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dignité ducale qu'il avait supprimée et en accordant l'hérédité aux ducs et aux marquis ou margraves (gardiens de Marches ou frontières). C'est de là que sortit la haute aristocratie qui fit bientôt sentir son pouvoir aux souverains. Charles le Gros, après la mort de ses frères, avait réuni dans ses mains presque tout l'héritage de son aieul; mais il donna de telles preuves de faiblesse et d'incapacité que les grands de l'empire réunis en diète à Tribur, près du Rhin, le déposèrent et mirent à sa place Amoul, duc de Carinthie. Avec le fils de ce dernier, Louis l'Enfant, s'éteignit en Allemagne la famille des Carlovingiens (911) et peu après elle disparut même de France avec Louis le Fainéant. Tandis que la féodalité française conférait le titre de roi à Hugues Capet, préparant ainsi l'unité et la centralisation politique, l'Allemagne suivait une autre voie. La haute aristocratie de ce pays était déjà assez puissante pour faire triompher le particularisme. Mais comme elle sentait le besoin d'un souverain qui fût le chef de cette république féodale, elle créa l'empire électif et en plaça la couronne, après l'extinction des Carlovingiens, sur la tète de Conrad de Franconie. Celui-ci la fit respecter et lutta énergiquement contre les usurpations des grands; deux comtes allemands, Erchanger et Berchtold payèrent de leur vie la tentative qu'ils avaient faite de convertir leur titre de chambellan en dignité ducale héréditaire (1).
Malgré sa prudence et ses vertus, Conrad fut impuissant
(i) Puisque l'histoire, en racontant l'aventure de ces deux frères, a cité leurs prénoms, nous en prenons occasion d'expliquer comment vint la coutume de désigner les individus par des noms personnels. Au commencement du moyen âge des surnoms furent donnés en Allemagne, aux gens de condition, d'après leurs qualités physiques ou morales; aux gens du peuple^ d'après la profession on l'état qu'ils exerçaient. Puis la haute noblesse prit des noms de terre, et son exemple fat imité par tous les seigneurs féodaux. <iaant aux bourgeois et aux paysans, ils n*adoptèrent des noms de famille que vers le quatorzième siècle.
PÉRIODE Gi^RLOVlNâlBNRB BT OTHONIENNB 65
contre \js troubles qui agitaient ses États et qui ne cédereni que devant Ténergie delà dynastie saxonne, fondée en9ld par Henri TOiselear. Celui-ci donna à TAllemagne une organisation militaire qui la défendit contre les attaques du dehors, et s'acquit une gloire durable en dotant les villes d'une sérieuse administration civile. Il étendit les franchises iQnnicîpales à un grand nombre d'habitants sortis de la classe des serfs et des esclaves, créa la bourgeoisie, accorda aux villes le droit de battre monnaie et y fit tenir toutes les grandes assemblées. Ces mesures développèrent en peu de temps rindostrie et le commerce des cités et accrurent leur aisance ; un grand nombre s'entourèrent alors d'une enceinte de murailles qui les aida à se faire respecter. La maison de Saxe rendit encore à rAllemagne le service de rapprocher les castes entre elles, cit le clergé lui-même s'améliora sous sa philanthropique impulsion.
Othon 1»' (936-973), fils d'Henri l'Oiseleur, entra plus avant encore dans cette heureuse voie. Bien qu'il ait voulu à son couronnement à Âiz-la-Chapelle, qui devait céder plus tard cet honneur à Francfort, être entouré des représentants . de la haute aristocratie, il n'en gouvernapas moins .en vrai roi des Allemands. Il consentit, il est vrai, à recevoir la couronne du « saint Empire d'Allemagne » des mains du pape Jean XII, mais il fit bientôt sentir à ce pontife qu'il avait en lui l'àme royale d'un Charlemagne> en plaçant le saintsiège sous sa tutelle immédiate et se déclarant ainsi le chef Téritable de la chrétienté. Les papes n'ont jamais voulu reconnaître cette souveraineté, et toutes les fois que de courageux empereurs tentèrent de s'en prévaloir, ils excitèrent ^ guerres fréquentes entre l'empire et la papauté qui tiennent tant de plsfce dans l'histoire de rAllemagne.
Cette prétention des empereurs fut une source de désastres et engloutit les forces vives du pays dans des luttes qui Avaient pour but l'impossible réalisation de la monarchie uiiverselle. Au lieu d'employer tous leurs efforts à constituer
'66 hk sooiir XT ïïMS'^ÊÊoamskiAiMEaamms
un État allemand etàTUHier ranardtteiéodale^Hieul obstacle il runitéuie Vempire; nous Toyons^ pendant tout, le jti¥ âge, les Othon, les^ Henn, les Frédéric» confitamment oecnpés à ±panchirile& Alpes, à la poursuite du fantôme déœvaal de la couronne tomaine, Àn^tiondéplocaMe qui ruina» ^également l'AUemogneiet F^alie,
Apartir d'Othon !•', le pnneipetaiiérédîlé se mêle àFéleet[(m dans les constitutions de l'empiffe. Chaque aou«rerainTeai assurer la siiceession^ de^sa couroBBe-è «oti-^sf en le faissat de son vivant êîire empereur romsîn. Les «ucoœs^irs de ee prince, Othon II <97d«983) et OthoallI (d8driû02] «ans être aussi dktingués que lui, marchèrent néaamioiBs sur ses traces. Des^ princesses de>:beauconpd'œprit, Adélaïde de Bourgogne et Théophanie de Bynnce,< apportèrent dans leurjmaison ie gaùtdes*arts quiput sadével^per grAee à la découTerte et à l'exploitation d'unemne d'arg^it dans les montagnes idu Harz ; à la oivilisftion romaine se ntèièrent xLonc quelques parodJ«s de laciiltinra^réce-IiysaBEtine.:Mus, comme'fioas Charlemagne, Je anouFement^ne £atique:sGLperfieiel,ixl'import£^onétrangère,:eiiesâaicasita réunis par Othoajde. surent pas fondre les éléments nouveaux <qu!il8 a{>portdient^¥ec les propriétés natives du; génie allemand. Parmi xes âa¥ants, .11 faut idffîtinguer Geri)er,.né en Anvergney ^que son élô¥e et ami âtlmn III fit ^monter i»ir Je tffône pontifical^ sous de nom de SilTestrelI, et qui moinsot en 1002. li possédait de i^astes cimnaissances, pourJeitemps, en physique^ en mathématiques, et quelques^^unes de ses inveB:yioQsie &>ent passer pour sorder. Son exemple exràtai de nombreux émules, enlareiantre&Meittvrerk de Pad^rhocn etBe0nwasd«leHildesheim;qui:ftppl^uèifintJetirs conaaissanees aux progrès delà musique et des arts plastiques.
Mais cû fut Tarchitecture surtout qui prit im grand essor. La construction et la décc»;atioa des églises excita le zèle des
péaioi» CÂ]ii.oyaiâiK«ifE et 0TEeKiBf»(B 67
âiiistes etdoiiBa^iiaissaDoeiau genre rmnan, appelé à tort i)7santin, dont le monument le plus remaïquable est la eathédcale d'Aix-la-Chapelle, construite par Chariemagne, 80Q8 la direction de Labbé Ansigi (796*804). Ce genre est on lomposéduifityle arohiteetiiralde la. basilique jclvétienneet àk style bysantin, qui se marque par sa prédilection ponr les dômes. On peut citer comme type de l/artÀ eette époque lacathédraleude Quedlinbourg, L'égMsexle Huyebourg près ^^Àlberstad^ le d6aie<le€oBst8U3oetïl&«athéd0alejde Schaffouie, C6ll&.da2u£ieb, etc.
.Le «aractèie national et Jie. génie allemandi bo «amontrè- Nfit^'abordjque dans les ouvrages, de joétaL On en peut WEe le. développement par les e&chets graines ..dont l'empnmte de. cire se cetrouve sur. les actes publics et dans ks oraernei^s d;4glfse^4el&4ue itabtes. d'autel, «ostensoirs, califies^vCest de l'époque eadovingienne quadate l'usage d'oroervioat gsand autel d'église importante dlune table en méttldoré età reliefs. Les Tase&d'autel étaient d'or ou d'argent etaffedaieat la forme bizarre dalion^J de dragons ou d'oiseaaz.XesKiômes.'daMayenceetd'Hildesfaeim, remarqua- ^/pv^leura ncbessesy furent .dûs «aux soins, le premier ^l'arehevépjue Willigis,anort.en ftOll,. le.second, àceux de l'év^afiecn^B^d^.moridn 1022. Celui de Mayence, antre •^tt^es . précieux . ocneme&ts ^.poissédait un crucifix colossal en or massif dont l'intérieur était rempli de reliques mon- ^ de pierres.fines. On.en.peut voir. encore le pareil à flildesheim. Parmi les ouvrages de bronze, citons les battis de: porte, que Charlemagne fit couler pour le dôme d'Aix4a-Cbapelle et ceux. que Willigis fit pour celui de Mayence dont les surfaces, sont unies, et sans reliefs, puis ^ portes du dôme de Hildehseim qui représentent des «cènesde l'Ancien et du Nouveau Testament etune colonne ^iamême idlle,qui si^pporte vingt-huit images en relief de la vie de Jésus. Tous ces travaux démontrent les progrès de l'ocféverie allemande à cette époque. On a aussi du même
68 LA sociâré et les mœurs allemandes
temps quelques sculptures en ivoire et sur bois, tel est le crucifix du dôme de Bamberg qui remonte, dit-ôn, à Tan 1008. Les sculptures sur pierre sont plus rares ; elles ne commencent à avoir de l'importance et de la valeur que vers le douzième siècle, pour servir à Fornement des portails d'église, des murs du chœur, des chaires et des monuments funèbres.
Il y eut aussi des peintures, mais exécutées par des artistes italiens et qui n'ont rien du caractère national. Pendant la période othonienne, cet art fut heureusement cultivé, quoique exclusivement au profit des églises. Vers le dixième et le onzième siècle, nous le voyons appliqué aux miniatures qui décoraient les manuscrits. On avait peu de livres alors et la possession de manuscrits constituait un luxe véritable. Aussi, l'Église voulut-elle que les livres, à son usage, fussent des œuvres d'art, sur beau parchemin, la couverture ornée de pierres précieuses ou de sculptures en ivoire. A rintérieur, on prodiguait les peintures décoratives et les illustrations au commencement et à la fin des chapitres, ainsi que sur les côtés des pages. Le caractère de ces miniatures était, au dixième siècle, presque exclusivement bysantin, mais déjà Ton y voit paraître les teintes vives et lumineuses de remploi des ornements en or. Au siècle suivant, cette peinture s'émancipe et constitue un art indépendant et allemand.
Les fresques étaient déjà inventées, ainsi que le prouve l'exemple du roi Henri faisant représenter la défaite qu'il avait infligée aux Hongrois sur les murs d'une salle de son palais de Mersebourg. Il ne nous reste de ce temps que peu de tableaux sans importance et presque po|nt de mosaïques^ mais de nombreux spécimens de tapis brodés et tissés sur lesquels sont représentés des faits historiques. Selon toute probabilité, c'est vers la fin du dixième siècle que fut inventée la peinture sur verre ; des artistes allemands la propagèrent dans les pays voisins et nous la trouvons employée
PÂRIODB CARL0VINGIENN8 BT OTHONISNNB ^
pour la prenuc/re fois à l'oniement des églises au couvent bavarois de Tegernsée.
La dynastie des Othons protégea aussi les sciences et les lettres, et fonda quelques nouveaux monastères dont le plus célèbre fut celui de Cologne qui est dû à Bruno, frère d'OtboB l^. Pourtant ni la cour ni les moines n'enrichirent notre littérature nationale, et si quelque poésie en langue allemande sortit par hasard des couvents, elle était trop grossière pour charmer l'oreille délicate et cultivée des princes et princesses de la maison de Saxe. A la cour, on parlait latin et c'est également en latin qu'écrivaient les poètes et les historiens, conmie on le voit par les annales de Viti- Irind deCorvey, mort en 1004, et de Dietmar de Mersebourg, mort en 1018. En allemand, nous trouvons la traduction (^psaumes par le moine de Saint-Gall Notker Labeo,mort en 1022, et celle du cantique des cantiques, par ïébhé Wil- Kram d'Ebersberg, mort en 1085.
Nous ne pouvons cependant terminer ce chapitre sans dire quelques mots d'un livre que Ton attribue à cette période et que le savant critique J. Aschbach croit être l'œuvre d'un faussaire, Ck)nrad Celtes. Ce livre aurait été composé par une religieuse nommée Hrotsuitha qui l'aurait écrit vers 980, au couvent de Gandershein en Brunswick. Vrai type de la femme-auteur au moyen âge et marquée du caractère que les Anglais désignent sous la dénonciation de bosnien. Hroteuitha serait entrée fort jeune au couvent où, sous la direction de l'intelligente abbesse Qerberga, nièce d'Othon II, elle s'adonna aux études classiques et acquit bientôt un talent littéraire qui la fit surnommer la voix argentine de Gan- ^heim. Encouragée par l'empereur, elle célébra les exploits d'Othon I« en vers latin hexamètres et écrivit en cette langue l'histoire de la fondation du couvent, ainsi que quelques %iide8 de martyrs. Mais son ouvrage le plus célèbre, ce
VHO lA BOOdETé irr UCS IfŒDRâ ALLBMAITDBS
sont des comédies latines imitées de Térenee. Dans la pré face, elle expose les raisons qui lui ont fait prendre la plume : « Il y a» dit^dle, beaucoup de bons chrétiens qui préfèrent les li¥»s)paîens aux liwes sacrés, parce que les premiers sont écrits.dans un plus fin langage. Il y a même des lecteurs asûdus de la BiMe qui, malgré leur cdôdain pour la littérature païenne, lisent fréquemment les ourrages de Térenee ùfmt le style graciaox les séduit et les initie ^aux sujets obscènes iqui s'y rencontrent^ G'eet.pour ee motif que moi, Toix.puare et claire de Gandenbeim, j'ai tâché d'imiten«le gemre de cet auteur estimé.' Mms^ loin de [Hréseater à Tesprit, des feimnes impures et ksoives, jfai pris poiiir sujet des vi^ges pures et pieuses. » A Fen croire, elle se «erait donc proposé on but purement moral,,comme il ooji- Vffludt à ime~religieuse ; pourtant il nous semble qu'amnt d'écrire ses petites comédies, elle n'a pas dû se contenter d'étudier Térenee, mais qu'elle a ptobablement éprouvé les passions de l'amour. Quand elle commença d'écrire, ce n'était plus une jeune fille à l'àme ardente, mais déjà une matrone de sens rassis, cependant son spiritualisme chrétien n'a pas tdomphé partout de l'antique sensualisme. Gà et là des élans charnels traversent ses pages mystiques et lors mâme.qa'eUe teimine ses productions par un martjrre édifiant, elle ne recule point devant les scènes scabreuses. Les personnages, comme ceux de Térenee, sont pour la plupart des gens.damauyÛ8evie.etdes fémme^igalantes. Lasôduction et lacoavffi'sion constituent les ressorts essentiels .de ses drames. Il y a ides scènes comiques ^*ès«%maj;quée8> celle par exemple/OÙ un gouverneur débauché, DuiciUus, s'introduit dansla maison dfiirois vierges pieuaes, Agfipe, Chionie et Irène pour les déshanorer. A peine entré,! il est frappé de foUe et croyant encrasser les jeunes filles, il serre dans ses bras les casseroles, les pots et se noirdthondblement le '^sage.
Quelle que soit la valeur esthétique de ces poésies de noime
FBRIODB GARLOVINaiENNB ET OTHONIENNB 71
et en admettant leur authenticité, nous y trouvons la preuve qae Timitation des anciens commença de bonne heure au milieu de cette civilisation catholique romane. Elles nous apprennent aussi que dès ce moment l'Église fit entrer le drame dans ses cérémonies.