et les battit A Tolbiac, eii^re Aix-la-Chapelle et Bonn (496). Cette victoire lui valut la conquête du pays situé entre le Rhin et laNeckar; ses succès, contre les Bom^gui- ,gnons et les Vi§igûths étendirent son royaume jusqu'au Rhône et à la Garonne. 11 avait embrassé le àhristianisme et lut le prenûer roi U'ès-chrétien,

L'usage que fit Glovis de sa nouvelle croyance prouvd que le christianisme n'était aux mains de ce roi qu'un fétichisme intolérant qu'il pliait aux besoins de son despo-

II faut attendre la chevalerie pour retrouver une foi plus

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sincère et plus idéale, due surtout au culte de Marie, qui restaura la poésie et les mœurs.

L'immoralité de Clovis se transmit à ses fils, les Méro* vingîens, et iln'est pas de vice révoltant dontils n'aient donné l'exemple. Idolâtrie brutale, corruption féroce, égoisme sans nom, parjure, trahison, inceste, empoisonnement, fratricide, méchanceté raffinée, tels sont les traits avec lesquels l'historien français, Grégoire de Tours, dépeint les mœurs de ce temps. Deux reines, Frédégonde et Brunehaut, dépassèrent dans leur conduite ce que l'imagination peut rêver de plus criminel; leur histoire n'est qu'un long et horrible drame qui se termine par la fin affreuse de Brunehaut. Vaincue par Clothaire II, fils de Frédégonde, elle fut attachée par les cheveux à la queue d'un cheval indompté, mise en pièces et brûlée (613). Les récits de Grégoire de Tours nous donnent une idée fidèle, mais triste, de l'abaissement des mœurs à cette époque.

La religion avait perdu le sens de la vérité et de la justice ; elle méconnaissait jusqu'au principe de noblesse et de grandeur inné dans toute créature faite à l'image de Dieu; elle avait grand besoin de se dépouiller elle-même de sa barbarie, avant de pouvoir civiliser le paganisme germanique. Veuton connaître le degré d'adulation où les prèti^es étaient descendus à l'égard de ces Francs si mal convertis, qu'on lise l'étrange apologie des crimes de Clovis , par Grégoire de Tours : Prostemebat enim quotidie Deus hostes ejus sub manu ipsius et augebat regnum ejus, eo quod ambularet recto corde eoram eo et faceret quw placita erant in oculis ejus, « Tous les jours Dieu mit les ennemis de ce prince à ses pieds et agrandit son royaume, parce qu'il marchait d'un cœur droit et faisait ce qui plaisait aux yeux de l'Éternel ! »

Nous n'avons pas à raconter ici conmient finit la dynastie des Mérovingiens, ni comment Charlemagne fit de la France une monarchie universelle en soumettant les Saxons, commandés par Witikind, qu'il força d'embrasser le chris-

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