‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 11 sur 43 · CHRISTIANISME ET MIGRATION DES PEUPLES · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME ET MIGRATION DES PEUPLES

un guerrier; si je n'avais honte de m'en aller tout nu, je vous le jetterais à la tête avee votre Christ. »

Dans ces conversions, la plus grande influence fut exercée par les femmes, dont on savait mettre à profit l'exaltation religieuse et l'action sur le cœur des hommes. Beaucoup de princes abandonnèrent le paganisme à la voix dé leur épouse et embrassèrent une religion qui promettait le bonheur dans l'autre vie en échange des biens de ce monde, et qui déjà leur servait à étendre et à consolider leur pouvoir. — Mais Fépée fut encore Tagent le plus actif et le plus efficace. Nous voyons Charlemagne faire massacrer en une seule fois 5,000 Saxons qui avaient refusé de se faire chrétiens et de le reconnaître comme roi. Le roi de Norwége Olaf Tryggvason s'y prenait d'une étrange façon. L'un de ses chefs aysuit refusé le baptême, il le fit attacher à une poutre ; on lui ouvrit la bouche de force, et on lui fit avaler un serpent qui lui dévora les entrailles.

Malgré toutes ces cruautés, le dogme chrétien pénétra bientôt dans les âmes et ses mystères fournirent une ample pâture à la poétique mélancolie de l'Allemagne. Il dut aussi un redoublement de ferveur à ses luttes contre le mahométisme conquérant. La défaite des Arabes près de Poitiers (732), par le maire du palais Charles Martel, avait éloigné le danger sans le faire disparaître. En présence de cet ennemi commun, les chrétiens s'unirent plus étroiteluent les uns aux autres et se groupèrent sous l'épée de Charlemagne, que l'Église reconnaît avec raison conmie son soutien et son libérateur.

Toute poésie vient du peuple, et l'art n'a qu'à suivre les modulations naturelles de la voix. Aussi, nous l'avons déjà ait, les Germains cultivèrent de bonne heure le chant et la musique ; mais si l'on excepte les œuvres de l'Anglo-Saxon ^owulf, il ne nous est presaue rien parvenu des poésies

<50 LA SOOliTÂ ET LES M(BURS ALLEMANDES

préhistoriques. Nous avons pourtant les formules cabalistiques de Mersbourg^ citées plus haut, et les fragments d*i ehant de Hildebrand.

La loi de Tintonation est née probablement avec Tart Les premiers vers réguliers datent chez nous du neuviôxno siècle et indiquent sans doute la mesure du chant populaire ancien. A Tépoque des invasions, les vers et la poésie disparurent et les vieilles légendes de nos tribus s'efEacèrenf de la xixémoire du peuple germain. Sa conversion au christianisme et son contact avec les races du Sud donnèrent un autre cours à sa veine poétique. Pour se reconnaître dans les légendes du moyen âge, il faut en étudier d'abord les héros principaux, qui sont : l"* Attila (Etzel), roi des Huns, autour duquel se groupèrent Walther d'Aquitaine, Rûdeger de Bechlarn, Irnfrid de Thuringe, etc.; 2» les trois frères royaux Gûnther, Geroot et Giselher, avec leur mère Useï leur sœur Crimhielde et leurs compagnons d'armes Hagen, Volker et Dankwart; la femme de Gûnther, Brunehild, et son ancien fiancé, le héros Sigfrid ; Z^ les rois ostrogoths Ermauric, son neveu Théodoric et le vieil Hildebrand ; 40 le roi des Frisons Hettel et sa fille Gudrun, le roi des Danois Horand et ses oncles Frute et Wate; 5® le roi de Jutland Béowulf et les héros Scandinaves Wittish et Wieland ; les rois lombards Rother, Otnit, Hugdietrich et Wolfdietrich.

Quel était le caractère intime de la poésie légendaire au moyen âgé? On en peut juger par trois poésies du huitième et du neuvième siècle : le chant de Béowulf, celui de Hildebraûd et celui de Walther d'Aquitaine. Le premier poôifie dépeint les combats et la vie des héros ; le second nous fait assister à une scène de barbarie sauvage, un duel entre le t>ère et le fils ; enfin, le troisième, qui ne nous est parvenn qu'en hexamètres latins, raconte des scènes du mdme genre^ qui font sotiger aux difficultés que dut rencontrer Chatlê magne dans Texôcution de ikss gigantesques desst^Jus

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