‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 4 sur 43 · PRÉFACE DE L'AUTEUR XY · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR XY

que cl^ose de doux et de tendre. N'oublions pas que Tarbre préféré des Allemands ne fut point le chêne austère, mais le tilleul paternel. La chevelure est gêné-» ralemenc blonde ou ch&tain clair; la carnation ^%^ fraîche, le regard limpide et loyal ; le front large et bombé porte l'empreinte de l'indifférence. Tout cela tempère ce qu'il y a d'^inguleux chez nous. Dans le maintien, on remarque un mélange de réserve, de cordialité, de concentration, d'indécision et de docte critique allemand.

Même contraste dans l'être moral. Gœthe fait dire à Faust : « Deux âmes, hélas ! habitent dans ma poitrine! » De là tant de discordes, des luttes incessantçs. On dirait que le génie allemand ne s'accorde pas avec l'énergie et la fermeté. Nous ne sommes pas une nation concentrée en elle-même, nous n'avons pas un caractère national achevé; le peuple français est équilibré; le peuple allemand ne le sera jamais*

Le défaut de l'instinct du beau et de l'amour de la forme plastique produit des effets désastreux même en politique. Un peuple qui aie goût de la forme, — comme le peuple français, et surtout le peuple italien, — ne pourra pas supporter de difformités politiques telle que le fut, par exemple, le saint empire romain.

L'idéalisme est le fond du caractère allemand. C'est de lui qu'est née l'incomparable hardiesse de la pensée allemande, l'enthousiasme allemand pour ce qui est généreux, beau et grand (1); c'est l'idéalisme qui a égale-

(I) J'ai beau chercher dans rhistoire, je ne trouve nulle part trace de cette grande flamme de TAUemagne pour ce qui est « beau et généreux. » L* Allemagne, *au contraire, a toujours profité des malheurs ou de la faiblesse des autres.

(Noie du iraduet^ur»}

XVI PREFAeS D^ L AUTEUR

ment donné naissance à ce large cosmopolitisme qui nous enseigne une noble sympathie et des sentiments de justice envers les autres peuples. Figurez-vous l'idéalisme allemand dans les plus hautes aspirations, — dans la poésie, dans la philosophie, dans Tivresse de la liberté, — et comparez-le à la pédanterie du philistin, du petit bourgeois dont l'horizon s'arrête au clocher de sa ville natale, et voyez le contraste ! A côté de la fleur poétique du sentiment allemand croît l'herbe vénéneuse du particularisme^ toutes les bizarreries et les vices des petites provinces étroites. L'étranger exerce sur nous une attraction ardente, et produit, en môme temps que des germes de civilisation, des germes de ruines et de corruption. Nous apprenons ainsi le mépris de ce qui se fait chez nous. J'adresse ce blâme particulièrement aux femmes allemandes, qui prennent pour leurs modèles le rebut des courtisanes et des cocottes parisiennes; elles les suivent dans leurs toilettes et elles s'en font les caricatures.

L'Allemand aime volontiers la liberté dans le royaume nuageux de ses rêves, mais dans la vie réelle, il est trop souvent un esclave servile, un valet par méthode qu'un poôte patriote a peint dans ces vers :

L'homme est né pour être libre,

Mais rAllemand n'est jamais plus heureux

Qu'en servant des maîtres qu'il hait ou qu'il aime.

Que le dévouement est touchant chez notre peuple, mais qu'il tourne vite en habitude servile I

La politique du « chacun pour soi », qui fait du mot le centre et le pivot du monde, produit chez nous de?

Page 1