‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 19 sur 43 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

Tendances à la Réforme dans TÉ^lise : affaiblissement de la «c(Âft»cique. — Réveil des études classiques. — Dante, Pétrarque fit B(»Gcace. — Maoiiiavti. ^ Eléments d'opposition en Allemagne : humanistes, satires populaires et lettres des obscuramtistes.

La vie des peuples, comme celle de rindividu, est un e£* fort incessant du corps et de l'esprit vers un renouvellement infini. Celui qui a la force morale de marcher en avant sans retourner la tête et les yeux, fixés sur Tavenir sort viotorieux de la lutte, avec des forces nouvelles, tandis que celui qui faiblit dans la marche et ramène son. regard vem un passé odieux ou chéri, qui est absocbé ,par les soucis du présent et n'a pas foi dans ravenir, se voit abandonné delà Fortune et succombe^ faute d^énacgie. Mais les na tores fortes puisent dans leur défaite même le courage d'attendre une meilleure occasion et de la saisir. C'est la loi que l'histoire nous démontre à chacune de ses pages at que la Réforme va nous prouver jusqu'à l'évidanoe.

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La corruption s'était glissée dans l'Eglise et elle était si avancée que ses partisans les plus convaincus réclamaient eux-mêmes une réforme générale et prompte. C'est dans ce but que se réunirent les conciles de Pise (1408), de Constance (1414-1418) et de Bàle (1431-1449). Mais on échoua devant rol)stination de quelques prélats qui ne voulaient point sacrifier leur autorité.

Cependant l'esprit humain ne pouvait se laisser plus longtemps retenir dans l'étroite prison de la scolastique ; le simple bon sens s'insurgeait contre une discipline au nom de laquelle on discutait éternellement des questions aussi oiseuses que celles-ci : « Dieu a t-il le pouvoir de faire qu'une chose faite n'ait pas été faite ? Pourquoi Adam a-t-il mangé dans le paradis une pomme plutôt qu'une poire ? Où commence un tas? Combien d'anges tiendraient-ils sur la pointe d'une aiguille ? Dans quelle langue le serpent at-il parlé à Eve ?» etc. Les troubadours du Midi et les hérétiques avaient déjà conspué ces niaiseries et s'étaient élevés contre l'avarice et l'immoralité des clergés. En Italie même l'opposition se fit jour, grÀce aux trois grands poètes qui venaient de créer la littérature de leur pays, Dante, Pétrarque^ Boccace. Le flambeau de l'antiquité vint dissiper les ténèbres de l'ignorance et donner à lEurope une nouvelle vie intellectuelle.

Dès le quatorzième siècle commence le culte de l'antiquité classique en même temps que la littérature nationale en Italie. Dans sa Divine Comédie, le Dante se fait guider par Virgile dans les cercles de l'Enfer où il a placé tous les tyrans, première protestation contre l'abus de la force brutale. Après lui Boccace écrit son Décaméron, satire remplie de grâce et de joyeuse harmonie qui dérida le peuple, les princes et la grave curie elle-même, sans amener pourtant la moindre réforme, car l'indifférence et la frivolité ne sauraient être des agents de moralisation. Le Pulci, auteur d'un poôme de chevalerie héroï-comique, le Grand Morgant,

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tournait en dérision les mystères chrétiens ; un peu plus tard le génie de Machiavel obtenait de faire jouer à la cour de Rome sa comédie de la Mandragore^ dans laquelle un prêtre hypocrite prêche ouvertement l'adultère. On en riait et le pape applaudissait lui-même aux saillies du poète qui, rival heureux de Plante et de Térence, prouvait qu'il connaissait aussi bien le cœur des femmes que les ressources delà dialectique. Mais il ne fallait pas que la pensée quittât ces jeux d'esprit pour réclamer des réformes; après Arnold de Brescia, Jérôme Savonarole fut brûlé en 1498 et cent ans plus tard (1600) Giordano Bruno subit le même sort.

Plus sérieuse que Fltalie, rAllemagne adopta les idées de régénération et en fît Tâme de sa vie, ouvrant décidément la lutte contre Rome. Il y avait longtemps que notre pays était en guerre avec rautorité pontificale; aucune de nos grandes dynasties n'avait négligé de la combattre et l'esprit d'opposition s'était fait jour dans la littérature, ainsi que nous l'avons vu dans les poésies de Walther von der Vogelweide. Au quinzième et au seizième siècles, le besoin de rénovation devint plus violent; l'humanité se sentait mal à l'aise dans cet obscurantisme étroit; elle cherchait Tair, la lumière et le mouvement; partout fomentait la ré- Tolte contre l'ordre de choses établies. Pendant ce temps les découvertes géographiques de Barthélémy Diaz, de Vasco de Gama et de Christophe Colomb reculaient les frontières du monde connu, ouvraient au commerce de nouvelles routes et montraient à l'activité humaine les miracles qu'elle peut accomplir. Tandis que les nations du Midi se lançaient dans la voie des aventures et des conquêtes lointaines, la nation germanique s'appliqua à préparer son émancipation»

Trois éléments essentiels concourent au mouvement de la Réforme, l'opposition religieuse, le sentiment populaire

et la politique nationale. I/élément religieux^ avait sa souKce dans le mystidsne du moyen âge; et il cmitîniiait la icadition des Vaudois éL des Hussites à lacpicUe les prédksations des frèpos Mcnrayes donnaient une portée qpius granxie. Aux Pays-Bas, le prieur Jean de Goeb (mort i»i 1473) déclara qoe la Bible est la seule sourw autkemiqoe en ~Biatière de foL Appuyé sor ce prindpe, l'Alkisand ieas^ de Wesely son eont^nporain, r^ette raotoritè du pa|ie et s'élève ciHitre les oérémonies et les indulgences, ne éfédaignant pas de faire appela la jo^alité narqnuise du peuple, comme lorsqu'il disait que saint Pierre n'avait sas» duote ordonné le maigre qu'afîn de mieux vendre son poisson. Jean Geiler de Kayserberg (14401509) qui prè^a d^aboid à Bâle, puis à Strasbourg, le soitit dans cette voie ^ ôt pénétrer, grâce à la chaleur et à la clartô de sa parote, les idées de réforme dans les masses populaires. Son ami, le pauvre Suisse Félix ficmmeriin, qui moFurut «i prison, travaiUa comme lui à la régénération de l'Église. Il avait lait ses études en Italie et en avait rapporté, le goût des humanités qui ne s'éteignit jamais en Allemagne, nais qui se ranima lorsque la philologie s'appliqua à l'Évangile comme à la source uniqne de la foi. Cette étude des vieilles langues, entreprise d'abord pourfoumlr des arguments contre la seolastique, fut bientôt pratiquée pour elle-même et les savants, appliqués à deviner le génie de l'antiquité, puisèrent dans ces recherches une résignation qui remtplit l«ir âme d'une calme félicité.

Par un hasard singulier, ce fut un Italien, un oonr^son de la cour de Rome, qui devait plus tard combattre la résonne du haut de la diaire pontificale, qui encouragea en Allemagne l'étude des humanités. Aeneas-'Syli^us Picc(^ mini, prélat distingué par son érudition, mais sans fermeté dans le caractère, ne cessa, au concile de Bâle, d'exciter aux études classiques le groupe d'Allemands qu'il avait réunis autour de lui. Devenu secrétaire de Frédéric III, il alluma

das iùjers de lttmi^?e à Vianne, à Prague, dîuas toutes le» ^iUtts qu'il visita. Un. de aes^ amis, qui fut ensuite un de se» adwrsaires les plus redoutables, letFranoonien Grégoire de Hebubourg, fonda à Nuremberg une ôeole de littérature et lutta jusqu'à sa mort (1472) pour affranchir l'Allemagne de Rome et de la t^zaonie des, prinœs. On comprit bientôt que le seul moyen de sortir de la barbarie ^ait de ré* paodre l'inslruction; partout où les études prirent moinfii, la -m intellectuelle se kianslorma: complètement

Les principaux instigsteurs du mouvement furent Rodolphe Agricola, qui, appelé en 1482 à Heidelberg, donna BD6 impulsion nouvelle à l'université de cette ville;- Jean Beuchlin de Pfortzheim (1455-1521), qui , à Wirtemberg, enseigna avec sueeès le grec ^ le latiuiet même les premiers âôm^ts de l'hébreu ;, Conrad Celtes (né en 1459), poôte eouronné de lauriers par Frédéric III, qui répandit le goût flte la littérature ancienne, fonda à Heidelberg la première société littéraireetencouragea- le» éditions clasâques.

Sous leur inspiralioB, d^ êeaàts surgirent dans toutes les contrées de l' Allemagne. A Nuremberg, ce fut un riche patricien Vilibald Pirkheimer, qui prépara les voies à la réforme, à Wurtzbourg, le savant abbé Jean Trithème. Une^ule dihumanitfes disthigufe se formèrent à ces écoles^ . et, parmi eux, Erasme de Rotterdam (1466-1436), le savant émule de Reuchlin,'-on les a appelés t les deux yeux deVAlkmagne. » Érasme, qui mieux qu'aucun de ses compatriotes 8'identiâa avec la.langiœ et les idées de l'airtiquité classique, sans songer, il est vrai, àlestoumer contre le christialâsme, comme les hmxmnistes italiens. 11 se plaisait dans mie ^i:nirienne indifférence, content d'avoir efûeuré les abus avecl'arme duridioule sans vouloir y porter une main réformatrice. C'est dans oe sens quiil écrivit en 1501 son Enchireidion militis christiani. Mais lui qui aimait tant la critiqae et la polémique en philosophie et en littérature i'efeaya de voir que l'on ébranlait les fondements de l'édi-

fice religieux. Le bruit de la Réforme troublait son loisir studieux. Trop délicat pour se mêler aux passions de la foule, il laissa passer le tumulte, enfermé dans son cabinet, et d'ami timide devint ennemi déclaré de la nouvelle doctrine.

Tout autre fut Ulric deHutten, généreux descendant d'une famille noble qui naquit près de la source de la Kintzig, le 21 aia*il 1488. Il devina d'un regard prophétique la force que l'Allemagne allait puiser dans la Réforme et lui consacra sa vie entière, malgré les obstacles , les persécutions et l'envie. « Je l'ai osé, » telle fut sa devise.

Notre grand réformateur Zwingle, né en 1484 à Wildhaus, lui ressemble beaucoup. C'était lïh esprit plus cultivé, plus noble que Luther et qui ouvrit son intelligence aux grandes idées libérales du christianisme. Respectant les droits de la raison, il n'enfermait pas la nature du chrétien dans une lÀche souffrance, mais lui imposait les devoirs de l'honmie et du citoyen. Lui-même se fit tuer courageusement esi défendant ses principes républicains à la bataille de Cappel (1531).

L'opposition contre l'ordre établi se développait en même temps dans les classes populaires.

Cependant les vieux professeurs des universités restaient fidèles à leurs arguments scholastiques et ne se donnaient pas la peine dépenser par eux-mêmes, intéressés d'ailleurs à la défense d'un système qui les faisait vivre. A Ingolstadt c'était le maître en discussion, Jean Eck qui donnait le ton; h Cologne, le professeur Hogstraten. Les moines de tous les ordres cherchaient à s'opposer aux novateurs. Mais les hamanistes, loin de se laisser intimider, lancèrent pamphlets sur pamphlets.

Un professeur de littérature de Tubingue, Henri BebeL déjà connu par de piquantes satires contre le vieux sys-

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