‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 22 sur 43 · RBFORMK, REVOLUTION ET RÉACTION · texte numérisé non relu

RBFORMK, REVOLUTION ET RÉACTION

Cependant Tentreprise avortée aux mains de la noblesse, allait être reprise par les paysans, qui, écrasés d'impositions et en butte à toutes les injustices, avaient ouvert l'oreille avec enthousiasme aux idées d'égalité et de fraternité que t la nouvelle doctrine. Ils n'avaient pas attendu ment pour se soulever. Ceux de Wurtzbourg en ceux d'Alsace en 1502, et ceux de Wurtemberg en avaient arboré l'emblème de YAtliance du soulier; 525, leur révolte se généralisa et prit un caractère na- . Ils s'adressèrent à Luther et crurent pouvoir compter lui. Mais ce théologien était d'avis que si l'honmie de idition ordinaire n'est pas chargé de fardeau, il devient pétulant; il approuvait hautement le servage et prot une profonde horreur pour les moyens violents, quand ils sont employés par l'inférieur contre son périeur. Loin de répondre à l'appel des paysans, il leur nseiUa de s'adresser à la concience des princes pour obtedes adoucissements à leur sort. De tels avis n'étaient as faits pour apaiser la querelle et le feu qui couvait sous cendre fut bientôt attisé par un utopiste, Thomas Mund'Altstaedt, dont le regard, bien qu'offusqué par des s apocalytiques, avait sondé partout les profondes nces, les aspirations secrètes du pauvre. Il avait au véritable amour pour le peuple, et son plus grand .'ignorer l'art de la guerre; il expia ses erreurs par Après lui le soin de diriger la révolte échut à Hipler, autour duquel se groupèrent Balthazar, er, le pasteur Schappeler, Georges Metzler, et quelprésentants de la chevalerie, tels que Florian Geier et Goetz de Berlichingen. Au printemps de 1525, les paysans publièrent un manifeste plein de sagesse et de modération, <iaiis lequel ils réclamaient une complète réforme politique 6t sociale, le droit de nommer leurs pasteurs et de les révoquer au besoin, l'abolition des dîmes, la suppression du *firvage et des privilèges nobiliaires de chasse et de pêche,

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9iQ LA.SOCIBTÉ BT LBS MŒUBS AZXSMI^KDES

]& restitutionpaiODOOiniiiunes des forêts et des champs qu'on • iear aTait inJHStemait onleyôs. Leur conclusion porte bien la marque de Fespiit r^gieux de l'époque; ils y dissuent içu'ilfl ne rerendiqueraient pas Texéeutioa de tout aitiale dont on leur prouverait que le sens ne se tax>uy«it pas dans i'ÉcritiH^-Sainte. Ils ne faisaient donc pas appel à la forée brutale,, et ce ne fiit qu'^i désespoir de cause qu'ils prirent les satnes. (kàoe À l'idée de réfonne religieuse qui leur servait de di«peaU) les commenc^nents de leur réTolte forent assez heureux. Mais le terrible jugem^it qu'ils ût&ii subir au eomte de Helten^ein et à quatorze gentil^ifOmmes, reto^ma contre eux l'opinion publique. Luther,, abandonnant kl neutralité, lança son furieux pamphlet : C(m^re les bandei de paysans brigands et assassins, où il disait : « Il faudra se jeter sur eux, les égorger en public ou en seeret comme des chiens enragés. » I^es princes n'avaient nul bemin éb ces cruelles excitations; déjà ils s'armaient en masse e« amenaient leur artillerie, tandis que les payans laissaient échapper le moment favorable, et au li^i de s'organiser, de discipliner leuxs troupes, de se donner un chef dont l'autorité en imposât à la foule tumultueute, rédigeaient une constitution de l'empire I On se croirait en 1848. Cette première tentati^ de réforme constitutionnelle excite, au point de vue historique, un certain intérêt, et prouve ehes les paysans beaucoup de patriotisme et d'intelligeuioe pour leur temps; mais que pouvaient la justice et le droit contie les canons et les mercenaires des princes? Les champs de bataille de Frankenhausen, de Wurtzboui^ et de K<»nig9hofen se couvrirent des cadavres des révoltés. Ce qui avait survécu périt dans les supplices, et la démocratie allemande ainsi que la réforme, perdirent le meilleur de leur sève. Luther craignant pour son œuvre le contre-eoup de cette défaite, s'empressa de démontrer que le mouvement révo*lutionnaire n'avait rien de commun avec sa doctrine, et que la liberté évangélique, préchée par lui, ne visait nulles

ment àla liberté politique et tooisde. Il iasista sur le dogma cànêUen de la souwlssiaa à. rantorité établie, justifia même le despotisme comme imposé par le caprice diviu. Dana ua de ses sermons, il allait jusqu'à dir« : « Quand on dit 2 et & font 7, il est juste qu^ la raison racoepte; mais si l'autorité dit : 2 et 5 font 8, il faut le croire, malgré la raison*)» S'-adressantea,U524 À ceux qui étaient j^isoaniers, U les engageait à sui^^ter avec résignation leur captivité et à ne pas essayer d'en soctir. Telles furent les paliaodiee qui lu» assurèrent la faveur de ranstoeratia allemande*

On peut dire que Tautocratiades princes a pris sa source dans le luthérianisme , quoiqu'elle ne se soit organisée qu'après Riehelieu et Louis XIV qui servirent de modèle* Combien ils devaient se réjouir d'exU»ndre professer dea doctrines aussi énervantes que celles-ci : a Uu chrétien doit souffrir sans se plaindre; il doit ne tenir à rien dans ce monde, le trésor du ciel lui suffit. -«-.Le chrétien doit se laisser écraser palienament; pour lui la gloire sur cette terre est dans le martyre. » Si vous ajoutez à eela que lea princes avaient par le pillage des biens du cleegé considéra^ hiement accru leurs terres et leur trésor^ ,vou3 compsendcez. plus faxiilement pourquoi ils adoptèrent le» idées nour velies.

Luther, de son côté , commençait à affirmer le carae» tke intglérant et despotique de sa théolo^, traitant de de ttifle fou et devUain'mmewr quiconque déclinerait, comme Karlstadt, son infaillibilité. Au colloque de Marbourg, eu 1529, vaincu par la puissante dialei^que de Zwingle, le réformateur de la Suisse, il repouesa l'interpi^tation rationlelle que celui-ci donnait de la sainte Cène, et lui dit ; t Vous n'iétes pas pénéM du véritable esprit ! » Tous le» petits papes, nés de son inspiratîMi, se montrèrent intolérants comme lui et également serviles vis à vis les grands delà terre. Aussi l'honnête Sébastien Franck ne pouvait-il s'empêcher d'écrire dans la préfaee de son fitore<tmûMf»Z

« Autrefois on jouissait d'une liberté bien plus grande pour flétrir les vices des princes et des seigneurs. Aujourd'hui à on ne les flatte pas, on est traité de rebelle, n

Quelle pitié ! Voilà donc où avait abouti ce mouYement dont les esprits généreux attendaient la renaissance de l'Allemagne f

Cependant le luthérianîsme se répandait et s'établissait peu à peu, profitant des embarras qui empêchaient l'empereur de le réprimer. Les démêlés que depuis 1526 Charles- Quint avait avec le pape, le rendirent même coulant sur la question religieuse. A la diète de Spire (1526), il consentit en attendant un concile général, à laisser les choses dans le statu quo. Mais en 1529, effrayé des progrès que faisaient les nouveaux religionnaires, il les mit hors la loi. Cinq princes et quatorze villes protestèrent contre cette décisioD, qui leur valut le nom de protestants.

En 1530, après avoir imposé la paix en vainqueur an pape et au roi de France, Charles-Quint vint en Allemagne avec l'intention de faire cesser la division de l'Église et d'écraser les protestants. Leur CredOf rédigé par Mélanchton et approuvé par Luther à Augsbourg, ne l'aurait point arrêté, msds il recula devant la ligue signée par les États prêtestants à Smalcalde en 1531, et qui s'était rapidement étendue du nord au sud. Après un infructeux essai de conciliation à Ratisbonne en 1541, et la convocation à Trente d'un concile œcuménique auquel les dissidents refusèrent d'adhérer, il fallut avoir recours au sort des armes.

Forcé de fuir d'Inspruck devant la ligue surexcitée et commandée par l'électeur de Saxe, l'empereur signa 1& paix de Passau (1552), favorable aux protestants, et surtout aux princes. Les malheurs du siècle suivant nous montreront quels devaient être les fruits amers de cette transaction^

Pendant toutes ces dissensions , le catholicisme aval*

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tâché de se régêaérer sans abolir la hiérarchie sacerdotale, et en se pliant aux transformations que réclamait l'esprit du temps. Le produit le plus important de cette tentatlTC, fat l'institution des Jésuites qui prit naissance en Espagne. Fondée par Ignace de Loyola, la société de Jésus devint bientôt entre les mains des papes le bouclier le plus solide qu'ils opposèrent aux attaques des luthériens. Les décrets ducon* cile de Trente déclaraient à Thérésie une guerre sans trêve ni merci, que dirigèrent les Jésuites, appuyé sur la puissance espagnole. Malgré l'insuccès de l'expédition que Philippe II lança contre l'Angleterre et l'avènement au trôna de France d'Henri de Béam, ils poursuivirent leur œuvre qui visait à faire du globe un seul État gouverné p>ar le pape, qui n'eût été lui-même qu'un instrument docile entre les mains de l'Ordre. Ils combattirent le libre examen, aidèrent l'autorité à retenir les peuples sous sa dépendance, attirèrent à leur cause les grands, les riches et les gens d'esprit à la faveur d'une morale qui, par ses restrictions et ses cas de conscience, flattait les vices et absolvait les dimes, et gagnèrent même la reconnaissance des pauvres en leur procurant les moyens de subvenir à leurs besoins matériels.

Leur organisation était admirable. Aucun général ne commanda jamais à une légion d'hommes plus soumis, mieux disciplinés; aucune armée ne fut conduite avec un art plus savant. Le jésuite pouvait, dans l'intérêt de son ordre, être diplomate^ savant, artiste, guerrier, marchand, professeur, tantôt ligué avec les rois contre le peuple, tantôt avec le peuple contre les rois. Ils entassaient d'une main avare les trésors qu'ils répandaient ensuite avec libéralité. Ils traversaient les mers, franchissaient les déserts, affrontaient mille dangers pour aller prêcher l'Évangile aux Indiens, aux Chinois, aux Japonais, et cueillir aveo enthousiasme la palme du martyre; d'autres, à la tête des armées, dirigeaient la croisade contre les hérétiques; d'aa-

S14 lii^ aOOléXB BT LES MŒURS ALUOIANDES

très maniaient dans rAmèrique du sud la cognée du bùcÉeron et la bêche du planteur, fondant un État nouveau dans les foDÔts inextricables. Tout servait à leurs desseins. Un jésuite savait passer des nuits courbés sar de vieux manuscrits, glisser avec une gracieuse aisance sur le parquet des palais, respirer Tair empesté des la£areths, visiter m sortant du cabinet d(^ d'un souverain, le bouge infeit d'un lépreux, et au retour d'une exécution où quelque sorcière avait été brûlée, débiter dans un cercle de eourUsans des propos fins et spirituels. Il prenait tous les r^es, endossait toutes les opinions, était partout chez lui, n'ayant plus ni patrie, ni famille, ni amis, ne voyant que le bien ée Tordre pour lequel il mourait avec bonheur. Non, jamais l'esprit humain n'inventa d'instrument mieux perfectionËé. La réaction catholique s'exerça dans les contrées du sudouest de l'Europe poidànt la seconde moitié du seidèoae siècle, et ne pénétra qu'un peu plus tard ;eni Allemagne, où les protestants se divisaient en luthériens et en calvinistes. Elle n'y fit pas d'abord de grands progrès, grâce à la tolérance des empereurs Ferdinand et Maximilien II. La awrt prématurée de ce dernier (157«) prince doux et. éelairô, fW un malheur d'autant plus grand qu'il eut pour suocesseors ses deux fils incapables, le sombre et mélancolique Rodolphe et le sinistre Mathias. Sous leur règne, la lutte s'aceentua entre les deux partis religieux ; les protestants nouèreni des intrigues avec la France et favorisèrent la réunion à oe pays des villes impériales :Metz, Toul et Verdun. A TunioD (1608) qu'ils avaient formée sous les auspices de l'électeur palatin, Maximilien de Bavière, opposa la ligue catholique (16C)9), et toutes deux firent appel à l'étranger. Entre l'Union, soutenue par la France, le Danemark et la Suède, et la ligue, qui avait pour elle le pape et les Espagnols, éclata la guerre de Trente Ans (1618), terminée par la paix de Westphalie, qui abaissa l'Allemagne et en fit le champ ^ bataille des ambitions européennes.

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Cette paix, imposée par l'étranger, réglait la constitution de Tempire, reconnaissait l'indépendance de la Suisse et des Provinces-Unies, réduisait l'empereur à la puissance executive, rendait la souveraineté à la diète et conférait à tous les États la faculté de faire des alliances, soit entre eux, soit avec les puissances étrangères, pourvue qu'elles ne fussent pas dirigées contre l'empereur, ni contre l'empire. La paix religieuse d'Augsbourg était confirmée et étendue aux calvinistes, les protestants entraient au conseil aulique. Bref, tout avait été réglé de manière à briser l'unité intérieure et à livrer l'AUemagne à la division. Pendant ce temps, les Pays-Bas obtenaient l'indépendance et la liberté républicaine, l'Angleterre jetait, sous Cromwel, les solides ibndemeats de sa grandeur, et envoyait par delà TOcéan MB troupes à la conquête du Nouveau-Monde.

Les résultats désastreux du traité de Westpballe ne tardèrent pas à se produire. L'avide ambition de Louis XIV, profitant de rimpuissance où l'Allemagne était réduite, s'empara de Strasbourg et ravagea nos provinces du Rhin, tandis qu'à l'est l'apparition menaçante des Turcs nous forgeait à mendier le secours de Sobieski et de ses héroïques Polonais. Les princes allemands imitèrent à Tenvi le faste et le despotisme de la cour de Versailles; une nuée de tjrranneattx prodigues épuisa les États secondaires. A tous ces fléaux il faut ajouter l'intol^anoe religieose et l'avilissement des trois classes : les nobles se firent courtisans, les bourgeois s'atrophièrent dans le pédantisme, les paysans perdirent toute énergie. Une bureaucratie aussi brute )<$ pour ses inférieurs qu'elle était rampante devant ses supérieure engendra peu à peu ce viee inconnu jusque-là de notre nation, et que l'on a eu raison de flétrir du nom de servilité.

CULTURE MATBRIBLLE ET SOCIALB

Agricalture ; chasse et gibier. — Culture de la vigne ; éducation des arbres fruitiers. — Importation des plantes exotiques ; pomme de terre, tabac, café et thé. — Jardins botaniques, potagers et d'agrément. — Industrie et commerce ; vie domestique et sociale. — Un gentilhomme du seizième siècle; intérieur d'une maisoD patricienne et rurale. — Magnificence des Fugger. — Réjouissances publiques. — État des paysans; mendiants et frères Mérodes. — Chants populaires. — Relations de voyages; hôtels allemands au seizième siècle. ^ Presse et journalisme; caleodriei*s, brochures scientifiques et littéraires.

L'agriculture, source première et base de toute ciTilisation, fit, pendant la seconde moitié du seizième siècle,- des progrès rapides. Elle profita de la secousse intellectuelle que la Réforme avait imprimée à la nation entière et les classes élevé^^ s'occupèrent mieux qu'elles ne l'avaient fait jusque-là des soins à donner aux champs et aux forêts. Oràce à l'idée chrétienne plus largement comprise, on reconnut que le paysan, était un homme aussi et capable, à ce titré, d'éducation morale. On ouvrit des écoles primaires, bientôt supprimées, il est vrai, par la guerre des paysans. L'intérêt même amena les nobles à plus d'humanité; obligés par leurs besoins toujours croissants à des dépenses de plus en plus grandes, ils voulurent tirer de leurs terres

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