‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 18 sur 43 · L^ART MILITAIRE ET LA JURISPRUDENCE · texte numérisé non relu

L^ART MILITAIRE ET LA JURISPRUDENCE

Tacite nous rapprend, dans le culte païen de Nerthus. La cloche annonçait tous les mercredis soir Touverture de la trêve, et celui qui refusait de l'écouter était excommunié, puis mis bientôt au ban de l'Empire, s'il n'avait pas fait amende honorable.

Malgré toutes ces prescriptions, le mal était grand encore, foute d'une police énergique. « Le pillage n'est pas une honte», disait-on proverbialement. Un prélat italien du quinzième siècle ajoutait : « Toute l'Allemagne n'est qu'une caTeme de brigands dont le plus célèbre est celui qui commet le plus de forfaits. y> Il fallut trouver de nouveaux remèdes, et l'on imagina d'accorder le droit d'asile aux églises et aux couvents, privilège que l'on étendit aux cimetières, à certains quartiers et même à des villes entières. Ce n'était d'abord qu'un refuge ouvert à l'innocence et digne d'éloges; mais les fripons et les malfaiteurs en profitèrent à leur toup, et ce droit sacré servit parfois à sauver les plus grands scélérats des mains de la justice. Il était réservé à notre siècle de faire disparaître un tel abus qui, chassé de partout,

s'était en dernier lieu réfugié dans les h6tel> d'am oassade.

tSigDification du mot bourgeds, — Orgaoisatioa des dans les ^Ues ; exemple de leur développement. — Esprit d'opposition de la bourgeoisie ; fédération des villes ; la Hanse. — Description d'une ville allemande an moyen âge : maisons, costumes et vie sociale; Yieime aa qoinsième siècle. — Bains, maison de refoge pour les femmes, hôpitaux. — Réjouissances pu* bliques. — Industrie, inventions, conmierce, instruction. — Histoire; le chant des maîtres. — Littérature ; fortune publicpie» —État de l'agriculture; misère des paysans.— Chants populaires.

Lorsque Ulphilas, au quatrième siècle, introduisit le mot itourgeois dans la langue allemande, il ne prévoyait pas la vaste signification que ce mot devait prendre avec le temps» ni la grande lutte que la bourgeoisie soutiendrait contre les seigneurs, lutte qui dure encore et ne parait pas près de finir. Cet auteur ne songeait qu'à traduire les notions des Grecs, et, conmie dans notre langue Borg ou Burg correspond à PoliSy il en forma le mot Bourgeois» La racine première de Borg étant le verbe bergerie se garantir, comprenait déjà poiu» a'nsi dire tout le développement de la bourgeoi-

8ie, et lui traçait sa voie. Le principal souci de cette classe, en effet, fat toujours de défendre ce qu'elle avait mis à l'abri, sa personne et ses droits, d'empêcher qu'on n'empiétât sur sa propriété, en attendant qu'elle prit dans l'État Timportance qui lui revenait.

La bourgeoisie des villes occupe une place d'honneur dans l'histoire du droit et de la diplomatie allemande; c'est elle qui brise le joug de fer que la féodalité avait imposé à l'Europe et qui, à côté de la noblesse et du clergé, continua un troisième ordre d'où sont sorties les nations modernes. Elle fut le véritable agent de civilisation de notre pays, où la culture intellectuelle grandit avec les villes.

Ce développement des villes eut lieu en même temps en Italie, en France et en Allemagne. L'Italie pourtant eut la priorité, parce que le progrès y trouvait un appui dans les anciens munidpes romains. En Allemagne les principales villes sortirent dès le treizième siècle, les unes des châteaux royaux, les autres des abbayes. La domesticité des maisons royales, les vassaux des princes et des abbés formèrent le noyau de la bourgeoisie, bientôt accru par l'adjonction des chcvali«rs libres, des propriétaires campagnards et des ouvriers. Le danger et l'intérêt commun unirent entre eux ces premiers membres de la commune qui formèrent une organisation solide et divisée en degrés hiérarchiques. L'idée moderne d'égalité resta inconnue au moyen âge, et pendant longtemps la population fut divisée en castes. Les vassaux delà couronne ou des seigneurs, les burgen^es ou patriôens, les chevaliers et gentilhommes étafent seuls en pos- «ession des droits politiques que les artisans et les cultivateurs n'obtinr«it que plus tard. Tant que l'on eut à lutter hors des murs pour conquérir et consolider l'indépendance, il n'y eut pas à l'intérieur de rivalité entre les patriciens et la basse bourgeoisie.

Divisées dès leur origine en villes de l'empire et en villes de provinces, les commîmes relevaient de la juridiction,

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soit de l'empereur, soit d'un prince séculier ou ecclésiastique, et avaient pour magistrats des prévôts ou baillis appelés Burggraf. Celles de l'empire prenaient part aux diètes, les autres aux assemblées des seigneurs territoriaux; unies les unes et les autres, elles obtinrent de leur suzerain par achat, les droits de justice, de monnayage et de marché, qu'elles confièrent à des conseillers élus que présidait le bourgmestre. Ce premier pas les mena insensiblement, à mesure que la puissance impériale s'affaiblit, tandis qu'elles mêmes accroissaient leur population et leur richesse, à se constituer en petites républiques ou communes libres. En face de l'élément aristocratique s'éleva l'élémeol démocratique, formé par les différentes corporations qui refusèrent de payer un impôt, établi d'abord pour garantir la profession, et qui avait fini par prendre un caractère politique. Ces corporations de métiers furent chargées de la défense militaire des remparts, et leurs maîtres ou anciens s'exposaient, à leur tête, à tous les dangers de la guerre. Elles avaient des hôtels particuliers pour la danse, la d(àlibération des affaires et les festins, un drapeau et des armes au maniement desquelles on consacrait les heures de loisir. Grâce à leur nombre, elles secouèrent le joug des patriciens, repoussèrent les agressions des brigands féodaux, obtinrent le droit de boiu'geoisie, l'accès aux emplois, parvinrent même dans beaucoup de villes à supplanter les nobles et à remplacer la constitution aristocratique par une constitution démocratique. Il n'y eut que quelques communes, celte de Nuremberg, par exemple, qui conservèrent le régime patricien jusqu'au temps de la Réforme.

Voilà comment le peuple passe peu à peu de l'état de servage à une autonomie républicaine, tandis que l'idée de réforme s'introduit dans le domaine reUgieux. Partout on vise à s'affranchir et la liberté arbore son drapeau révolutionnaire contre l'immobilité et l'oppression du moyen âge. Il y aurait ingratitude de notre part de ne pas

reconnaître que le mouvement et le signal nous vinrent d'au delà des Alpes. En Italie, le souvenir de l'antique vie républicaine ne s'était jamais éteint et il refleurit avec éclat, loi^sque la lutte entre le pape et l'empereur permit aux villes de prendre entre les deux adversaires une position favorable. L'héroïque résistance que les communes lombardes opposèrent au despotisme des Hohenstaufen eut son contre-coup en Allemagne : des Lombards exilés se fixèrent dans les villes suisses ; un généreux élève d'Abélard, le martyr Arnold de Brescia, vint prêcher à Z^nch la liberté politique et la liberté religieuse.

A l'endroit où la Limmat sort du lac de Zurich s'élevait; à l'époque carlovingienne, un château royal flanqué d'une église que desservaient les prêtres d'une abbaye. En 853, deux filles de Louis le Germanique fondèrent sur l'autre rive, un couvent de femmes auquel le roi donna un grand nombre de biens fonds et qui devint bientôt un des plus considérables de l'Allemagne. C'est de là qu'est sortie Zurich que vous trouverez désignée comme eivitas (ville) et entourée de murs dès 929. L'abbesse du couvent de Notre-Dame nommait le maire ou bailli de la ville, et avait les droits de justice et de monnayage. Quand, vers 1097, laThurgovie et Zurich passèrent au duché de Zœhringen, il y eut un temps d'arrêt dans le développement de la ville naissante qui ne reprit son importance qu'à l'introduction de la maison ducale. Arnold de Brescia y exerça, de 1140 à 1145, une grande influence reUgieuse et politique. Plus tard elle fut administrée par un collège de magistrats qui n'était au début que le conseil de l'abbesse, mais qui s'affi*anchit peu à peu de cette tutelle pour devemr une autorité purement civile, choisie par les chevaliers et la bourgeoisie. Après l'extinctioD des Zœhringen, Zurich passa au rang de ville de l'empire, et Frédéric II eut la courtoisie d'en confier l'administration à un Zurichois. Lorsque cet empereur mourut^ la commune était en pleine vie de prospérité et la bour-

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geoisie commençait à y contrebalancer l'influence aristo- <aratique. Cependant, ne se sentant pas encore puissante, «lie réclama la protection de Rodolphe de Habsbourg qui, élu bientôt roi d'Allemagne, confirma k Zurich ses privi* léges de ville immédiate de Temiâre. Albert, fils de ce prince, se montra égalem^ii favorable et les Zurichoit prirent une part active à la vengeance que Ton tira des a»* «assinsde ce roi.

Il est vrai que les démêlés entre Frédéric d'Autriche et Louis de Bavière qui se di^utaient la couronne firent courir à Zurich quelques dangers heureusement évités; la ville, iombée au pouvoir du premier, acquit au commencement -du quatorzième siècle, par la réforme constitutionnelle de , Brunn, assez de liberté civile et d'indép^dance pour n'a« voir plus rien à craindre. A ce moment le besoin d'émancipation s'était éveillé chez les ouvriers, et les corporations réclamèrent leur part & l'administration de la ville. Elles trouvèrent un appui important dans le chevalier Rudolf £rimn qui leur fit obtenir la constitution équitable de 1386. Malgré l'opposition des familles aristocratiques, il donna k Tadministration communale la forme suivante : toute la •bourgeoisie fut divisée esi deux classes, les eonstables et les corporations; la eonstablerie qui comprenait tout ce qu'il y avait de riches et de conmierçants, fournit treize •conseillers municipaux, de six mois en six mois; un nombre -égal fut pris dans les corporations d'ouvriers et ces vingt-six magistrats formèrent un conseil présidé par le maire. Bien •que ce ne fftt pas là une constitution absolument démocratique, eUe n'en assura pas moins & Zurich une prospériH <2roi88ante. Il est à remarquer d'ailleurs, que l'influence de l'aristocratie se soutint mieux dans l'Allemagne du Sud que dans le nord, contrairement à ce que nous voyons aujourd'hui. Car tandis que dans l'ouest-sud la démo<9atie triomphe, au nord l'esprit de soumission va grandissant sous l'action toute-puissante du dergé.

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Cette bourgeoisie du moyen âge savait, au besoin, résister môme à Tautorité de l'Église. Ainsi la plupart des ville» allemandes défendirent le drapeau impérial contre la papauté, bravant l'interdit et l'excommunication. Elles agirent avec plus de patriotisme que la noblesse qui cherchait dans ces luttes le moyen d'affaiblir l'empire.

Zurich ayant été punie de son dévouement à Vïédéric II par une excommunication que lança contre elle Innocent IV, le clergé cessa tout service religieux, punition terrible à cette époque. Les Zurichois, sur le conseil de l'empereur, menacèrent les prêtres d'expulsion et de confiscation de leurs biens. Luttant aussi bien contre la noblesse que contre l'Église, les bourgeois savaient défendre leurs convois de marchandises des attaques tentées par les seigneurs qui infestaient les grands chemins, et ils se montraient fort jaloux de ^garder leurs privilèges dans l'intérieur de la cité. En 1267, il y eut à Bâle pendant les fêtes du carnaval, un grand concours de gentilhommes qui s'abandonnèrent vis-à-vis du beau sexe à des séductions qui passaient les bornes d'une honnête galanterie. Les bourgeois indignés se levèrent en masse et tombant sur ces galants faiseurs de scandale, en blessèrent un grand nombre, t Quelques-uns, dit la chronique, furent tués sur les genoux des belles demoiselles, n

15*associatIon avait produit des effets trop heureux à Tintérieur des villes pour ne pas se répandre au dehors. Bientôt les cités s'unirent entre elles, comme avaient fait leurs habitants, pour garantir leur indépendance réciproque. Puisque la police impériale était impuissante f- protéger le commerce et l'industrie et que la décadence des Hohenstaufen peuplait les grands chemins de brigands, force fut bîen aux communes de se garantir mutuellement contre les seigneurs de Vétrier et contre tout despotisme, clérical ou

séculier. Ce fut Torigine des célèbres ligues des villes allemandes. Si leur fédération crût formé un véritable faisceau national, il est probable que Thistoire de notre pays eût été différente; mais Tantagonisme du nord contre le sud ne le permit pas. Les villes du Sud ne s'unirent étroitement que vers le quatorzième siècle : en 1327, Mayence, Worms, Spire, Strasbourg, Bâle, Fribourg en Brisgau, Zurich, Berne, Soleure, etc., firent entre elles, puis avec Uri, Unterwalden et Schwitz, ensuite avec les comtés de Kybourg et de Montfort, enfin avec Tévéque de Constance, une alliance pour la garantie de la paix nationale. Les villes du Rhin, de la Franconie et de la Souabe en formèrent une autre plus importante encore, qui reçut le baptême de sang et de feu dans la guerre de 1388, où les nobles armés contre les bourgeois, firent subir à TAllemagne du Sud toutes les horreurs d'une guerre du moyen âge.

Bien que les communes pussent fournir de nombreux contingents armés, et que d'Augsbourg et de Strasbourg sortissent jusqu'à 40,000 combattants, la bourgeoisie ne savait pas encore diriger ces masses sur les champs de bataille. Il lui fallut sacrifier beaucoup d'hommes et d'argent. Heureusement que les seigneurs, écrasés par les montagnards suisses, n'eurent pas assez de force pour restaurer la féodalité.

Au nord, la Confédération de la Hanse existait depuis longtemps. Elle dut prendre naissance en Flandre, car ce mot est flamand et signifie impôt. Quoi qu'il en soit, elle s'étendit bientôt dans tout le nord de l'Allemagne et même en Scandinavie. Les fondements de cette puissance civique furent jetés en 1241 par la fédération de Hambourg et de Lubeck auxquelles Brunswick et Brème s'adjoignirent six ans plus tard. Lubeck fut le lieu principal de la ligue hanséatique ; c'est là que tous les trois ans se tenait la Diète et que se trouvaient les archives de l'Union. Autour de cette ligue imposante, l'exploit le plus glorieux et le plus pratique

de la bourgeoisie allemande, vinrent peu à pea se grouper quatre-vingt-cinq villes, divisées en quati*e cercles, présidés ±acun par une ville : Lubeck, Brunswick, CJologne et Dantzig. L'acte de confédération signé à Cologne, en 1364» donna à le. ligue sa vraie constitution : développement du commerce et de l'industrie au dedans et au dehors, établissement de grands comptoirs à Londres, Bruges et Novogorod, concentration sévère du droit dans les villes hansëatiques, conservation et accroissement des libertés bourgeoises, tel était le but de la Hanse. 11 fut atteint et même dépassé. Par ses armes et son commerce, la Confédération régna sur tout le Nord, mit la Norwége sous sa dépendance, ainsi que la Suède et le Danemarck et disposa des couronnes. En même temps qu'elle réprimait à l'intôrieur les excès de la chevalerie, son pavillon balayait la mer des pirates et des flibustiers; ses soins civilisatem*s traçaient des routes et creusaient des canaux. N'oublions pas cependant que l'égoîsme dii négoce présidait à ces entreprises, comme il fait aujourd'hui à celles du peuple le plus eommerçant du monde.

L'aspect des villes allemandes ne changea guère du treizième jusqu'au quinzième siècle, époque où l'emploi des armes à feu nécessita des forti^cations. La ville était entourée d'un fossé défendu par des tourelles et des bastions, derrière lesquels se trouvaient le rempart et le mur d'enceinte, ce dernier couronné de créneaux le long desquels s'élevaient par intervalle des tours rondes ou carrées que séparaient des portes formidables à pont-levis. A l'intérieur, les constructions, d'abord faites en bois, en terre glaise, en joncs et paille, demandèrent peu à peu des matériaux plus solides. Les ravages de l'incendie, p!us que l'amour du beau, forcèrent les bourgeois à employer la pierre et les briques. Toutefois ces objets étaient si chers <pi'en beaucoup de lieux on les réserva pour les édifices Publi.îB. Comme les Grecs et les Romains, la bourgeoisie du

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moyen âge aimait à construire des monuments d'un grand style et d'une grande richesse, tandis qu'elle n'avait pour se loger que des demeures inconmiodes et d'un goût qui nous parait mesquin. A Francfort-sur-le-Mein, ville des plus importantes cependant, on ne vit jusqu'au quatorzième siècle que des toits de chaume et de planches percés d'un trou pour laisser passer la fumée. On comprend que les incendies fussent fréquents et dangereux, d'autant plus que les pompes étant à peu près inconnues, on ne se servait que de seaux pour les éteindre. La première pompe à feu dont il soit fait mention est celle d'Augsbourg, en 1518.

Pourtant les progrès de la civilisation amenèrent bientôt de grands changements dans les maisons particulières et les riches commerçants se firent bâtir de ûers palais patriciens, embellis de tout le luxe du quatorzième et du seizième siècles, dont les caves se garnirent de vins généreux,, tandis que les corporations d'ouvriers continuaient à boire la bière dans leurs hôtelleries. Dès lors les villes prirent un aspect convenable et propre; on débarrassa les rues des tas de fumier qui se trouvaient devant les maisons et on commença à les parer. Cette dernière réforme, adoptée à Paris dès 1185, ne s'introduit en Allemagne qu'au quatorzième siècle.

Il n'était pas question d'alignement ni de régularité; chaque ville formait un labyrinthe de rues étroites et humides, telles que Ton peut en voir encore dans les quartiers où les Juifs étaient parqués. Il n'y eut que Cologne et Strasbourg où les règlements de police empêchèrent d'entasser étages sur étages et pourvurent à la libre circulation de^l'air.

Toute maison bourgeoise s'ouvrait par un large corridor où s'entassaient les marchandises, puis on montait un escalier spacieux pour pénétrer dans des appartemepts d'ordinaire assez étroits.

Si l'on veut se rendre compte de la transformation qui

s'opéra à la Renaissance, il n'y a qu'à jeter les yeux sur Zurich au commencement du quinzième siècle. Presque toutes les maisons, l'hôtel de ville lui-même, sont en bois «t les fenêtres en drap ne seront que plus tard remplacées par le verre. Ce n'est qu'en 1430 que l'on amène, au moyen de drains, les eaux d'une source et que l'on construit la première fontaine. Mais dès la seconde moitié du quinzième siècle, la scène change. Le maire Hanns Waldmann a profité des guerres de Bourgogne pour introduire de notables améliorations. Plusieurs édifices ayant été construits en pierres de taille, on a des appartements différents pour l'hiver et pour l'été, des salons, des pérystyles meublés avec luxe et dont les murs intérieurs sont revêtus de boiseries.

Voici, d'après une peinture du temps, quel était alors le costume des bourgeois : une redingote fermée au cou, sans manches et sans boutons descend jusqu'aux pieds; les femmes la portent large et traînante ou relevée par une ceinture. La tête est nue excepté chez les messieurs d'un rang élevé qui portent un chapeau ou une casquette. La chevelure des femmes tombe en boucles sur les épaules, couvertes comme celles des hommes d'un large manteau. Pendant le deuil, le front est ceint d'un bandeau de toile. Ni bijoux ni pierreries. Les souliers sont pointus et plus longs que le pied.

Bientôt ce costume simple fut remplacé par de riches vêtements et les bourgeoises rivalisèrent d'élégance et de recherche avec les dames nobles. Dès 1220, elles portaient à Mayence des robes à queue, au mépris des sermons que les prédicateurs débitaient contre cet ornement. Gottfried Hagen, de Cologne, parle même de chapeaux à plumes de paon en usage chez les riches bourgeois. Le noir dominait déjà dans la tenue de la magistrature.

De nombreux témoignages attestent les progrès que fit en peu de temps l'architecture. On cite comme type de jolie

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ville, N'uremberg, doat nous admirons encore les élégantes tourelles, les pignons crénelés et les balcons. Aux yeux des Ualiens, la plus gracieuse était Cologne; après elle, venaient Mayence, Aix, Worms, Strasbourg, Bâle, etc. Si nous en croyons un célèbre auteur français, Montaigne, Augsbourg, au seizième siècle, était plus belle que Paris. Le fin méridional Silvius Piccolomini, qui devmt le pape Silvestre 111, ne tarit pas en éloges sur les richesses et 1& beauté des villes allemandes, mais c'est sans doute une illusion de son imagination italienne qui le fs^t s'écrier : a Y a-t-il un hôtel allemand où le service ne soit en argent ? Rencontrerez-vous une bourgeoise qui ne soit pas étincelante d'or et de pierreries ? » Pour ce qui regarde les hôtels, il nous est difficile de l'en croire \ nous savons trop bien dans quel état de délabrement se trouvaient la plupart d'entre eux. La description qu'il nous a laissée de Vienne au quinzième siècle est confirmée par Bonfini, qui visita cette ville en 1490 et qui s'exprime ainsi : « La ville forme une demi-lune pré» du Danube; le mur d'enceinte a près de cinq mille pas et des remparts doubles; elle est comme un palais au milieu «d^ ses faubourgs, dont plusieurs rivalisent d'étendue et de beauté avec elle. Chaque maison a quelque chose d'intéressant à voir ; partout de doubles cours, de grands salons et de confortables chambres d'hiver. Les chambres d'amis ont des lambris et les poêles n'y manquent pas. A toutes les fenêtres on voit des carreaux peints et défendus par des grillages en fer contre IcF voleurs. Sous le sol se trouvent les pharmacies, les dépôts de marchandises, les magasins d'épiceries et des logements à louer. Les appartements d'été sont peuplés de tant d'oiseaux qu'en traversant les rues Ton peut se croire au milieu d'un bois. Rien de plus animé que les places et les rues. Avant la guerre, on comptait 50,000 âmes, sans les enfants, et 7,000 étudiants. Le rendez-vous des commerçants, est très-vaste et il s'y gagne beaucoup d'argent. Les

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environs de Vienne forment un magnifique jardin couronnô de vignes et d'arbres fruitiers et parsemé de belles maisons de campagne. »

Quel dommage qu'une si jolie médaille eût son revers I Enée Silvius avoue que la probité et les bonnes mœurs étaient fort négligées ; la paix publique était souvent troublée : (( Nuit et jour, dit-il, on se bat dans les rues comme sur un champ de bataille. Tantôt ce sont les ouvriers contre les étudiants, tantôt les nobles contre les bourgeois ou même les bourgeois entre eux; Une fête religieuse ne se termine point sans coups, blessures, meurtres et assassinats; dans les tavernes et les auberges pullulent de filles de joie. Adonné aux plaisirs matériels, le peuple dépense le dimanche ce qu'il a gagné dans la semaine. Le nombre des filles publiques est considérable et peu de femmes se contentent d'un seul homme. Quand un ^oble fait la cour à mie belle bourgeoise, le mari de celle-ci lui sert à boire et a soin de le laisser seul en société avec sa femme. De riches et vieux négociants épousent des jeunes filles qui, aussitôt veuves, s'empressent de donner leur main aux domestiques avec lesquels elles étaient auparavant adultères. »

On prétend même que beaucoup d'entre elles se débar* rassaient de leurs maris par le poison ; il est certain que des bourgeois furent assassinés impunément pour avoir contrarié les relations de leurs femmes ou de leurs filles avec des gentilhommes.

Bien qull ne faille pas imputer de telles mœurs à toutes les villes allemandes de cette époque, une partie du moins de ces excès était générale. Le bien-être avait amené avec lui l'amour des plaisirs qui dégénéraient trop souvent en orgies; les hommes se gorgeaient de liqueurs et se plongeaient dans la débauche. Aux danses lascives dont

nous avons parlé, se joignit parfois l'usage d'entrer en danse moitié nu et de lâcher de faire tomber sa danseuse dans une posture indécente. En vain l'autorité poursuivit le désordre ; elle ne parvint pas à extirper la corruption. Il y avait, dans plusieurs villes, des bains publics où les gens de tout sexe, de tout âge et de toute condition se rencontraient complètement nus, au mépris de la simple pudeur. L'immoralité s'étalait surtout dans les villes thermales, comme nous le voyons par la description que nous fait l'italien Poggio de ce qui se passait à Bade en Argovie en 1417. Des capitaines, des honmies d'Etat, des négociants, des clercs, y venaient de fort loin pour jouir de tous les raffinements de la débauche. Le matin les bains présentaient un spectacle animé ; ceux qui ne se baignaient pas regardaient, du haut de la galerie, les baigneurs et les baigneuses qui mangeaient et jouaient sur des tables flottantes. t)e belles filles leur demandaient Taumône en découvrant des charmes tentateurs. Après le repos de midi, on continuait à boire tant que Testomac pouvait le supporter, jusqu'à ce que le son des instruments donnât le signal de la danse.

Les lois terribles portées contre le crime de viol prouvent combien les passions étaient efirénêes; on fut même obligé de tolérer la prostitution et les entremetteuses, tandis que jusque-là. ces dernières étaient enterrées vivantes. Le nom ignoble donné aux maisons de débauche n'avait pas d'abord une signification aussi odieuse et venait du saxon Borda qui désigne une maisonnette. Les filles vouées à la prostitution subissaient des traitements opposés suivant les villes; ici elles avaient le bourreau pour surveillant, et leur corps, après la mort, était jeté à la voirie; là, elles avaient droit de bourgeoisie et pouvaient, les jours de fêtes, paraître en public parées de fieurs. Elles avaient même le droit de chasser de la ville celles qui ne faisaient point parde leur corporation. D'ordinaire on les obligeait à por-

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tep un costume particulier : à Leipsig, par exemple, elles avaient un manteau jaune, à Brandebourg bleu, à Berne et à Zurich des coiffures rouges, à Augsbourg une raie verte au voile. La veille des jours fériés et des dimanches, leurs maisons étaient fermées par mesure d*ordre public. Elles devaient Tétre toujours aux hommes mariés, aux clercs et aux juifs, mais la défense n'était sérieuse que contre ces derniers qui furent parfois, pour Tavoir violée, punis de la peine capitale. De même on condanmait à mort les chrétiens qui avaient eu conmierce avec une juive. Il est bien entendu que l'accès de ces maisons était interdit aux femmes mariées et qu'elles n'en étaient que plus curieuses de savoir ce qui s'y passait. En 1476 de riches bourgeoises de Lubeck se rendirent la nuit sous un déguisement dans l'on de ces taudis pour s'y livrer aux mêmes excès que Messaline. Enfin l'autorité municipale porta la sollicitude en quelques villes, jusqu'à s'inquiéter des mets que l'on servait à ces créatures et des sommes qu'elles pouvaient devoir à leurs hôteliers.

I^ vrd service rendu par le vice k la morale publique fat de diminuer le nombre des infanticides. Nous trouvons à Nuremberg y au commencement du seizième siècle, une loaison d'enfants trouvés, institution qui existait en Italie depuis le huitième siècle. Il n'y en avait cependant pas à Francfort, mais nous envoyons à Fribourg en Brigau et h ^ au quatorzième siècle. Celle de cette dernière ville comptait même, au seizième siècle, plus de deux cents enfants trouvés.

I^ filles de joie afQuaient à toutes les fêtes et réunions. Eu 1394, pendant le parlement de Francfort, il en arriva ^) en 1814, 1,500 femmes vagabondes s'empressèrent d'accourir à Constance.

^suppression des maisons publiques coïncide aveo ^apparition de la syphilis qui tout d'abord causa en Europe ^ ravages épouvantables. Les médecins ne sachant com-

ment la combattre, demandèrent aux magistrats de fermer les foyers d'infection, et le zèle religieux de la Réforme venant à leur aide, on supprima peu à peu tous ces tristes restes de la corruption du moyen âge. Dès le treizièijie siècle, le catholicisme avait ouvert des asiles au repentir des pécheresses.

11 faut avouer que le moyen âge, au milieu de tant de barbaries, fit preuve d'un grand fonds de charité . Pendant les années de disette, on créa pour les pauvres des maisons où ils trouvaient toutes sortes de provisions; les malades furent soignés dans de vastes hôpitaux par des confréries instituées dans les villes à cet effet, les lépreux internés dans des locaux isolés d'où la contagion ne pût se répandre, les voyageurs pauvres et les pèlerins trouvaient un refuge hospitalier dans des gites préparés tout exprès. Il y eut même quelques excès dans les pratiques de charité, ce qui fit de la mendicité une véritable profession, qu'il fallut interdire. Strasbourg est la première ville qui sévit contre les mendiants; son arrêté date de 1523.

Pour aider à la police sanitaire, on créa des pharmacies distinctes des épiceries avec lesquelles on les confondait jusqu'alors. En 1436 fut établie la première inspection médicale de ces établissements; Venise était le marché où ils s'approvisionnaient. Il y eut même quelques essais de jardins zoologiqnes, mode que l'on a reprise de notre temps. Berne avait dès lors sa fosse aux ours et aux cerfs. Les fêtes de Mai étaient célébrées dans beaucoup de villes d'Allemagne d'une façon charmante, et l'on s'y parait de fleurs et de branches vertes. Les garçons nommaient an roi qui choisissait parmi les demoiselles une reine de Mai. Sous leur conduite on allait chercher dans la forêt l'arbre de Mai, que l'on plantait au milieu de la place et autour duquel jeunes et vieux dansaient jusqu'à la nuit. Une autre agréable solennité était la fête du tir où l'on disputait le prix de l'arbalète, et plus tard des armes à feu; où l'on

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s'amusait aux jeux de hasard, aux courses de chevaux. Voici, d'après un vieil écrivain, le tableau de Tune de ces réunions : « En 1470, la ville d'Augsbourg avait organisé une fête de tir qui attira quatre cent soixante-six tireurS| parmi lesquels deux princes de Bavière, Othon, prince de Henneberg, trois comtes de Montfort et un d'Œtingeni quatre chevaliers et beaucoup de gentils hommes. Il y avait quarante lots dont le principal était une coupe en argent de cent florins; Urban Schweitzer de Dunkel-Spuhl la remporta avec douze coups francs. On organisa divers autres jeux et combats dont le prix de 45 florins fut remporté par Volfgang, duc de Bavière, puis une loterie de 36,664 billets dont le gros lot, 40 florins, fut gagné par Augustin Koch dé Gmund. La ville oflrit l'hospitalité à tous les tireurs sous de grandes tentes installées à cet effet. » Les frais de cette fête s'élevèrent à 2,208 florins.

Souvent les cercles bourgeois organisaient des tournois auxquels ils conviaient la noblesse et qui se terminaient par un bal somptueux où ils dansaient ensemble. Les empereurs et les rois ne dédaignaient pas d'y paraître. Les lûariages étaient aussi mie occasion de fêtes magnifiques^ particuHèrement à Augsbourg où brillaient les Fugger, ces Kothschild du seizième siècle. Un simple artisan, le boulanger Veit, invita deux cent soixante -dix personnes à la noce de sa fille et fit dresser soixante tables. On y fit pendant six jours une telle débauche de viandes et de vins que le septième plusieurs convives tombèrent morts. Il n'y eut pas jusqu'aux funérailles qui ne devinrent une occasion de festoyer, couiume qui s'est conservée dans quelques localités Httales et qui a l'inconvénient de faire entendre des cris de joie dans une maison affligée par le deuil. Un auteur du moyen âge, Frank, dans son Livre du monde^ édité en 15d4| nous initie aux rites funèbres. « Le cimetière se trouve d'ordinaire à côté de l'église. Quand une personne touche ^ ws derniers moments, le prêtre lui porte le vatique.

Après le décès, on sonne toutes les cloches pour prévenir les parents de se trouver à renterrement. La famille vient à l'offrande avec du vin, de la farine, du pain ou de Targent suivant l'usage du pays. Pendant l'offrande, le prêtre chante et se tait quand elle est finie. Les amis reconduisent les héritiers qui ont fait préparer un festin, où Ton célèbre les louanges du mort et son voyage dans l'autre monde. » Cet auteur nous apprend encore que le cadavre des riches bourgeois, des seigneurs et des princes était enveloppé d'une robe de moine, afin de leur faciliter l'entrée du ciel.

, Après la décadence de la chevalerie, le culte des arts et de la littérature passa des nobles aux bourgeois qui y appliquèrent leur bon sens pratique. Il n'y eut que rarchitecture à laquelle l'exaltation religieuse conserva une forme idéale et romantique. Le voyageur qui passe devant ces grandioses monun^nts, élevés par nos ancêtres, ne peut s'empêcher de rendre justice aux sentiments d'union et de persévérance qui les a soutenus, en même temps qu'il admire le génie nécessaire pour édifier de telles œuvres. Il est vrai que la bourgeoisie de notre pays et celle des Pays- Bas était regardée, vers la guerre de Trente Ans, comme la plus industrieuse et la plus active. Les ouvriers allemands étaient redierchés dans le monde entier pour leur adresse aux travaux des mines, à la fabrication des armes blanches, à la teinture des étoffes. Des écrivains français ont vanté leur génie inventif, laborieux et patient et ont nommé notre pays la patrie des machines. On y éleva jusqu'à l'art l'industrie «des bijoux, surtout à Cologne; on perfectionna les armes à feu, les montres, les moulins, la boussole» surtout la peinture à Thuile et les vitraux, la gravure sur acier, la taille des diamants. C'est chez nous que fut inventé l'orgue, œt instrument puissant qui reproduit la pensée par mille

BOURGEOIS BT PAYSANS ISdf

éiàosetqui a fait faire à l'harmoiile de si grands progrès depuis trois siècles.

Dès 1320, nous trouvons sur les bords du Rhin des usines où Fon Mnrique le papier avec des chiffons, et déjà la gravure sur bois prépare le chemin à ^imprimerie. Un citoyen de Mayence, Jean Guttenberg, h)ngtemps domicilié à Strasbourg, a le premier Tingénieiise idée d'appliquer la stylographie à. la reproduction des livres. Il parvint, en 1454, à graver des lettres isolées sur des caractères en bois, de manière à former les mots, et il imprime la Vulgate lorsque, avec le concours de Torfèvre Faust et du fondeur Schœfifer, il a remplacé dans les caractères le bois par le métal. Ce grand inventeur n'a pas échappé à Tingratitude qui attend ITionraie de génie, et il a passé par toutes les souffrances et les humiliations. Il ne cessa point cependant de perfectionner son art, qui, selon l'esprit de corporation qui régnait au moyen âge, fut d'abord pratiqué en secret. Les ouvriers d'imprimerie de Mayence, dispersés en 1462 par les troubles de la guerre, portèrent l'invention au dehors.

Pour faire progresser le commerce et l'industrie, il faut domier du développement à la culture intellectuelle; aussi voyons -nous les villes allemandes créer des établissements pour l'instruction de la classe bourgeoise. L'exemple nous vint encore d'au delà des Alpes. Milan, Florence Bologne , etc. , avaient des écoles célèbres depuis la seconde moitié du douzième siècle. Les plus anciennes en Allemagne furent celles de Lubeck, Hamboiirg, Stettin, Vienne et Cologne. On y enseignait la lecture, l'écriture et les principes de la religion. Mais le clergé, qui avait eu jusque-là le monopole de la calligraphie, si lucratif avant l'invention <icGuttenberg, leur suscita des obstacles dont la bourgeoisie triompha. Ce furent des moines, des étudiants vagaixwJds qui, moyennant salaire, furent chargés de donner l'instruction primaire, en même temps que se formaient des écoles supériBTtres où le principal maître ou recteur en-

seigoait le latin, tandis que son second professait récriture, la lecture, le chant, la religion.

L'Allemagne n'a pas eu de Froissart pour lui laisser un brillant tableau des faits d'armes et tournois chevaleresques. Nos chroniqueurs n'ont décrit que des épisodes locaux et particuliers. Il y a cependant deux de leurs ouvrages qui sont utiles à l'histoire de la civilisation; ce sont la Chronique alsacienne et strasbourgcoise^ de Jacob Twenger, de Kœnigshofen, et la Chronique de LimbourÇy du clerc Gensbein.

Tandis que la prose se prêtait aux correspondances du commerce, aux récits de l'histoire et aux actes diplomatiques des chancelleries, la poésie, échappée des mains brutales des chevaliers, prenait une allure bourgeoise dans le Meistergesang, chant des maîtres. Réunis en corporation comme les artisans, d'après l'exemple que Frauenlob leur avait, le premier, donné à Mayence, les poètes bourgeois se multiplièrent par tout le pays et reçurent les faveurs de l'empereur Charles IV. D'importantes sociétés de chant se fondaient aussi à Mayence, Francfort, Strasbourg, Nuremberg, Augsbourg et Ulm. Elles suivaient une règle poétique, désignée sous le nom de tabulatur. L'après-midi des dimanches se passait à chanter à l'église ou à l'hôteil de ville, et malgré les horreurs de la guerre de Trente Ans, les chants se continuèrent jusques vers la fin du dix-huitième siècle. En 1770, ils furent entendus à Nuremberg pour la dernière fois ; mais le Meistergesang ne s'éteignit à Ulm qu'en 1839 pour se fondre dans la société chorale de cette ville.

A la découverte de l'imprimerie, la littérature reçut une impulsion vigoureuse. Tant que l'on écrivit siirle papyrus, les manuscrits eurent la forme de rôle; puis vint l'usage du; parchemin, et l'on commença à les relier en livres. Quand! on voulait se distinguer, on employait un parchemin teint' en pourpre et une encre dorée ou argentée ; l'encre ordi-, naire était fabriquée avec de la noix de galle, du vitriol fit.

da Tin. L'illustration des manuscrits exigeait beaucoup de soins et d'industrie. Dans les maisons princières, les abbayes et les maisons riches, il se fabriqua des chefs-d'œuvre de calligraphie et de peinture en miniature. La reliure aussi fit de grands progrès et visa & Fornementation. La librairie comme les bibliothèques, dont les universités furent le berceau, prirent une extension plus grande, grâce au papier de coton et de lin qui multiplia les manuscrits. Cette invention, qui avait été apportée de la Chine en Occident par les Arabes, passa de l'Espagne en France et de Tltalie en Allemagne. Les premiers moulins à papier parurent près du Rhin (1320), entre Cologne et Mayence ; on en construisit en 1370 à Nuremberg, en 1405 à Ratisbonne et à Bàle en 1440.

Jetons maintenant un regard sur la fortune de la bourgeoisie. Avant que le revenu des mines d'Amérique n'eût centuplé la circulation monétaire, l'argent comptant était wre, il représentait une valeur beaucoup plus élevée que de nos jours. Dans une ville florissante comme Augsbourg, c'était être riche que de posséder deux ou trois cents florins de revenu. Le mobilier était fort modeste, et les patriciens d'alors n'avaient pas en ce genre plus de luxe que les prolétaires d'aujourd'hui. Un inventaire de 1469 attribue à ime maison patricienne 4 lits, 4 nappes, 7 essuie-mains, un seau, 2 grands et 7 petits plats en étain, 3 cannettes, 2 chandeliers en métal jaune, 10 plats en faïence, 7 assiet- ^) et le resté à l'avenant. Dans la plupart des villes du , Sud, la monnaie était évaluée en livres, parce qu'on la pe- >^t; il fallait 240 liards pour faire une livre d'argent. Une ^yre de liards valait 40 de nos kreutzers, deux livres et demie valaient un marc d'argent.

Le prix de la main-d'œuvre était différent suivant les P&ys; un journalier gagnait ici 7 liards, là 18; un ouvrier^

Il86 UL SOCIST& BT USB MCBUBS ALLEMANDES

outre la nourriture^ recevait tantôt 6 liards, taotât K)o«l5. Un étudiant d'Ërfurt, en 1443, paya à xm tailteor I^^bos (le gros vaut 12 eentimœ) pour façon de iiiestes, manteaaet pantalon, et donna à l'ouvrier 3 hards de pourboiieuLe même payait 3 gros une paire de souli^s. En 1335, on vendit à Bàle des maisons pour 3 livres, mais en 14û0^6t 1430 elles attaignaient 60 livres. Pendant le fiatneuz coBeile de Constance (1400-1418), la livre de bœuf valait 3 pfennigs (3 centimes). En 1450, on payait à Bayreuth la mesure de seigle 21 pfennigs, l'orge 18, l'avoine 13. En 1488, à Schweinfurt, une oie contait 8 pfennigs, la tonse de harengs 6 florins, la livre de sucre 4 liviies et 8 pfennigs.

 mesure que le prix des denrées augmenta, l'agricBlture fut mieux pratiquée. L'étendue de terre cultivées s^tait fort accrue depuis les Carlovingiens, bien qu'il y eût encore de vastes forêts remplies d'ours et de loups. Le blé était au premier rang de& produits et las pâturages prenaient plus d'importance avec les développements du eonameree. On cultivait aussi le. lin, la navette, le pavot, les plantes à teinture et les épices comme l'anis, le safran, la réglisse, etc. Autour des villes on produisait de grandes quantités de houblon. La vigne prospéra, surtout sur les bords du Rbis> du Mein et du Neekar et le vigneron du moyen âge ie montra aussi expert que edui de nos jours; quant au bétoi], il paissait en liberté pendant la belle saison dans les pâturages et les forêts communales; cependant l'éducation des elmvauK demandait beauaoup de soin, vu le haut prix que la chevalerie avait ctonné à ce noble animal. L'énorme consommation de cierges pour le culte exigeait un grand nombre de ruches, bien qu'on employa aussi à cette fabrication le miel des abeilles sauiKages. Le prix toujours croissant du bols, surtout des bois de eonstruotion, donna de l'impeBtance à la culture des forôts et fit nommer des gardes penr veiller à ieur conservation.

Il semblerait tout naturel que la condition des paystf^

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BOURfiBOIB ET PA¥SàN8 lfi7

m fût améliorée wêA les pM>giè6 et.la prospérité descankpagiffîs^nxaifi ils vireot.au eontraire leurs charges auginenter atDsifqiie leur misèm par les exigences toujours plus graades^t les privilègesexoriûtaiits de la noblesse, duxslerg^ et de la boiiKgeoisie. Tandis que ces trois ordnes gagnaient àiMUfÊB jour phis d'aisance et de liba^ le paysan seul reslût éffasé sous le peîds d'un lourd esclavage. Lie servage, iveduit logique etibacfaa» de la féodalité, devint de plus en plus djjc, surtout après la déeadence des Hohenstauién.. Chaque seigneur s'efforça de réduire en servitude les pay- «msvlibres de sodiidialrict etbi^iitôt iln'y eut plus que des serfe. Gettexiasse malheuBsuse s'était recrutée d'abord par la guerre, tous les prisonniers i4>partttiaient de droit an «ôaqamir, eux et leurs descendants ; plus tard elle s'aocruA <les paysans qui ne payaient pas leurs redevances, des en<dettes, a£Eeuaciés ou perséeutés^qui» pour avoir du pain ou un peu de sécurité, venaient librement se soumettre au joug d'oa seigneur puissant. Enfin, beaucoup furent réduits à cet étet par la violence, lorsque l'empire n'eut plus assez de ft>iDe pour protéger lesigens de la campagne.

Le sfflf était avec ses biens et sa famille la chose duâô^ gnem^qui en usait suivant scm eiq^rioe et:pouvait le vendœ comme un vil bétail. Dans les luttes des seigneurs entre eux, ohaenn voulant faire le plus de mal à son voisin, on détruisait les cabanes, on ravageait les champs, on égorgeait les pa]^8ans. Même en temps de paix, les dîmes et sedevances étaient si nombreuses, si écrasantes que l'on se demande ce qui restait au cultivateur. Aussi dans les années de disette, la feonine emportait ces infortunés par milliers comme le friHd de novembre fait des mouches. Ce n'était pas assez de l'oppression matérielle, Torgueil féodal inventa encore des tourments moraux pour étouffer dans leur cœur toute étin- <^ de sentiment et de dignité. Leur mariage dépendait de Ift volonté du seigneur ou de son intendant et il follaitpayer œ eonsentement. Combien de fois cette nécessité dut^elle

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188 LA SOCIBTÂ ET LES MŒUK8 AIXRMAKDE5

être fatale à la vertu des jeunes filles serves! Il y eut même un droit plus odieux, quoique des auteurs aient voulu en contester Texistence, lejtis primœnocHs qui nous est attesté d'une manière irrécusable par deux documents conservés dans les archives de Zurich I Ces chroniques, Tune de 1538, l'autre de 1543, disent expressément que les serfs, lors de leur mariage, doivent laisser la première nuit Tintendant près de leur femme. Il est vrai qu'elles indiquent en même temps la somme avec laquelle on pouvait se racheter de cette servitude .

En Bavière et en Autriche, certaines communes avaient gardé plus d'indépendance, partant plus de bien-être. Le Minnesinger Rithard ne tarit pas au sujet de l'aisance et 4e la fierté de ces paysans qui jouaient volontiers au chevalier et n'allaient à la danse que l'épée au côté, ce qui transformait souvent ces plaisirs en rixes meurtrières. Un jour même on vit en Autriche, trente-deux paysans succomber dans une lutte. Les coquettes de village, affublées de robes à' queue, avec des fleurs dans les cheveux et un petit miroir au cou se mêlaient à des paysans pleins de fatuité qui, la veille, s'étaient fait friser et boucler la chevelure. Les uns et les autres s'asseyaient à des tables qui pliaient sous les plats de viande, et au dessert le vin coulait à flots. En faisant la part de l'exagération poétique, il résulte de ces récits que l'habitant des campagnes vivait dans l'aisance et se rendait gaiment aux foires et aux fêtes sur des bidets vigoureux.

On rencontre plus de noblesse vers la frontière du Nord, chez les paysans de Steding et de Ditmar qui gardaient intacte leur vieille fierté germanique.

Sous la conduite d'Ëdemann Jurgen, ils s'emparèrent en 1144 de la forteresse de Boekelnbourg et mirent à mort le propriétaire dont la femme ^avait prétendu qu'ils devaient porter le joug comirs les bœufs. Battus par l'archevêque de

Brème, Henri le Lion, ils prirent leur revanche en 1227 et eonqnirent la liberté de fonder le long de la mer du Nord QDe bande de territoire indépendante qui s'étendit jusqu'en Hollande et se souda à la libre bourgeoisie hanséatique. Ceux de Steding n'eurent pas une fortune aussi heureuse. Ils s'étaient débarrassés des gentilshommes qui les opprimaient, mais le pape Grégoire IX, trop crédule aux calomnies de l'archevêque Gerhart de Brème, les excommunia comme hérétiques, et Frédéric II les mit au ban de l'empire. Une croisade fut dirigée contre eux par le comte d'Oldenbourg qui y périt avec deux cents chevaliers (1233). L'année suivante une nouveUe et plus nombreuse expédition envahit leur territoire. Ces hardis paysans, quoique mal armés, affrontèrent bravement la mort, combattant un contre quatre, sous la conduite de leurs capitaines Bolek, Tammo et Ditmar. Bravoure et désespoir inutiles I Six mille d'entre eux tombèrent sur le champ de bataille; le reste se réfugia chez leurs voisins libres, les Rustringeois.

Jusque vers la findu treizième siècle, les paysans des Alpes, Schwytz,Uri et Unterwalden étaient restés indépendants. A cette époque, la maison de Habsbourg ayant voulu les soumettre, ils renouvelèrent leur vieille confédération de 1291 et arrêtèrent en 1308 les empiétements de l'Autriche. Sur ces faits historiques on a brodé la légende de Guillaume Tell et du serment du Grutli, mais ce qui est certain, c^est que les confédérés défendirent à Morgarten (1315) leur liberté contre les Habsbourg; qu'à Sempach (1386) ils firent expier les crimes de la féodalité à six cent cinquante-six comtes, barons et chevaliers; que la bourgeoisie de Berne, avec le secou^^s des Waldstœtte, humilia, en 1361, près de Laupen, l'orgueil de la noblesse ; que les paysans de Glaris vainqueurs, en 1388, secouèrent le joug impérial; que les pâtres d'Appenzell, par leurs deux victoires de Speicher et de Stoss (1403 et 1405), s'af&anchirent de leurs seigneurs laïques et religieux ; que la Confédération, enfin, établit

il. f

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IdO LA SOCIÉTÉ ET JUBi MŒURS AULBEANDES

ioUdement son existence républieaine par les triomphes Bemportés à Grandson, Morat (i476) et Nancy (1477), ssir ue éoB princes les plus puissante de l'époque, Ghadesle Téso^ taire, duc de Bom^gne.

En môme temps que la bourgeoine et le peu|^ des cai»pagnes acqu^nient en beaucoup de conteées une indépcBr dance que n'araient connue ni la noblesse ni le clergé, le sentiment démocratique se zépandait partout,^ favorisé par les révoltes des Hus^tes, par la lutte de» yUïbb oonâm le» brigands féodaux, par les sueoès des corporati<mB sur le» patriciens et par les victoires des Dttmariens au nord et des Confédérés au sud. Bientôt il devait entrer profonde^ ment dans les mœurs et se manifester par la littératai»; aux poèmes chevaleresques allaient succéder la dianson^po* pulaire; une poésie nouvelle va jaillir eta Allemagne d'oie source vraiment nationale. Les premières chansons remaF quables furent celles qui célébraient le triomphe des Suisses sur les chevaliers; avec la Réforme, cette branohe poétique se ramifia en tous sens; le paysan dianta derrière sa charrue les peines et les plaisirs du travail de la tem, le meunier accompagna d*un gai refrain le bruit de son moulin, le soldat trompa avec des chants de guerre Tennoi des marches et des gardes, les jeunes filles et les jeunes goM roucoulèrent leur tendresse en de sentimentales romances, Touvrier compagnon salua d'un couplet son départ et son arrivée, le pèlerin aborda le sanctuaire de ses dévotion» avec de pieuses mélodies, tous, bergers, vignerons, pècheu» ou mineurs exhalèrent leurs sentiments en refrains triste» ou joyeux. Dans tous ces chants, le peuple ne fit que répéter les inspirations que les poètes avaient puisées dans les tes» dances de l'époque.

Si la chanson allemande n'a pas atteint à la hauteur poé** tique des ballades Scandinaves ni des romances espagnole»! elle a du moins une qualité qui la place à un rang distingué, je veux dire son universalité.

coDe-D'aiiL n&niospEOTiP

Après avoir décrit les mœurs de nos ancêtres, il me resto« pour terminer cette première partie de mon livre, à tracer rapidement l'histoire politique de l'Empire depuis la chute des Hohenstaufen jusqu'à Maximilien I*'.

Pendant cette période, FAllemagne perdit la prépondérance qu'elle exerçait sur l'Europe ; elle ne devait la ^etrouver qu'en ces derniers temps, à la suite de la guerre contre la France (1870-1871). Du jour où Frédéric II, miné par le chagrin, mourut à Firenzuola (1250), notre pays cessa d'être une puissance de première ordre, tant sa des- ^ée politique était liée à celle de la dynastie. Bien qu'on i^e doive pas trop admirer les Hohenstaufen, qui firent P^r sur nous une étroite aristocratie, il n'en est pas moins yai que l'Allemagne prit avec eux le pas sur les autres ^ts de l'Europe et qu'on ne saluait pas en vain ces empereurs du titre de prs^otentissimttë et semper Augmtus, Mal- ^nreusement, tout cela disparut avec le dernier d'entre «^ el fut remplacé par le despotisme des princes territo- ^U que ne put empêcher l'organisation de la boui^geoki^i

192 LA sociirÉ bt lbs mœurs allbhandes

faute d'esprit national et d'un génie capable de le cons^ tituer.

Nous avons dit plus hant quelle fut Taffireuse anarchie qui remplit l'interrègne de 1250 à 1273. Nos princes colportaient au dehors la couronne impériale, comme l'ont fait à l'intérieur nos bons bourgeois en 1848. En se décidant en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg, ils songèrent moins à donner un chef à l'Empire qu'à se choisir un préfet de police qui maintint Tordre et leur permit de recouvrer leurs revenus compromis par le désarrpi de Tagriculture et du commerce. Ils ne s'étaient pas trompés dans leur choix; Rodolphe, petit souverain sans importance, n'essaya point de relever la puissance impériale; il se contenta du rôle plus modeste de pacificateur et de père économe; ce fut le Louis-Philippe de son temps. 11 fit admirablement la police du pays, et ses exécutions furent si nombreuses que les gibets pliaient sous le poids des chevaliers brigands. Son expédition contre Ottokar de Bohème n'eut d'autre but que de créer en Autriche de beaux apanages à ses fils. Adolphe de Nassau, qui fut élu après lui (1291), voulut marcher sur ses traces, mais il s'y prit mal et perdit à la bataille de Goellheim la couronne et la vie. On lui avait opposé un fils de Rodolphe-Albert d'Autriche, prince dur et cruel, qui n'eut pas le temps de jouer le rôle d'un Louis XI et périt à Windish, près de la Reuss (1308), au moment même où il se préparait à ravir aux paysans leur dernière liberté. Son successeur, Henri VII, comte de Luxembourg, après avoir conquis la Bohême, ne sut pas résister au décevant appât de la couronne impériale romaine. Il franchit les Alpes, fut reçu par les Gibelins à bras ouverts et salué par Dante comme le libérateur de l'Italie; mais à la suite de nombreux comblais il mourut à Buonconvento. Les électeurs se partagèrent alors en deux camps et nommèrent, les uns Louis de Bavière, les autres Frédéric le Beau d'Autriche, qui tomba à Mûhldorf entre les mains

CODP-D'OBIL RÉTROSPECTIF 193

de son rival. Louis fut le dernier prince qui essaya de soustraire sa couronne à la suzeraineté pontificale ; il fut appuyé dans cette prétention par les princes électeurs de Reuss (1338), mais il ne put infliger au pape lliumiliatioii que Philippe le Bel avait fait subir à Boniface YIII. On lui opposa même un concurrent, Charles IV de Bohême. Celui-ci n'arriva qu'en 1347, après la mort de Louis, et fut bientôt après reconnu comme roi. C'était un adroit et fin diplomate, qui promulgua la Bulle d'Or, base du droit public en Allemagne. La guerre des villes nous a montré combien son administration et celle de son fils Yenceslas étaient impuissantes et brutales. Yenceslas^ chassé du trône en 1400 fat remplacé par Robert, prince loyal, mais trop faible. Après lui, Sigismond de Luxembourg consacra son règne (1410-1437) à de vaines tentatives pour régler la question religieuse. Depuis que le Saint-Siège avait été transféré à Avignon, les cardinaux, divisés en plusieurs factions, nommaient des papes différents; en 1308, il y en avait trois qui se lançaient réciproquement Tanathème. Ces désordres ne tardèrent pas à porter leurs fruits. Le professeur de Prague Jean Huss et l'Anglais Wiclef prêchèrent ouvertement contre la papauté, le clergé et les couvents et réclamèrent le retour à l'esprit de l'Evangile. Jean Huss, cité devant le concile de Constance, y fut condamné à être brûlé vif, malgré le sauf-conduit que lui avait donné Sigismond. Les flanmies de son bûcher allumèrent dans le cœur de ses disciples une ardeur féroce. Sous les ordres de Ziska et des deux Procope, ils combattirent Sigismond, ravagèrent la Saxe, le Brandebourg et la Bavière et ne signèrent la paix qu'en 1433.

Le morcellement de l'Empire commence avec Sigismond qui céda le Brandebourg aux Hohenzollern et le duché de Bourgogn^à une dynastie étrangère. La femme de ce prince. Barbe de Cillis, le punit par ses infidélités des galantes aventures dont il aimait lui-même à se vanter. Avec lui

194 LA SOCIBTB ET LIS MŒ0R8 ALLEMANDES

finit la biaiiche mâle de lAixeml>oiir^; ii a pour sucoessetir 8oa gendre, Albert d'Autriche, dont le règne fat inâgn^uit et qui laissa la couronne à Frédéric IILSous ce dernier, la puissance impériale tomba an plus bas, méprisée des princes et des villes qui se gouvernaient à leur gré» tandis que les frontiôres étaient menacées par les Tures de Mttrad !•» (1361-1389).

Le fils et successeur de Frédéric, MaximiMen I*', cobddri sous le nom de dernier dievaiier^ vit tous ses plans échouer d'une façon tragi-comique; il A'eut de bonheur que dan& son mariage avec ^héritiàre de Boiugogne, Feiix iUistri» nube. N'ayant conservé de l'empire romain que les vains hochets du couronnement, il fut constamment battu par les Suisses et obligé de reconnaître, à laipaiz de Bàle (1409), l'indépendance de leur Confédération.

Nous laissons l'Allemagne, à la fin du moyen âge, dans l'impuissance et le morcellement. Les forces qui animaient ce grand corps sont puisées; il faut,, pour redoiffîer la vie à des institutions moribondes, qu'il s'ouvre de nou« veaux horizons. Après un seonmeil de plus de mille ans, les chefs-d'œuvre de l'antiquité reparalU^nt au jeur, le soufQe de la liberté et de la libre discussion va dissiper le voile tendu devant les intelligences; une ère nouvelle s'annonce, ère de combats et de déchirements, mais aussi d'af&anchissemeiit et d'émancipation.

DEUXIE.ME PARTIE

iPOQUS DB LA RBFORia

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