DYNASTIES IMPERIALES DE FRANCONIE ET DE 80UABE
Apogée de la puissance poniiflcale; le Pape et l'Empereor. — Organisation de l'Empire. — La science monacale; période florissante de la civilisation au moyen âge sous les Hohenstaufen. — Les deux Frédéric ; Guelfes et Gibelins. — Pèlerinages et croisades. — Essor de Tesprit romantique ; chevalerie, culte de Marie et cours d'amour.
Les grandes dynasties impériales du moyen âge semblent vouées en Allemagne à une décadence rapide. Les Carlovlngiens ne déployèrent de la vigueur et du génie que sous Charlemagne ; avec Othon III disparut prématurément la maison de Saxe; la dynastie salique franque et celle des Hohenstaufen de Souabe n'eurent qu'une courte durée. On dirait que le destin jaloux précipite dans une ruine immédiate toutes les grandeurs imposantes, tandis qu'il laisse vivre pendant des siècles ce qui est misérable et insignifiant.
Après les vingt-deux ans du règne indécis de l'empereur Henri II, dit le Saint, la dynastie salique franconienne fut po^ tée au trône par Télection de Conrad II en 1024. Elle devait s'éteindre en 1125 avec Henri V, qui mourut sans enfants. Le
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monarque le plus important de cette famille fut Henri III. n étendit les bornes de l'empire, rendit sa couronne héréditaire et s'opposa énergiquement à Textension de la puissance pontificale. Malheureusement il mourut dans la force de l'âge, avant d'avoir pu mener à bonne fin ses grands projets. Le règne de son fils Henri IV ne fut qu'une longue suite de fautes et de honteux malheurs. L'éducation de ce prince avait été fort négligée, par la faute des grands de l'empire sans cesse en révolte contre son père. Monté sur le trône, il blessa les Saxons et amena dans ses États les divisions dont sut habilement profiter le pape Grégoire VII. Ce redoutable Hildebrand, sorti des classes inférieures, parait comme le vengeur du peuple, opprimé par l'aristocratie craelle du moyen ûge. A ce siècle de fer, il opposa le pouvoir de l'intelligence et fit triompher la pensée sur la force matérielle. I/édifice spirituel commencé par ses mains, fut achevé par Innocent III ; souvent ébranlé jusque dans ses fondements, il reste debout et porte fièrement le drapeau de la monarchie pontificale. D'abord pauvre moine, Hildebrand devint bientôt cardinal et en cette qualité il dirigea avec un rare génie la politique du saint-siége. Obéissant à ses conseils, Nicolas II institua le sacré collège auquel est confiée l'élection des papes, laissée jusqu'alors au clergé et au peuple de Rome. C'était du même coup soustraire l'élection à l'influence de la noblesse romaine et l'affranchir du droit de confirmation qu'avait sur elle Tempereur allemand. Maître à son tour de la tiare, Grégoire VII put enfin travailler ouvertement à son gigantesque projet qui tendait à élever le pape au-dessus de toutes les puissances terrestres et À faire du représentant du Christ le maîlre souverain de la chrétienté. Pour y parvenir, il comptait sur la foi des peuples et sur le respect qu'on avait pour l'Église. Afin d'accroître encore ce dernier sentiment, il opéra d'une main énergique trois réformes importantes et nécessaires: il abolit la simonie ou trafic des charges de l'Église, il défendit à tout
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laïque de donner Tinvestitupe des bien» ou dignités eccié^ siastiques et proscrivit absolument les mariages des prêtres. L'autorité et llnfaillibilité du souverain pontife furent placées au-dessus même des décisions des conciles et défendues au moyen de l'excommunication et de rinterdiction, armes redoutables qui écrasaient ceux qu'elles frappaient et inspiraient l'épouvante aux populations de tout un pays. Respectée en Italie et redoutée au dehors, la papauté entra en lutte avec l'empire sous Henri IV. La scène de Canossa où l'empereur implora son pardon, la tête et les pieds nus devant ce moine romain de basse extraction atteste assez la défaite de la monarchie, scène humiliante pour l'orgueil allemand, mais qui marque d'une façon sublime le triomphe de l'esprit sur la matière. Il est vrai qu'Henri se vengea plus tard» mais la malédiction pontificale poursuivit son cadavre jusqu'au delà du tombeau. SU parvint à reprendre quelques droits, la suprématie du saint-siège n'en fut pas moins établie et c'est en vain qu'on essaya ensuite de l'abattre. A partir de ce moment, il fut reconnu que l'empereur n'était que le vassal de l'Église et qu'il ne pourrait plus exercer sur elle la souveraineté que Charlemagne et Othon I«» avaient eue en leurs mains. Les six archevêques allemands et les évêques au nombre de trente-cinq, liés par leur serment de fidélité au pape, et surveillés d'ailleurs par les légats qui avaient plein pouvoir sur les affaires ecclésiastiques, oublié* rent bien vite leur devoir de grands dignitaires de l'empire pour ne plus se rappeler que la soumission qu'ils devaient au saint-siège.
D'un autre côté, la réforme des monastères, qui s'étendit du couvent bourguignon de Cluny sur toute l'Allemagne, allait fournir une armée active au pape, dont les armes spirituelles avaient déjà plus de force que les lances et les épées impériales. L'ordre de Citeaux, celui des Prémon^ très, celui des Chartreux, récemment fondés, fournirent chacun leur contingent, mais les plus vaillants soldats de
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RoiiK. furent les moines mendiants de SaintfFrançois, dont l'ordre fut fondé au treizième siècle par l'ascète François d'Assises et se ramifia à Tinlini en récollets, capucins, carmélites, etc. Vers le même temps, saint Dominique fondait on ordre rival. Aux franciscains échut la prédication et le soin de diriger les masses en se mêlant à elles; les dominiwns prirent pour eux la science et la défense du dogme. Leur ordre s'est rendu tristement célèbre par l'Inquisition, dont ils furent les agents. — Toutes ces sociétés étaient mises «n mouvement par un général qui résidait à Rome, et auquel les membres devaient une obéissance aveugle. Ces généraux ne dépendaient que du pape; le tribunal des évéques ne pouvait les atteindre, et ce privilège donna partout imx moines une supériorité incontestable sur le clergé sé-
Le pouvoir politique offrait alors quelques particularités qu'il est bon de signaler. Le chef de TÉtat, après son élection par les grands du royaume, prenait le titre de roi d'Allemagne ; celui d'empereur ne lui était conféré qu« par son couronnement à Rome. Les questions d'administration €t de constitution étaient agitées dans les assemblées des princes, où les prélats et les barons tenaient le premier rang. Après eux venaient les ducs, puis les possesseurs des sièges épiscopaux de Mayence, de Cologne et de Trente, puis une foule de petits tyranneaux cléricaux ou laïques, «nfin le tiers État. On le voit trop, cet ensemble peu homogène était incapable de Jutter contre la puissante unité de la curie romaine.
Quant à l'armée, elle comprenait sept divisions : les quatre premières étaient fournies par le roi et la haute noblesse, la cinquième par ceux qui avaient des hommes libres pour vassaux, la sixième par les chevaliers, et la septième par tous ceux qui étaient do naissance légitime.
La période salique francoDienne ne fut pas ane ère de progrès; on se contenta de conserver ce qui avait été acquis SOUS les Othon. Il y eut pourtant quelques traductions dues à des moines, celle du livre de la Consolation de Boèce et celle de VOrganum d'Aristote. L'histoire continua d'être écrite en latin par le docte moine comte Hermann de Veringen, mort en 1054, et par Lambert d'Aschaffembourg, mort en 1077, dont les annales ont longtemps fourni les matériaux à l'histoire d'Henri IV, quoiqu'elles fussent l'œuvre d'un rhéteur sans bonne foi ni critique. Frédéric Barberousse fut présenté comme un héros idéal dans la biographie composée par son parent, l'évêque Othon de Freysingen, mort en 1158. Il ne sortit d'ailleurs aucune œuvre originale des monastères du dixième au douzième siècle; on y négligeait la poésie nationale pour l'intrigue politique ou amoureuse, la chasse et les plaisirs de la table.
Ce fut sous les Hohenstaufen (1134-1854) que la littérature reçut une vigoureuse impulsion et que brilla la civilisation du moyen âge allemand. Partie du modeste bourg de Weschenbeuern, dont le voyageur peut encore voir les murs, cette famille, qui portait le nom de Bûren, prit bientôt celui de la montagne de Hohenstaufen, sur laquelle elle était venue résider. Le premier d'entre eux que nous rencontrons dans l'histoire était duc de Souabe et gendre d'Henri IV. Son fils, Conrad, élu roi d'Allemagne à la diète de Coblentz (1138), est le fondateur de la dynastie qui s'éteindra, avec Conrad, sur l'échafaud à Naples en 1268. Un de ces princes, Barberousse, a laissé dans le cœur du peuple allemand un souvenir de héros mystique semblable à Charlemagne, et qui doit se réveiller un jour pour rendre à notre patrie son antique splendeur. Il est vrai qu'il se montra supérieur à son temps, aimant les arts et protégeant les sciences, porté par inclination vers la vivacité mobile des méridionaux, philosophe hardi, aimable jusque dans ses faiblesses et grand dans le malheur.