‹ La société féodaleChapitre 10 sur 17 · I.A VIE URBAINE · texte numérisé non relu

I.A VIE URBAINE

morale : château ou moûtier. Ces dernières prennent volontiers un nom de saint : Saint-Dié, Saint-Claude, Saint-Antonin. Ou bien encore, elles empruntent leur nom à la « Sauveté » (au midi « Salvetat ») qui leur a donné naissance.

Enfin, l’époque capétienne, héritière des villes antérieures, en instaure de nouvelles, soit par transformation de villages en villes, soit par création de « villes neuves ».

La transformation du village en ville est assez fréquente. Toutefois, il ne faut pas en juger du point de vue moderne. Aujourd’hui, nous dirions qu’un village est devenu ville si, en raison d’un essor économique rapide, sa population se multiplie, son importance industrielle et commerciale s’accroît très notablement, son aspect s’embelht, sa vie s’anime et prend l’éclat relatif que notre pensée associe au concept d’existence urbaine. On ne l’entend nullement ainsi au moyen âge : entre le village et la ville, la différence ne vient pas du chiffre de la population ou de l’élégance de la vie, mais d’une considération d’ordre militaire. La ville est dénommée telle du fait de ses fortifications. La langue usuelle est ici fort instructive : cité ( civitas ), c’est la ville épiscopale; place (oppidum), c’est toute autre ville. Les termes latins « urbs » et « castrum » sont des réminiscences littéraires. Transformer un village en ville, c’est donc le ceindre de remparts solides, capables de faire face à un siège. Les guerres féodales, les intérêts seigneuriaux sont à la base de telles transformations. La ville a pour origine soit une nécessité stratégique, soit une opération financière. En ce cas, il s’agit de constituer dans la seigneurie, en un point désigné par le courant des échanges, un marché bien à l’abri. C’est ainsi que, par exemple, deux villages de Franche-Comté, Poligny et Arbois, deviennent villes au xue siècle.

Le même souci d’ordre économique est généralement

J. Calmette : Société féodale.

à l’origine dos « villes neuves » dont la formation est si curieusement caractéristique des xne, xme et xive siècles. Puissances grandes et petites semblent prises d’émulation : abbés, évêques, barons, princes, rois, empereurs. Certains seigneurs ont été d’acharnés bâtisseurs de villes. Les ducs allemands de Zaehringen ont érigé des villes nombreuses, dont trois d’une singulière importance : Fribourg en Brisgau, Fribourg en Suisse, Berne. Louis VII, Philippe Auguste ont été, en France, parmi les plus zélés multiplicateurs de villes neuves. Dans le centre et le midi, Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, a littéralement semé les villes nouvelles.

A vrai dire, la ville neuve est une spéculation, une forme de l’exploitation seigneuriale. Il s’agit de soutirer les sujets du seigneur voisin, d’arrêter le trafic au profit d’un point choisi, de créer un nœud d’échanges. Les « bas.tides » qui foisonnent dans le Tarn, le Tarnet- Garonne, le Gers, sont dressées en concurrence des grandes républiques municipales comme Toulouse. L’instauration de bastides est si précieuse, si efficace, que, pour affaiblir définitivement la maison comtale de Toulouse expirante, la royauté lui interdit toute création de ce genre.

Les fondateurs de villes ont soin de les pourvoir de privilèges. La vie industrielle et commerciale sera favorisée, les bourgeois seront alléchés, sans cependant que s’évanouisse l’autorité du seigneur. Qu’elles tirent leur nom de leur nouveauté (Villeneuve, Neufville, etc.) ou de la beauté de leur site (Beaumont, Belleville, etc.) ou de leur sécurité (Puységur, Labastide) ou de leur créateur (Beaumarchais) ou encore de villes françaises ou étrangères renommées (Beauvais, Bruges, Fleurance, Cordes, c’est-à-dire Cordoue, Pavie, Damiate), ces villes se distinguent, à l’ordinaire, par la régularité de

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