‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 24 sur 43 · OULTURB MATERIELLE KT SOCIALE · texte numérisé non relu

OULTURB MATERIELLE KT SOCIALE

cour de Meklembourg. « Les jeunes gens indigènes dispa* mrent peu à peu de la salle de bal avec les jeunes filles. Nous n'étions plus que deux couples quand une nouvelle danse commença ; après quelques tours, celui-ci disparut aussi dans une chambre voisine. Je le suivis. Jugez de ma surprise en voyant dans un lit deux jeunes gens et deux jeunes filles. Le couple qui me précédait se jeta également dans le lit.

» Je demandai à ma danseuse ce que nous devions faire. Elle me répondit que, selon la coutume mecklembourgeoise, je devais venir me coucher auprès d'elle. Je ne me laissai pas longtemps prier : dépouillé de mon manteau et de mes vêtements, je la rejoignis dans le lit, où nous continuâmes de causer comme en plein jour. Ils appellent ceDi « dormir ensemble en toute fidélité et tout honneur. 9

Quand les plaisirs fortifiants de lâchasse et ceux plus sensuels de la danse ne suffisaient pas à tuer Tennui, on avait recours aux cartes. L'art de les imprimer était trouvé dès le quatorzième siècle, et le lansquenet est d'invention allemande. Nous devons aux Maures le jeu le plus compliqué de cette époque, l'hombre, qui, introduit en France par François I*', à son retour de captivité, ne passa en Allemagne qu'au dix-septième siècle.

Un coup d'oeil jeté sur la maison de Schomberg dans le Palatinat, va nous apprendre quel était l'intérieur d'une maison noble au seizième siècle. Déjà l'antique simplicité est remplacée par le luxe moderne; tandis que le vieux Schomberg n'avait, en fait d'argenterie, qu'une cruche, six gobelets, deux salières et huit cueillers, la vaisselle d'argent de son fils pèsera 632 marcs. Le premier n'avait de bijoux que deux chaînes en or et six bagues, le second en possédait un tel nombre que la liste des perles tenait seule deux pages. Le père était vêtu surtout de laine, avec quelques vestes de soie et culottes de velours; le fils avait vingt-deux habits officiels complets. De modeste qu'elle était, l'écurie a pris des pro-

220 LA SOCIÉTB ET LES MŒUBS ALLEMANDES

portions princières; les appartements ont recouvert leur primitive boisene de tentures en cuir doré le long desquelles se prélassent des fBiuteuils de velours. Dans labiMiothèque dn père on trouve dix-neuf volumes, parmi lesquels une Bible, un Tite-Live, les oeuvres de Luther et de Méianchtonet quelr ques chroniques; celle du fils renferme les traductions françaises des classiques anciens, les essais de Montaigne, des ouvrages de stratégie, des bibles anglaises ou italiffluies et beaucoup de grammaires de langues étrangères.

Le luxe de la noblesse rurale était pourtant éclipsé par celui des patriciens des villes libres de TEmpire auxquels le commerce procurait d'immenses richesses, avant que la guerre de Trente Ans n'eût tari la source deleur prosp^té. Une des institutions commerciales les plus importantes de cette époque fut celle de la Bourse dont on suit la trace jusqu'au quatorzième siècle. La ville de Brugges étant le rendezvous le plus fréquenté des commerçants, on y choisit one vaste plasce pour traiter les affaires. Sur cette place s'élevait la maison Van der Beurs qui avait pour annoiries trois bourses d'argent, ce qui fit donner ce nom générique de Bourse aux centres de l^afic. L'uns des plus célèbres fut celle de Hambourg, fondée en 1558.

La ville d' Augsbourg brillait alors au premier rang pour la richesse et le luxe; las Fogger y tenaient le haut du payé. C'est dans l'intérieur de ces maisons de commerçants que la vieille bourgeoisie allemande atteignit à l'apogée de sa position sociale, comme elle avait eu son plus haut point éft puissance politique au temps de la Hanse. Un témoin oculaire nou^ en décrit la magnificence en ces termes dans not lettre de 1531. « Quel luxe dans la makon d'Anti^e Fugger; située sur le MaiHshé au vin! eMe est presque partout voâtée^ et soutenue par des pUieats en marbre. Que dire des sallst immenses, des chambres et du cabinet du maître qui res« pkfidit avec ses plafonds dorés et ses ornements? Il est contigû à une chapelle dédiée à saint Sébastien, dont hts

chaises sont de bois préékux et artistem^it travaillé, dont le dedans et le deliors sont ornés de peintures excellentes. La maison de Raymond Fugger, dans la rae de la Sellerie au Trèfle, est également royale et s'ouvre de tons côtés stuf des jar<Mns atagnifiques où se rencontrent tontes les plantes d'Italie, ainsi qu'une superbe salle de bains. Lies jardins du roi de France, à BkMs et à Tours, me paraissent moins beaux. Les portes à Fintérieiir se répondent et font communiquer une eiiarnubre à l'autre. Le premier étage contient plus d'antiquités que n'en possède aucun iMro|H^é|aii^ italieB<w » Plus tard, Hs^is de Scànreiniehen, qui vint à Augsbourg avec son pauvre diable de duc,^fut admis à visiter ces splen* deurs : « Monsieur Fugger, dit-il, fit à sa seigneurie ducale 1«8 honneurs de sa maison, qui est si v»sie que pendant la diète, l'empereur put y loger avec toute sa maiscm. Il lui fit voir une tourelle remplie de bij0ux, de pierres précieuses, de monnaies étrangères et de lingots d'or de la grosseur d'mietête d'bomme. Ce trésor valait ptas d'un million. Dans uoe armoire se trouvaient 200,000 florins de duea,ts et de couronnes. Le sommet de la tourelle était coirvert de beaAix éeus jusqu'au milieu du toit. On dit qae M. Fugger aurait àè quoi acheter un ^npire. »

La plupart de ces patriciens possédaient enr outre des maisons de campagae dont les salles étaient ornées de fresques magnifiques , de cheminées italiei^es , de vitraux peints, de tapis somptoeux. L'arg^atetie ciselée elles verres de cristal brillaient dans les principaux appartemenis. Cave et coiâne étaient luxueusement pourvues et les û^yrs ainsi que la musique égayaient les fêtes de famille. Les jeux ne manfRiti^it pas non plus que les courses et les tournois. Pendant i'biver de magnifiques traîneaux sillonnaient les nues et le carnaval devemût la saison des plaisirs pour tout le mondé.

Cependant vers le milieu du dix-septième »ède la fortune publique déclina rapidement. Augsbourg fut si cruellement éprouvée par la guenre que sa population diminua de plu*

218 LA sooiéré et les mœurs allemandes

de 60,000 habitants. L'industrie et le commerce dépérissant, les gens riches furent réduits à la mendicité et la misère devint générale. Il en fut de même des autres villes. €e n'est qu'en 1650 que la bourgeoisie se releva un peu de ses pertes, sans parvenir à retrouver ni la puissance de la Hanse ni l'opulence des Fugger.

A la paix de WestphaUe, les villes de Cologne et de Berlin, la capitale actuelle de la Prusse, ne comptaient guère que douze cents maisons, la plupart en bois. Les porcs se promenaient encore dans les rues et les courtisans ne pouvaient se rendre à la cour que sur des échasses à travers la boue. L'exemple de Berlin nous montre avec quelle rapidité s'accroissent les résidences royales; en 1657 elle comptait déjà 20><XX) habitants. Le grand électeur y fit percer des rues qu'il embellit d'édifices publics et qu'il ordonna de balayer et dépaver. En 1360 l'éclairage y fut introduit, ce qui n'eut lieu pour Dresde qu'en 1705. Augsbourg eut des pompes à feu dès 1553.

Cependant la cabane du paysan allemand ^tait en proie à une triste misère cpie le héros d'un roman de mœurs, Simplkissimus, nous expose en ces termes : « Mon père avait un palais tel qu'aucun roi n'en possédait de semblable. Il était peint avec de la terre glaise, l'ardoise inutile, le plomb et le cuivre rouge du toit étaient remplacés par de la paille sur laquelle pousse le noble blé. Mon père ne se servit pas de méchantes briques pour élever les murs de son château; il usa des richesses qui lui venaient d'Adam, des branches et du tronc du chêne. La couleur noire de la fumée, la plus durable du monde, décorait les appartements dont les tapisseries, du tissu le plus fin, étaient dues à la fileuse Arachné qui lutta jadis contre Minerve. »

Le costume était à l'avenant, simple et peu «eommode. Pourtant le paysan n'en voulait pas changer, comme nous le voyons par une ordonnance de 1600 que rendit Maximilien de Bavière. Ce prince, en prévision de la guerre de

CULTURB MATÂRIELIiB BT SOOIAtK

Trente Ans, exigeait que l'on adoptât le pantalon, mais les paysans refusèrent de quitter leurs culottes courtes et

étroites.

Quant à l'éducation des enfants, on devine combien elle devait être négligée. Ils grandissaient pêle-mêle avec le bétail et sans plus de soin. La guerre de Trente Ans laissa dans les campagnes des traces désastreuses. Des bandes de maraudeurs (frères Mérodes) traversèrent le pays en tous sens, portant partout le pillage, le meurtre et Tincendie. A ces bandes se joignirent les mendiants, bohémiens, moines défroqués, filles perdues. Une brochure de Tépoque, Uber vagatorum, ne compte pas moins de trente espèces de cette engeance.

On s'occupa davantage de Tentretien des routes et c'est le moment où, dans la Forét-Noire, on construisit ces chemins en bois qui furent imités par l'Angleterre , et donnèrent la première idée de chemins de fer. Mais ce n'était là qu'une ex> ception. En général les communications étaient interrompues par le mauvais état ou le manque de routes autant que par la terreur qu'inspiraient les maraudeurs et les chevaliers brigands. Les distances que l'on franchit aujourd'hui eu un jour avec une parfaite conmiodité demandaient alors des mois entiers. Rien ne saurait donner idée de la lenteur ti des difficultés que nos pères rencontraient pour voyager, cela leur était même impossible pendant la mauvaise saison. Les auberges n'offraient que des ressources précaires qu'il fallait disputer à la brutalité de l'hôte ou à l'insolence de quelque seigneur en voyage. Voici conmient Erasme dépeint en ses colloques les auberges allemandes : « A l'arnvée personne ne vous salue, la dignité ne permettant pas qu'on ait l'air de se soucier de vous. Après avoir appelé plusieurs fois, vous voyez paraître une tète à la petite fenêtre de la chambre voisine de la grande salle, et vous da-

29Ck LA soe^fi m £8S msiiRS allemandes

mandez si Voïê peut vofm loger ; vocw n& restez que si l'on y <»Hisent. D'un mouvement de la umId, on voas indique récurie ; aucun domestique ne vient prendre votre monture que vous devrez soigner vous-même. Dans les hôtels importants, un domestique vous indique la place de votre cheYal, mais les mteiUeuireB^ttoiEt rés^vées aux gentitehommes. Ne vous avisez pas d'ètpe mécontent; on vous répondrait: Si aela ne te convient pas, loge-toi ailleurs. Le foin dans les villes «si, rare et aussi cher que rav(»n«. Votre cheval arrangé^ vous entrez dans Tauberge avec vos bottes sales et vos !»► :gages. La salle chauiSèe sert pour tou» les voyageurs; on ne connaît pas la commodité des chambres particulières oà l'on peat changer d'habits et de linge. Tout cela se fait «n commun. Les habits mouillés sàeiKai près du poêle autoiff duquel vous prenez place. Quand même vous seriez aimé À quatre heures, on ne sert qu'à neuf o«i dix heures et tons les hôtes k la fois. La même ptèee réunit souvent jusqu'à quatre-vingt ou quatre-vingt-dix persoimes; l'un se peigne lei cheveux, l'autre essuie sa sueur, un troi^ème empeste l'ail. Le mélange des^ langages ressemble à celui de la tour •ÙQ Babel. Qu'un voyageur se présente en tenue convenable, to» les regards se portent sur lui conmie sur une bête vemae de l'Afrique. A table même ils vous axent curieusemeat et en oublient ki boire e^ le maniger. Le dîner est servi svff six ou huit tables couvertes de nappes et les convives, sfoès s'être comptés, se placent sans distinction à la si^ les uns des antres. Devant chacun d'eux on apporte use .assiette, une cuiller de bois et un verre, puis le pain. Il fant quelquefois attemire une heure le premier plat. (Inutile de dettander à «e reposer après le repas, tout le monde doit se retirer en mètm temps et se^coucher dans des Hts^dost les draps ^nt p^it-^être servi six mois sans avosr ét6 lavés» »

Les voyages en batea» étaient un peu plus commodes et p]us rapides, d'autant que TÉtat ne s'occupa desreutes(ia'â9

Page 1