RÉFORME, RÉVOLUTION ET RÉACTION
sophistes et corrompez le peuple afia de vous asseoir sur sa nuque comme des tyrans despotiques ! Aveugle et folle Allemagne, qui repousse un seul empereur pour te soumettre à un millier de seigneurs 1 » Mais cet appel n'était pas entendu; c'est à peine si, vers la fin du quinzième siècle, commence à poindre la pensée de réformer la Constitution. La petite noblesse j songe, puis les bourgeois et les paysans. L'idée trouva même un défenseur dans la haute aristocratie, ce fut l'électeur de Mayence, l'archevêque Berthold de Henueberg, qui fit accorder aux villes le droit d'assister aux assemblées de l'empire (1495) et d'établir ime contribution générale pour alimenter le trésor de l'État. Tout allemand fdt taxé à im millième de sa fortune comme impôt annuel. Les familles pauvres se réunissaient par groupes de vingt personnes dont chacun payait un gulden par an. Cet impôt était destiné à payer une armée active. Le rêve de Berthold eût été d'établir dès lors une monarchie constitutionnelle; il crut y parvenir en obtenant de la diète un décret qui convoquait le parlement au 1*' février de chaque année, pour statuer sur l'emploi du trésor impérial, qui lui donnait le droit de décider de la paix ou de la guerre, et qui déclarait que toutes les conquêtes appartiendraient à l'empire. Mais ces nouveautés excitèrent moins d'enthousiasme que d'effroi; elles blessaient trop d'intérêts et soulevaient trop d'opposition pour que Maximilien, plus chevalier lui-même que démocrate, et qui, malgré de brillantes qualités, n'avait nullement l'énergie d'un réformateur, ne fit pas échouer le» plans de Berthold. Celui-ci mourut en 1504, emportant avec lui tout espoir d'une réforme politique en Allemagne.
Telle était la situation de l'Europe, lorsque, le 31 octobre 1517, Luther afficha aux portes del'église deWittemberg ses quatre-vingt-quinze propositions contre les indulgences et ceux qui en faisaient trafic.
Marthin Luther, né à Eisleben de paysans saxons, dans la
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nuit du 10 au 11 n<y?embr6 1488, ét&H doué d'une rare té» fiacité. Tombé à la suite d'une maladie dans une mélanoo^ lie farouche, il se décida à prendre le froc, résolution <|ni pèsera sur sa vie et gênera 0es allures. En sa qualité de moine, il resta étranger au mouvement de renrâssanee IH^ téraire, n'eut jamais de goût pour la poésie ni la libre piil^ losophie helléniques, et, quoiqu'il n'entendit rien à la peli^ ^que, s'en mêla beaucoup trop pour le malheur des Allemands. Il n'était et ne voulait êtte ^'un théologien, attaché à la lettre des textes, mais avec une persévérance, une énerve, une conviction indomptables. Grâce à des circonstances ^vorables, il réussit là où tant d'espritsplus éminents avaient échoué. La foule suit plus volontiers la médiocrité habile qiii se met à sa portée, que le génie fougueux dont les vues la dépassent. Luther assailli, comme la plupart de ses con-^ temporains, de doutes religieux, crut trouver un solide point d'appui à sa croyance dans la doctrine de saint Aa- ^stin sur le péché originel de Fhomme et sa justification par la grâce. On connaît cette théorie d'après laquelle Thomme, corrompu par la tache originelle, e^ condamné à faire le mal , et ne peut arriver à la félicité éternelle qae par la grâce divine qu'il obtiendra, non par ses œuvres, mais par sa foi en Jésus-Christ et en la Rédemption. Imbtt de ces opinions, Luther ne put s'empêcher de fîôtrir le <!ommerce des indulgences; il fut entraîné par l'ardeur de la lutte à attaquer la hiérarchie sacerdotale, Tautoritê du pape, l'adoration des saints (1), le célibat des prêtres; il ne s'arrêta qu'au texte de la Bible. On ne comprit pas d abord toute la portée de sod attaque; les humanistes la prirent rpour une pure dispute scbolastique, et Hutten se réjouissait de voir les moines se manger entre eux. Ce ne fut que plus tard, en I519, que Tàffaire prit un tour sérieux, lors*
(1) L'auteur allemand paraît ignorer que le catholicisme nWon l^at les saints, mais les vénèrt^ ce qui n'est pas la môme chose.
(NoU du traducteur.)
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REFOttBlB) iCÉVOLUnON ET KBACmON 207
qae, <lans la. controverse de Leâpaig, Luther défendit se» opimans contre Eck, et SQrt<»it lorsqu'il publia ses deux l^Kxâiares : A lanobleise chrétienne et De la€aptik)Ué ée Baby» hne, où il traitait la papauté d'éUl^iascoieAt du diable. Sa oaHse devint alors nalioMde; le vieux levain de la haine sÉi^nande contre Romelermenta de toutes parts. Le» oesurs hMtirent d'enthou^asmeen onéondant la moine de Witteuiherg invectiver réteraelle ennemie en: langue v«dgaire. Ce sera la gloire du réformateur d^avoir écrit ses livres dans le ptos pur allemand; il leur donna ainsi uae immense popu- Itrité. En Tiûn Eck obtint contre lui en 1520, une buile d'excommunication ; Luther la bpAla publiquement en prô* seDce de Fum^ersité de Witten^erg et toute la nation ap^ phmdit à sa révolte. Dès ce jour rAllemagne était déli* Tfée de Rome si le souverain Feût voulu. On conqiiait peur cet heureux coup sur le petit^ls^de MaximiMen, le jeune Charles-Quint, dont on espérait une réforme politique et religieuse. HutCen déplo3^ une infatigable activité pour préparer Topinion publique et aplanir les voies À rempereur ; il lança un pamphlet véhément contre les abus^ de la papauté : « J'ai commencé , y di8iit41, par écrire en ktin, mais à présent j'écris à la patrie. Dissipons à la iu« mière de la venté la fumée qui aveugle notre nation. Cou rage, pieux AHemands, les armes ne manqueront pas si nos paroles de paix n'atteignent pas le but. »
La force des dioses déçut bientôt ces fières< espéiaiuïes. Gbarles-Quint ne se montra pas à la hauteur d'une telle situation; Espagnol croisé de Bourguignon, il n'aimait ni l'Allemagne ni sa langue, et n'avait aueune sympathie pour la cause qui faisait battre le coeur du pays dont il portait la eouronne. Il avait d'ailleurs besoin du pape à cause de se& dSérends avec François I«r au sujet de l'Italie; il se {uro- BOQça contre le mouvement. L'électeur de Saxe obtint po«irt»tde lui qu'il entendit Luther avant de le frapper. Celuici reçut un sauf-conduit pour se rendre à la diète de Worms^
Comme on lui fait craindre le sort de Jean Huss : « J'irai, s'écria-t-il, y eut-il autant de diables qull y a de tuiles sur les toits. » Pendant le voyage , il composa le cantique : « Une citadelle est notre Dieu I » qui devint le chant de combat des protestants. Deux jours durant, le 17 et le 18 avril 1521, le pauvre moine défendit sa doctrine avec courage : « Qu'on me réfute avec rÉcriture*Sainte, disait-il, sinon je ne me rétracte pas. Me voici, puisqu'on Ta voulu, et que Dieu me vienne en aide ! » Son énergie ne put triompher de la politique de Charles-Quint ni Tempécher d'être mis au bau de l'empire. A son retour, il fut enlevé par les ordres de Téleoteur et conduit au château de la Wartbourg d'où il lança sur FAllemange sa traduction de la Bible en langue vulgaire et son pamphlet contre le célibat des prêtres, deux écrits dont l'effet fut prodigieux. Dés lors notre pays se divisa en deux camps ennemis; des princes et des villes adoptérent la réforme; les autres restèrent fidèles à Rome. La petite noblesse et les paysans voulurent faire de cette querelle théologique ime révolution politique et sociale. L'aristocratie se voyait menacée par le rapide accroissement de la puissance impériale. Un de ses représentants, le chevalier Franck de Sickingen, amî de Hutten, organisa dans son château d'Ebernbourg le premier rite évangélique et tenta contre Téleoteur de Trêves, en 1522, un coup d'État qui eût pu réussir, si Luther avait consenti à lui prêter le secours de sa popularité. Mais soit qu'il ne voulut pas sortir de la question religieuse, soit qu'il se méfiait de la chevalerie, il refusa. Sickingen livré à ses seules forces périt en défendant son château de Landstuhl contre les princes alliés du Palatinat, de Trêves et de Hesse (1522). Quelques mois après, Hutten qui s'était enfui en Suisse, mourait à trente-cinq ans, renié par le lâche Érasme, dans un asile que Zwing^e lui avait ménagé près du lac de Zurich. Ainsi se brisa le plus noble cœur qui eût jamais battu dans une poitrine d'homme.