CÇLTURB MATÉRIELLE ET SOCIALE
dfi plus gros revenus, et Texpérience leur ayant prouvé qae le fermage était un mode d'exploitation plus fructueux, ils transformèrent leurs serfs en fermiers temporaires ou héréditaires. En même temps la culture des domaines dont on avait dépouillé TÉglise dans les contrées devenues protestantes était confiée à des colons qui étaient employés aussi au défrichement des forêts. Des brochures sur les travaux agricoles étaient publiées (les Sept livres de Fagri' culture parurent en 1580) et des lois réglaieùt à nouveau la matière. Des princes ne dédaignèrent pas de protéger ce mouvement d'émancipation; la femme d'Auguste de Saxe mit elle-même la main à l'œuvre et se distingua dans l'engraissement du bétail. Consultée sur ce sujet par l'empereur Mazimilien, elle lui apprit qu'il fallait donner aux bètes à manger et à boire toutes les deux heures. Toutefois l'Allemagne ne fit pas daas l'agriculture d'aussi grands progrès que le nord de l'Italie où l'on cultivait le trèfle et où l'on pratiquait l'excellente méthode des assolements. Les fureurs de la guerre de Trente Ans étouffèrent les germes du progrès naissant et, lors du traité de Westphalie, la misère était devenue si grande qu'il y avait dans les villages plus de loups que de paysans. Il fallut que le peuple allemand, avec la ténacité persévérante qui le caractérise, reprit l'œuvre détruite et redonnât aux chsîmps leur verte parure. Appauvrie par cette longue lutte, la noblesse témoigna plus d'estime au cultivateur qui la faisait vivre et, à la faveur de cette entente, la vie agricole refleurit vers la fin du dix-septième siècle. On introduisit le trèfle dans le Palatinat en 1665, on inventa la machine à semer, on perfectionna les instruments aratoires et Télève du bétail, bien que la classe aisée s'intéressât encore trop aux animaux sauvages. La vieille passion des Germains pour la chasse avait alors de quoi se satisfaire et de sévères lois contre le braconnage protégeaient sur ce point les privilèges de Taristocratie. En 1517 le duc Ubrich de Wittemberg ordonnait
SI8 Là SOOI^TB BT LIS MOBUItS ALLEMANDES
que Toii œvàt les yeux aux braeoittkrg, et, en I537« ï«- 4dieTèqae de Sattzbetirg ûi coudre «a paysaa ipd &wt tué on de ses eerfe dans la peau de ranimai et le li¥raea p4tore à ses chiens.
La grande diasse était akHrs celle des ours, des daiss, des sangliers, des coqs de bruyère; la cbasse nàoyeane avait pour etie les dievreoils, les maroasdns et ks loops la petite diasse, les renards, lièvres, mnlote, castors, k»- Ires, bécasses, perdrix, etc. Les onrs, les castors, les lynx et les loups étaient encore f(«t nombreux. Ainsi, tia 1680, on prit en trois ans plus de cent vingt castors près d'^m, sur les bords du DaMibe. Le dernier ours tué duis ÏJûkmagne x>ropfein»t dite la fut en 1686, ea Itoiinga. De nos jours cet animal trouve encore pendant Tbiver tm reloge dans les montagnes imsées des Prisons. Les bouquetms disparurent des contrées alpines dès 1060 et ne furent conservés que dans les jardins de zoologie.
Le nonabre des animaux sauvages dwiaiwia oonâdôniblement, par suite de rinunense abattis qui s'en fit an sdzième^ède. Dans le seul éleot(»ra^ de Saxe, on détruisit 800,000 pièces sous le. règne de lean-Frédéric, qm taaiie sa main 208 ours, 200 lynx et 3,583 loups. Mais dès les fiemières années du dix^septième siècle, le gibier était éwesa si rare qu'on payait «m cerf 7 florins, tandk qu'un boni n'en valait que 5 (1). Il «^ vrai que la gverr^de Trente iaSt en arrêtant les progrès de l'agrieidtore, £av(»iM 4e aooveau la multipIi(cation des bétes sauvages. C'est la lâgBe qui souffrit le plus de cet état de dioses. Elle avait, m moyen âge, atteint un grand développement et les provinces rtiénanes exportaient plus de vins que la Fia&oe elle-même. Ha guerre lui ait si funeste que dans le Wurkii' berg seul il en disparut plus de 40,000 arpents. Qoaod la paix eut été si^ée, on se mit à ref^auter, et la» liAs ^
(i) Le florin vaut s fr. 14 cent
«{LTUBE MÂTkfLlELUl BT 80CIAIA S19
Keckar jouiroat bientôt d'une rotation égale à ceux du ¥kkk et de la Moselle. Nicodëine Frischlin les dianta en. .15^ preuve qu'on sarrait déjà les i^>prècier à leur Taleur. £a 1582, Jean Basdi, de Tienne, fit imprimer im traité de. ^fitifialtore où, entre autres originalités, se trouve eette re-* mtkt contée les famées du vin : n Avant de boire du vin^ muge des racines de we&iamef ou bois un bon coup de -M, et tu ne te griseras pas si Yite* Le lierre a la yerti^ ^'empêcher la migraine le lendemain d'une ivtesse. »
IQm était alors le-centre du commerce des vins de l'Aile - .m^OB du Sud; unseul marché en amenait jusqu'à 300 chasM» et parfois la Tente allait jusqu'à 800 tcmneaux p«r jour» la fieaude ne tarda pas à se glisser dans la fabricatias; non-seoleneot on rendait potables par des mélanges ks vinaigres de Bfarc, mais dans le Sud on mêlait au vin tant de cidre que la fabncation de ce dernier liquide fut interc^te. La bière aasai faisait une concurrence fdus dcu^eleose que rimpoctaiicm des -visa itidiens et français ; il fallut en limiter la production par des édits. A Reutlingen on poQ&se même l'intolérance j^stqu'à la proscrire absolument. ^ n'est là qu'un fait isolé de mépris contre la boisson na- ^Oûàïe (bière vient de rang^-eaxon bete, orge). Le livre le 1^ ancien que je rssicontre sur ce sujet parut à Erfùrt sous <^ titre : « Cinq livres du don noble et divin, de l'art admii^le et prédeux de fabriquer la bière par Henri-Kum ^^QttistiQm, docteur 4m éa^çôà. »
La eultnre des Druite ne fat pas négligée non plus et reçut hseneouragements d'Auguste de Saxe et du grand élec- ^ de Brandebourg. Dans le duché de Brunswick on récitait ^ 1591 des coings, des pèches, des prunes, des cert- ^1 des poires et des pommes. En 1620 il parut à Nurem- ^^ nn hvre sur les vergers qui comptait 115 sortes de posâmes, lio de poires, 13 de cmses et 19 de prunes. Aux I^'^^^ts nationaux se joignirent bioitôt les plantes et les ^btes apportés de l'étranger; lesarrasin nous vint darAsie»
2S0 LA SOCIÉTÉ ET LES M(KURS ALLBMANDBS
la graine œillette fut introduite par les émigrés des Pays* Bas qui fuyaient la tyrannie du duc d'Albe; le mais apporté en Europe par Colomb ne fut connu en Allemagne qu'en 1650. Conmie il nous vint par Tltalie, on lui donna le nom de blé italien. C'est à l'Amérique aussi que nous devons la ponune de terre, qui, apportée par le botaniste Closius, ne se répandit que peu à peu et pénétra seulement en 164^ dans la Hesse-Darmstadt, la Westphalie et la Saxe, en 1647 dans le Brunsvick, en 1650 à Berlin, en 1716 à Bamberg et dans le Palatinat. Les paysans l'appelaient « racine du diable »» t€ fusaient de la cultiver et s'opposaient même par la force i son acclimatation. Eu Poméranie il fallut que le gouvernement employât les baïonnettes pour les décider à accepter cette plante bienfaisante. Le tabac qui, lui aussi, nous vient de l'Amérique, fut sans doute importé chez nous par les soldats de Charles-Quint et fit de rapides progrès à la faveur des jouissances sensuelles et imaginaires qu'il procure. On le fuma d'abord comme un remède auquel on attribuait mille vertus, s'il faut en croire un traité de botanique publié en 1656. On y lit, en effet: « Le tabac fait éternuer et dormir, purifie le palais et débarrasse la tète, guérit les douleurs et la fatigue, apaise les maux de dents oi les Xîrampes de matrice, préserve de la peste, chasse la gale, prévient la gangrène, ferme les ulcères, les hernies et les plaies. » L'opinion contraire ne manquait pas non plus de partisans. Le roi anglais Jacques !«' écrivit plusieurs livres contre les fumeurs, et le clergé allemand lança ses foudres contre ceux qui « de leur bouche faisaient la cheminée du diable. » Un édit sévère de 1661 ajoutait aux dix conmiandements cette onzième prescription : « Tu ne fumeras pas. » Mais ces défenses ne tinrent pas longten^>s; l'État qui avait trouvé dans la culture de cette plante de grandes ressources financières en favorisa le développement. Elle fut récoltée en . Bavière dès 1681, dans le Palatinat et la Hesse vers 1697. Originaire de l'Arabie heureuse, le café passa de là eo
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Egypte d'où le commerce l'apporta à Constantinople ; an ambassadeur de Mohamet IV l'introduisit à la cour de Louis XIV. Le médecin voyageur Rauwolf en a parlé le premier chez nous en 1582. Plus tard (16^7), Adam Oléarius racontant son voyage à la cour du calife d'Ardebil, dit de ce prince: <t Le tabac était une très-grande jouissance pour loi; il l'aspirait au moyen de grands tubes en verre tout en buTant d'une infusion chaude de Cahowé, qui doit être un remède contre la luxure. » Le premier café s'ouvrit à Londres en 1652, à Marseille en 1671, à Vienne en 1683, à Ratisbonne et à Nuremberg en 1686, à Hambourg en 1687, à Ângsbourg en 1713.
Le thé vint de Chine en Allemagne apporté par le médedn de Brandebourg Bontekœ, si fanatique de cette boisson qu'il soutint dans une brochure qu'il fallait, pour se bien porter, en absorber 100 à 200 tasses par jour. En même temps les plantes médicinales exotiques étaient cultivées dans les jardins botaniques. Celui de Kœnigsberg fut créé en 1551, celui de Leipsig en 1580, celui de Breslau en 1587, celui d'Heidelberg en 1597 et celui de Wittemberg en 1711.
Dans les jardins potagers, on rencontrait au commencecément du dix-septième siècle, des choux, des navets, des betteraves, des radis, du cresson, des citrouilles, des céleris, des oignons et des choux-fleurs ; dans les jardins d'agrément, lesyeuxetrodorat étaient charmés par l'anémone, la violette, la rose, la jacinthe, le lys, l'œillet, le pavot, etc. Le goût des fleurs qui nous était venu d'Italie fut vicié par la manie hollandaise des tulipes, puis vint la régularité monotone des jardins français, avec leurs allées droites, leurs plateshandes géométriques et leurs bosquets sans ombre ornés de froides statues mythologiques. Une importation plus heureuse fut celle des oiseaux de luxe, des chats d'Angora, des poissons dorés. Les oiseaux des Canaries se multiplièrent rapidement et devinrent pour certains cantons du T3rrol l'objet d'un trafic sérieux.
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ÀTec les progrès de fagricuititre, on doit an sel2lèiiie siècle un progrès parallèle dans les Renées et les inventim» mécaniques qni favorisa les tfaranx des mines, les arts et la navigation. Bientôt, il est vrai, la découverte des Inctes et «elle de r Amérique déplacèrent le monopole du commeMCi Ce fut une perte que l'Allemagne essaya de réparer en oo»» vrant de nouvelles routes à ses produits.
Quant à la vie sociale, elle ne se transforma qu'an moment où les mœurs de la cour de France y pénétrèrent Nous pouvons cependant prendre idée des mœurs qui régnaient alors par le dialogue de Hûtten intitulé : Lei
Le Soleil et Phaéton contemplent l'AUemagne du haut des cieva. Les regards de Phaéton s'étant arrêtés sur la diète qui se tint à Aogsboui^ em 1518, il demande à son père «e que signifie cette réunion. Le Soleil répond qu'elle «st destinée à conseilla les princes et les peuples allemands.
€lkaéton. Oh! quel conseil! Est-ce donc l'habitude eo temps de paix que l'on délibère en état d'ivresse oomme pend£uit la guerre et le combat?
Le SoieiL Assurément. Vois comme ceux qui ne sont pa& ivres et qui vaquent aux afiaUres sont méprisés de leuis compatriotes et traités d'étrangers*
Phetéton, Dieu! qiiel bcuit4 quel vacarme, quelle orgie I »
Et plus loin il ajoute :
« Je vois des hommes et des femmes qui se baignent ensemble; sans doute ce n'est pas en tout honneur.
Le SoleU, Mais si.
Fkaéton. ^ les vois qui s'embrassent.
Le SoleiL Certainement.
Fkaèton* Et qui s'enlacent joyeusement.
Le SoleiL Ils s'entendent probablement pour passer la nuit ensemble. s>
Le noble allemand qui ne se transforma pas en courtisas
«0iviWB uhTiaagLut bv seoi^ut 229
ftmçBàs reste loii^:teBq;is Mieore niarqué de la rouiUe du mojea à^e. Il ^ivaildMEk&toa eMteaa-fott» se MTraat au brigaBdagee&il'iwof^iem. Lefransaks dm quitt£ièmesièelesi>ni r«Biplies <k ses tm4es ex^lo^Sr E& U»20 Thomai d'Absperg^ sejeta, tvaKreusemeat si» le eomte JoacMm d'Oettingea; ea l&ll le eoiate Fétix de W^rdeafoerg assassina Aftdré ém Seimebepg. On paarrait citer des ceaiaiitô^de faits pareils*; parfois l'orgie se terminait par une catastrophe épouvantaàle comme û arriva à Waldenitonrg -em 1570. Une société jejense s'était imaginé^ pour lé^r gai^nent le carnaval, de ss masquer, les damesen aages^ les ittessieurs en démons. Le dégHiseinent s'était fak avec du ehaarrve et de la ré»ne. Uaeétineelle étan^ tombée sur u» de ces dangereux costor mes, la flanune se oommoniqua ra{n<isiBait aux autres^ Devx des masques restant enr le carreau et plusieurs au-' très forent borribiement brûlés. Les Mémoires de Gœtz de B«rlicfaingen qui datent de la Réforme, témoignent encore d'une vie franchenieni gaie dans la diatalerie, mais le jour* nal de Hans de Sidi^weiai^ieny qui e^ de la seconde moitié di sdâème siècle^ nous introduit dans une société noble otitout resi^re une paavreté mesquine^ une grossièreté l»rutaie. C^ioiqu'il fût «i peu eo«iPtiaaBy il [débute par une pro* fesnen de foi complète, ce qui prouve combien la tbéolo^e préœeuput les protestants et s'était ^aparé de toutes les ima^^tioi» (1).
Yoiei en quels termes Sebireinidien nous décrit Texistenoe d'im nc^le allemand: a Quand j'eus atteint Tàge de neuf ai8,f allai cbez un malice clerc du village pendant deux ans pour a{^rendre à lire et k é<^ive. Au retour de Técole je gardais les oies. Page à la cour de liegnitz, j'ai reçu en
(1) Nous pourrions encore citer comme preuve de cette préoccupation, le gentilhomme de Klotz, qui, condamné par le tribunal ecclésiastique à se tenir pendant trois dimanches à la porte de Téglise, en habit de pénitent, pour un meurtre commis dans un accès de colère, s*exécuta malgré les cris d^indSgnation de la haute société.
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deux ans sept thalers (1) environ de mes parents. » A douze ans, son père rhabilla de futaine ponr la première fois; à quatorze, on l'envoie à Técole supérieure de Goldberg ayec deux thalers qui lui paraissent une fortune, vingt-deux groschen (2) pour les livres et un béret en velours. % En 1567 mon père m'acheta ma première épée qu'il paya 34 groschen. Trois ans plus tard, je me mis à faire la cour aux jeunes filles. De retour chez moi en 1570, je surveillai le moulin et la pêcherie et je réglai les comptes des gens de la maison et des batteurs de blé. » En 1573, il suit le duc de liegnitz à la cour de Mecklembourg. « A ce voyage, j'acquis une grande renommée par la grande quantité de bcHsson que j'absorbais, d Un siècle plus tard, c'était encore une gloire de boire beaucoup, et nous voyons un grand chambellan de Brandebourg engloutir à son repas dix-huit mesures de vin. Les dames elles-mêmes ne dédaignaient pas le bonvin, tandis que celles de la cour d'Elisabeth d'Angleterre déjeûnaient avec des harengs et de la bière.
Veut-on savoir quelle était la sobriété dont on usait à la cour d'Ernest le Pieux, l'une des plus polies pourtant de l'Allemagne? Le règlement de cette cour en son neuvième paragraphe disait: « Notre épouse aura pour son déjeûner et son dîner autant de vin et de bière qu'il lui plaira ; pour les demoiselles nobles, elles auront chacune quatre mesures de bière à déjeûner et trois à dîner. » Pendant tout le seizième siècle, à c6té des buveurs célèbres se distinguèrent des buveuses non moins renommées, entre autres la com- * tesse Anna de Holberg, abbesse de Quedlinbourg et la princesse Anna de Saxe, fille de l'électeur Maurice.
Schweinichen décrit de la sorte l'épilogue d'une fête à la
(1) Le thaler vaut 3 fr. 75 cent.
(8) Le groschen ou gros vaut environ 6 centimes.