RENAISSANCE
tème publia en 1506 dans ses facéties, écrites en latin tout an recueil d'anecdotes populaires contre le clergé.
Je venx en citer une seule, afin de montrer quel était alors l'esprit du peuple allemand. Un jour, les religieuses d'un couvent, pour récompenser un franciscain des beaux sermons qu'il leur avait faits lui permirent de coucher dans le dortoir de la communauté. Mais voilà que la nuit on l'entend s'écrier à plusieurs reprises, non! je ne le ferai po^. Interrogé par les nonnes sur le sens de ces paroles, il répond qu'une voix du ciel lui ordonne de recevoir auprès de lui la plus jeune d'entre elles et qu'il naîtra de leur union un évèque. On lui amena aussitôt la plus jeune des religieuses qui ne céda pas facilement. Au bout de neuf mois, elle donna le jour à une petite fille; le joyeux moine répondit que le ciel avait voulu la punir de sa résistance.
Ces historiettes ne sont pas toujours si inoffensives et s'attaquent parfois aux personnes divines elles-mêmes, sans beaucoup d'esprit, il est vrai.
On ne pouvait laisser passer de telles attaques sans y répondre, et la guerre littéraire s'alluma de toutes parts. Les clercs furent parfois maladroits; à Strasbourg, ils se donnèrent le ridicule de citer devant le pape l'humaniste Vimpfeling, pour avoir soutenu que saint Augustin n'avait pas porté de froc. La lutte de Reuchlin contre les Dominicains de Cologne fut plus sérieuse, bien qu'elle s'appuyât sur un objet de mince importance. Un juif converti, Pfefiferkom, avait demandé à l'empereur. Maximilien que l'on brûlât tous les livres hébreux autres que la Bible. Reuchlin, con* suite là-dessus, confondit le juif renégat et les fanatiques de Cologne qui le soutenaient. On échangea force pamphlets de part et d'autre, jusqu'à ce que Hogstraten, en sa qualité de grand-inquisiteur, accusa Reuchlin de sorcellerie et le cita devant la cour de Mayence. Tous les gens d'esprit, et ils étaient nombreux alors en Allemagne, élevèrent la voix en faveur de Reuchlin. On publia surtout contre les moines.
en 1516, une satire célèbre, les lettres des Obscurantistes (1} que Ton attribue à la collaboration de Hutten, de Pierre Eberbach, de Krotus et dlHerman de Nuenar. Elles provoquèrent un fou rire dans toute rAllemagne, succès qu'elles méritaient par leur forme burlesque. Biles sont censées adressées à un théologien de Cologne, Ortain Gratias et écrites dans un wai latin de cuisine. Après ce pamphlet, Pirkeimer adieva la déroute des scholastes par la vigoureuse logique de son Apologie de Betichlin, bientôt suivie du Triomphe de Heuchlin.
(1) EfiiUdœ virorum obscwrorwn.
RéFORME, RÉVOLUTION ET RéACTION
État politique de r£urope au commencement de cette période. — Tentative infructueuse de réforme politique. — Luther : théologie luthérienne. — Heureux débuts de la Réforme : Luther et Charles-Quint. — Tendances révolutionnaires de la chevalerie et des paysans; chute de la Hanse. — Politique luthérienne. — Régénération du catholicisme : Jésuites. — Guerre de Trente Ans.
Voici quelle était à ce moment la situation politique de l'Burope. L'Italie, bien que morcelée, offrait toujours une ri<Ée proie aux conquérants étrangers. Encore belle dans sa raine, elle charmait le monde civilisé par Téclat de la littérature et des^arts et régnait sur les masses par l'autonté pontificale. Le Saint-Siège était alors occupé par un Médicis, Léon X, qui orna les galeries du Vatican des peintmea nragniSques de Raphaél. Le reste de la péninsule était govmné par des princes qui répondaient tous au portrait idéal tracé par MacdnaTel, de son pinceau diabolique. Au iHXd, dominaieQt les républiques rivales de Gênes et de Venise dirigées, surttmt la dernière, par une aristocratie babUe dans les roses de la diplomaetie.
fin Espagne, après la prise de Grenade, la main de fer ^ b royauté, secontlée par les trîbmmuz de llnquisitioD,
réunissait les provinces en un seul État. La nation, privée de ses libertés intérieures, se portait vers les conquêtes transatlantiques, attirée par le charme des aventures héroïques.
La noblesse française voyait briser son pouvoir féodal par le peu scrupuleux Louis XI et allait fournir la cour des successeurs de ce prince de serviles et immoraux courtisans. L'unité menarchique, complétée par la réunion de la Bretagne et de la Bourgogne, permettra bientôt à François !«' d'aspirer à la couronne impériale et de tenter la conquête de Tltalie.
En Angleterre, les communes, voyant la féodalité normande ruinée par la guerre des Deux-Roses, s'unirent d'abord à la bourgeoisie sous les Tudors, puis à la royauté contre la noblesse, jusqu'à ce qu'elles furent assez fortes, sous les Stuarts, pour tenir tête à la noblesse et à la royauté. Dans les États Scandinaves, les éléments contraires cherchaient à se fondre dans l'union de Calmar qui devait se dissoudre bientôt, quoique le prince Danois Charles II l'eût cimentée du sang de l'aristocratie suédoise. La Pologne, sous Jagellon, continuait à être en proie à cette aristocratique anarchie qui la mènera à sa ruine; la Russie achevait, sous Iwan, de secouer le joug des Mongols. Au sud-est de l'Europe la corruption byzantine finissait avec la prise de Constantlnople par les Turcs qui, guidés par leurs vaillants chefs, passaient le Danube et faisaient expier à la chrétienté la guerre des Croisades, en ravageant la Hongrie qu'affaiblissait l'oligarchie des magnats.
Nous avons vu dans la première partie à quel degré d'affaiblissement l'Allemagne était tombée depuis la chute des Hohenstaufen et le morcellement du pays en petits États jaloux les uns des autres. Les hommes intelligents comprenaient que tout le mal venait du manque d'unité et de h rivalité des princes : « Malheur à vous, princes allemand^ disait Grégoire de Hambourg, malheur à vous, auteurs de *^*~ injustes qui employez contre l'empire le langage des