‹ La société et les mœurs allemandesChapitre 8 sur 43 · TEMPS PRIMITIFS ET MOYEN AGB · texte numérisé non relu

TEMPS PRIMITIFS ET MOYEN AGB

de k captivité, et, pai* leurs supplications, parvinrent à les ramener au combat et à décider la victoire. Il est vrai que les légendes et les contes populaires jettent un peu d'ombre sur ce tablea:\, en racontant les malheurs causés par Tas* tuce^ la colère^ et l'infidélité des femmes germaines. On lit, par exemple, dans VEdda, le plus ancien monument de la littérature germanique : « Ne te fie pas à la parole de la jeune fille, ni à ce que te dit la femme, car leurs cœurs tournent comme une roue et leur poitrine est pétrie d'inconstance. » De ces témoignages contradictoires, il résulte que nos aïeules brillaient plus par la vigueur et la chasteté que par Tamabilité et la grÀce.

Si Ton veut connaître le caractère intime d'une race, il faut consulter ses idées religieuses. Celles des Germains indiquent la hardiesse et un caractère farouche qui se marqua à chaque pas. Malheureusement, nous n'avons sur ce sujet que de vagues indications. Tacite se contente de dire que les Germains adoraient Mercure, Mars, Hercule et Isis. Nos ancêtres estimaient qu'on ne saurait enfermer la majesté des dieux entre des murs; au lieu de temples, ils leur consacraient des bosquets et des bois sacrés. En interrogeant la tradition orale, il serait possible de retrouver les mythes et légendes du vieux germanisme; il suffirait d'effacer le léger vernis chrétien dont la foi populaire a recouvert le fond païen de ses croyances. N'oublions pas que trois des jours de la semaine portent encore le nom des anciens dieux, Donnerstag, jeudi, le jour de Donar, Freitag, vendredi, le jour de Freia, et Ziestig, mardi, le jour de Zio,

Les apôtres chrétiens s'élevèrent contre ces restes de paganisme, et peu à peu les firent disparaître. Il ne nous est parvenu que deux poèmes altérés et des formules de niagie que Georges Vaitz a trouvés dans la bibliothèque du chapitre de Mersbourg, et qui ont été édités par Jacques

.18 LA SOeiBTÂ^ ET LBS MŒURS ÀLLEtfANDES

Gfimm. Les foramles sont écn^s' em, vîmol dialecte ttuinn* gien; ea* voroi la traduction :

a II fut un temps où {diisieurs feiofises- furent réuaies^ les unes formaient ^des ctoaînes, les autres amrêtewnt l'aF**mée, d'autres eneote^dww^baleBt des li^oB. Rejette tes- lira» ^ etsauve*t<». PhoLet Woda» se sont promenés daas la forêt; le eheral de B&lier' aeir le' pied luié; Slagoot et , Sunna^ sa sœur, lui firent des signes cabalistiques, Frija- et . VoUa égalem^it; après elles, Woda&y qui connaissait^ si. bien le grand mystère de gwôdr le» men^res foi^és^ la»? jan^s cassées, d'UBBrlesaBgau'saiig>, roa'àrosv^commac si c'était soudé. »

On pQjat joindre à ces reliques païennes l'agrafe trouvée à Nordendorf, dont Tinscription a été déchiffrée par C. Hoffinami : « Wôdan apaise^ et caiœe la fiamme; Donar arrête le consbat. i»-

L'importaoee de ces 'documents est très^giande; Ils éta^ blissent Torigine comnïQXie des tribus germaaiqaes et seaudûmves, en procrvant qu'elles avai^a^t leemiêmes mœurs et la même langue, ainsi que les mômes croyioiaes relieuses. Wodan n'est autre qu'Odin, le dîeasiqsrêtBie, la Zens x>u Jupiter tle Id mythologie- seaBdmave; Thonar ou Donar ressemble beaucoup à Thor. La seule différenee^ c'est que la reHgicm scaBidinare est plus complète et plus développée^ que celle de rAllemagne ' qoè end)rassa f^us^ t6t le christîanismei • I/iailleur», Fidée fondameislxle est la même. Il est iarriré pour la religioii^ coomie powr la koignei. Un type unique et commun à toute la race s'est divisé et diversifia à llnfini. Pour retrouver la source prraaière desr religions germaniques, il faxietrait remonter aux Adityas^. aux dieux cosmiques de la religion ^indo^geramuque. Ne pouvant aborder cer hauts sofismetA de la sciâ»e religieuse, nous nous contenterons d'indiquer ce' qu'était l'enseignement reMgieux diez les Scandinaves, et nous exposalons ensuite le culte et les cérémonies des Germains.

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Et tout d'ahoÊÛ, il estijnpMsibied'admattEeqsfr les idées rdÉg^ises de ooftanoèÉtes dèeoaisBè de la eonc^ttion d'un. êàftspiritutl, sêul et vrtiquêi Oe n'est qu'aux :époq«es d'une ciltœre intelleetueil^ très-déifeloppée,, axu&iii (pie 1» prouve fétade de* lliistdrd^ qne k» peofiks se^ foetià l'idée d'un^ soi Di^k De plus, la religton dm .Ariens, seôcb» prenûèro dtla braaafao indo^^nBaonque, n'éèait^elleipas-un polythéisme cosmique? En supposant même que les-Oesmains aient connoMiioé par seTcpiésenler. liopnissaBee supéiieiire soas la fonu vague d^or^eiilélrediM», dësîgiiéi dans tous^ lesr dialectes attemandstsoas le-ni»m:d» Gttlt :(Dieu)^.il est certtÎD que ce seutimeoil dégéiitoatl>ieBl6t en polythéisme, ou, si Ton veut, en un véritable panihéismet. Quand à. la bû&rre hypothèsev q«i consiste à tirer la trilogie indoarienne, Wuotaa^ F¥o el Donar, de la tnnité chtétteone, eBs n'a pu naltm que d'un anadironisme.

La tripie divinité^ germanique n» tarda pas* à; se ncniltiplier, et atteignit bisnté4; le nembte de douafrdÎBuz, dont om retrouve des traws, sinon enr AUemagne, doimoins en Scandinavie.

Wuotan ou Wodan est* le principal dieu des Qemairis, Icl dieu supfème et univerael. Il est à la fois le ciai qui embrasse et soutient ia terre, le soto^'qui réclaire et la féconde, la force oréaltrôe qm fertâise les champs^ la^ puissance qui préside à la guerre et donne la victoire^ Tout sort" de Im et tout y retourne. De' son mmai avec la terre est né un fils*, puissant, Donar à lanbosbe rousse^ — le toraierre, — inifttigaèle protecteur de sa^ mère et dft> ceux qui la oultiveBt, vaillant adversaire des dieux et des hoBunes.

Fro est le dieu du plaisir, le protecteur de la paix, du: mariage et de l'asnour conjugal, ^o est le diem de* la guerre qui fait triompher dans les batailles la volonté de son père. Paltar (appelé dans le nord Baidur], autre ôls de Wddan, est le dieu de la sagesse, de la justice et de l'ék)-

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^ LA SOCléTB ET LES MŒURS ALLEMANDES

quence. Arbitre des lois, il est secondé dans son œuvre par son fils Forasizo, médiateur et juge. Âki est le dieu de la mer et Vol (Ullr) celui de la chasse. On voit qu'ils forment comme une famille et une hiérarchie dont Wodan est la source et le chef. La théogonie allemande ne dit rien ou presque rien de l'antagoniste des dieux Lhoho ou Loka (Loki), bien que les légendes allemandes soient peuplées de démons.

Dans tout polythéisme, on rencontre des divinités féminines. Parmi les déesses de la m3rthologie germanique, nous devons citer Nerthus, la première de toutes, qui personnifie la terre, par opposition au ciel, divinité mâle; Holda, protectrice des amours et du mariage; Perahta (Berchta), alliée de la précédente et qui veille sur les travaux de la fenmie; Hluodana, protectrice du foyer intérieur; Tanfana, citée par Tacite, mais dont on ne connaît pas les attributs; Ostara, déesse de l'aurore et du printemps, toujours parée de fleurs ( d'où vient « Ostem », Pâques, temps du renouveau); Frouwa (de laquelle la femme a pris son nom, Frau), gracieuse sœur de Fro, qui préside aux grâces et à l'élégance, et dont le culte fut remplacé par celui de la vierge Marie, ainsi que *celui de Holda; enfin Frikka, sorte de Junon qui partageait avec Wodan, son époux, le trône des dieux et le souverain pouvoir.

La puissance terrible et inexorable de Tenfer était personnifiée dans Heliia, l'ennemie du Bien, dans le sein de laquelle se réfugiaient les âmes de ceux qui mouraient de consomption ou de vieillesse. Le christianisme n'attacha plus à ce nom qu'une idée de heu, et c'est de là que vient le mot Hœlléy enfer.

Chez les Germains, comme chez les Grecs, il existait des êtres intermédiaires qui tenaient de l'homme et du dieu, les héros, qui étaient les favoris des dieux, et qui, de leur union avec les déesses, avaient des fils et des filles. Com-

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blés de faveurs par les Immortels, ils prenaient place, après leur mort, parmi les bienhem*eux.

En tète de la légende des héros allemands, figure Thuisto ou Tuiska (probablement Tivisko, fils de Tins, fils de dieu, Tins, pluriel Tirar, se rapportant au Dira àrien, qui signifie Dieu). D'après Tacite, Thuisto serait le patriarche du peuple germain et son fils Mannus le père de l'humanité et le premier des héros. Celui-ci aurait donné le jour aux trois principales tribus allemandes par ses trois fils Ingo, Isko et Irmino. Tout devient ensuite obscur dans la légende des héros germaniques, parmi lesquels nous avons peine & distinguer Skeaf et Gibicho. Grâce aux manuscrits du moyen âge, nous voyons apparaître, éclairés d'une plus vive lumière, les héros Sigfrid, Dietrich, Hildebrand, Mimé, Bigil, Wieland, Wittich, Wate et tant d'autres.

Les dieux et les héros ne suffisaient pas à la passion mystique des Germains dont l'imagination ingénieuse divinisait toute la nature et transformait peu k peu l'ancienne religion en un panthéisme universel. Il est vrai que leurs créations étaient purement matérielles ; les géants ou Durses, sortis de leur cerveau, n'étaient supérieurs & l'homme que par la taille et la force corporelle. Grossiers d'ailleurs, dépourvus d'intelligence et d'esprit, ils étaient aussi siU' pides que grands. On ne sait rien de leur lutte avec les Ases ou Nains, qui, du moins, furent des demi-dieux spirituels, d'une taille au-dessous de celle de l'homme et divisés en deux espèces, les blancs et les noirs. Les légendes populaires sont remplies du récit de leurs exploits et leurs rois Abbéric, Laurin, etc., sont fort connus. En général^ tout ce peuple de gnomes est présenté comme généreux et ami des hobames; Toutefois, les sylphides sont toujours tentées d'attirer dans leurs bras de beaux jeunes gens; et, les sylphes, de jolies jeunes filles. A c6té d'eux se placent en grand nombre d'autres êtres surnaturels, les lutins, les far- AuletSi les ondines, etc. La fortune elle-même avait été per*

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soimiôée, et Saelde, qui est le nom de eette^ déesse, fat invoquée jusque dans le moyen âge.

Au-dessus de tous ces ' dieux «t demi^eux, règne Fimmuable nécessité, le destù^y peraonniié sous les traits de trois seeurs, les Naraes.

Les monuments écrits de ees âges primitif» se sont mieux oonservé&chezles Scandinaves que ebôzles vieux Germains. Dans la solitude écartée de FIslaAde, ils 'étaient à Tabri de la. destruction jet ne pouvaieaft tomber «ous la main des princes.et du clergé chrétiens. Vers Tan S74, des Norwégiens se fixèrent dans cette 11& ety londèrentune commune libre qui ne disftarut qu'après Tan 1000, <sous rinûuence dji chris- .tianisme imporlé:parlamèoe-patrie. Nous devons à cet État islandais la transmission de i^usieuis ouvrages de poésie et de prose qui représentent l'esprit garmanique avant le christianisme. La poésie se idivise en deux branches: les mythes des dieux et les.légendes des héros, lèjoutez-y les chants 4es skaldes ou poètes. C'est dans l'ouvrage connu sous le nom d'Edda (aîetde] ffê& sont contenus les restes de ces vieilles légendes. Un savant islandais, Saemund Sigfiisscm, mort en 1133,. passe pour avoir reeueilli ces dooim^its, et l'on désigne son ceeueil sous le nom â!Edda Saemundiinne, pour le distinguer d!une œuvre plustvéoente dont ftou& aurons à. nous occuper.

On ne connaît, point ies : auteurs i de ^œs chants, écrits en rimes, forme primitive deJa poésie germaine. La poèsite«n est hardiç^ rude, terrible c<mime la nature du vieux Nord ; eUe.se déroule dons un langage href, avec l'énergie impé* . tueuse qui pré^pitait les héros au combat. T^mtôt ces chants célèbrent un fait isolé; tantôt ils offircnt le tableau de la religion du Nord, comme dans Foditipso,. prophétie ou lésion de la Wala (voyante), qui passe pour le chant le plus ancien de VEdda et qui en est incontestaMement le plus important.

xmps PRUcnaFS X'ir jioisn .««e 23

Parmi ies diants épiqaes du recueil' furent wi promer laBg les poèmes d'Helgi. Mais tout Tintôfèt pour neiis se coBoenti^ sur le eyde qoi «oatient la l^gMide de Sigfrid et les Nieèehmg; c'est làr que lums retroinroBS'sous sa forme la i^Bs andenne le génie de la dermnûaïqiii, par l& noidide rAlieBiagne, avait pasaé«ii SeandâBa^ieiHfis tard, la poésie seandiiiaTe prit ime ooideiir ptos htsterique et les skaldes, du hnittème au <asi^ae siè(de, déployèr^tdass ce sens une grande -activité.

À la poésie skaldi^ine succéda cè^ d'Mande, dont le poèflie le f(his important est dû à Snorri "Sturluscm, assas- CTècQ^1241. Cefit Fhistoîpedes rois deNorwége, qui oomfflenee à rsBftiqttyté mythologique et s'anrète en 1176. On la désigne ausâ sous le nom de Heimèkringia (sphère universelle). Mie ivraie impoidaaitmagBiâiIue à l'ancienne Edda. Snorri est encore regardé oosmie Tauteur de la jeune Edàa^ qui porte-son S4»m ^t tpii est roeuvre caj^tale de la littérature islandaise. Les trois premiers livres de l'ouvrage traitent de la mytiK)lof^e ; les autres, de la poésie scaidéenne, de la httépa<lare et de la réthorique.

Les Ases, dieux du nord de la Germante, répondent aux Anses des Ooths que Jordams désigne sous le nom de demi-dieux. Ils composent un système polythéiste bien BepMeur au fôtidiisme Tulgaire et tirait leur origine eoBunune d'un être suprême et unique, < le p^e universel, Walvater ou Alfadur, qui était avant la création du monde et qui continuera d'être quand ' tout aura cessé d'eiister. Par son «vcriSe, il a tout créé, les dieux «t les homnaes. Ses uttiilmts, persmmîêés - par l'imagination du peuple, ontreçu le nom de dieux et de déesses ^t composent roiynipe du fikird (Aegard). À leur tête est ie sage Odin, que Ton représettle -moulé sur un cheval merveilleax, à huit pieds. Le dieu tient à la main son arc Gkmgnir qui n'a jamais manqué le but. Groupée autour de lui, sa nombreuse famille lui fait cortège; voici Thor qui brandit le marteau

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du tOQaerre, Mioelnir à qui rien ne résiste, le juste et bien- TeiiUant Baldur, le fin Hèrmodur, le poétique Bragur ou Bra^, HeimdaU le garde des nuits, Nioerdr le dominateur dcis vents, Freir dieu des saisons, Forsetti, Uller le courageux, Wali le chasseur, Hodur Fave^gle et Tyr l'intrépide.

Frigg, épouse d'Odin est, elle aussi, entourée d'un cercle de filles, de compagnes, de servantes, Fréia, Iduna, Lofii, Gefion, Saga, Fulla, Sioefh, Eir, Helin, Syû, Wara, Snotra, Gna, etc. Parmi elles, il faut distinguer les Nomes et les Yalkyres. Les premières, assises sous le frêne Yggdrasil, au nombre ae trois, Urd, Werdandi et Skuld, personnifient le destin dont elles dirigent le cours selon des lois immuables et aident les Ases de leurs conseils. Amazones d'une éternelle beauté, les Valkjrres vont sur les champs de bataille choisir les héros destinés & périr et les conduisent ensuite chez Odin où elles leur servent & manger.

Ennemis des Ases, les Géants demeurent à Joetunheim avec Loki et sa famille. Loki est le principe du mal, un Ase malicieux et corrompu, Tahriman de cette religion. Père du mensonge, du vice et de l'ignominie, il a eu d'Augurboda, fille des Géants, deux enfants dignes de lui : ce sont le loup Fenris et Hel, la hideuse déesse du trépas, qui gouverne Helheim, où vont demeurer les âmes de ceux qui ne sont pas morts en braves. Il est étonnant que Ton place Loki parmi les Ases, lui qui est toujours occupé h leur jouer de méchants tours.

Les nains et les gnomes jouent un grand r61e dans la m5llîologie Scandinave; les nains, cachés sous la terre, dans les cavernes ou les rochers, sont redoutés comme sorciers et recherchés comme artistes. Parmi les gnomes, il en a de lumineux et de sombres : les uns se pissent avec les hommes dont ils sont les gracieux bienfaiteurs; les autres, d'un aspect difforme, ne se distinguent que par leur mauvais caractère.

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