LA VIE URBAINE
leur plan en quadrilatère, aux rues se coupant à angles droits, et ménageant à peu près au centre la place entourée d’arcades, avec l’église et la maison commune. Peu de ces villes ont eu grande fortune; ce sont, pour la plupart, de petites métropoles locales, mais nombre d’entre elles ont parfaitement tenu ce rôle, qui leur était dévolu, et le conservent encore.
Villes grandes et petites, anciennes et récentes, sont très jalouses de leurs privilèges, très attentives à user de leurs droits. Leur bourgeoisie règle par le menu la vie quotidienne. Les règlements municipaux sont d’une minutie extrême, ils s’étendent à tous les détails : prix des denrées, organisation du travail, police, voierie, mœurs. La ville s’occupe volontiers de l’instruction; elle loue des régents d’école. Parfois elle appelle et appointe des médecins. Elle gère des hôpitaux, des hospices, des maladreries. Elle s’enquiert de l’état hygiénique de la contrée, se tient au courant des menaces d’épidémies, s’efforce de parer de son mieux au fléau périodique et souvent si effroyable de la peste. Hors de la ville, les lazarets et léproseries reçoivent les lépreux. Ils ne s’approchent des maisons que rarement. Leurs vêtements voyants et le tintement de leur clochette écartent de leur contact. On leur jette de menues monnaies qu’ils ramassent : ce sont les déshérités de cette société, pourtant à bien des égards si miséricordieuse.
L’alimentation est une des préoccupations fondamentales du corps de ville. La récolte du blé est-elle insuffisante, il s’agit d’en obtenir du dehors. Boulangerie et boucherie sont étroitement surveillées, parfois affermées par la ville.
Ainsi chargé de ce rôle de providence, le corps municipal a grand prestige. Le décor dont il s’entoure y contribue. Les peintures des Annales de Toulouse, en parties conservées, donnent notamment une haute idée
de la majesté du cortège consulaire, avec ses belles robes mi-parties à parure d’hermine.
Un trait fréquent de la ville du moyen âge, c’est sa dualité. Les villes primitives étaient sises sur la hauteur. Quelquefois la ville est descendue à l’époque romaine : Gergovie à Clermont, Bibracte à Autun. Mais souvent, la ville romaine, ceinte de remparts, s’est ensuite doublée d’une ville plus récente, étalée hors des murs. La cité de Carcassonne conserve encore la disposition d’une ville primitive qu’une ville plus moderne continue à ses pieds. Alfred Leroux a pu faire l’histoire des « deux villes » de Limoges. A Toulouse, tandis que l’antique cité romaine conservait ses remparts, le « bourg » formé entre la cité et l’abbaye de Saint-Sernin avait pris, au xne siècle, un développement considérable. Parfois, comme Rodez-bourg et Rodez-cité, deux municipalités distinctes se juxtaposent. Ailleurs, — et c’est le cas de Toulouse — cité et bourg ont une municipalité unique : les consuls, appartenant par moitié à chacune des deux villes, appliquent à l’ensemble une seule et même administration.
Très inégale était l’importance des villes à l’époque féodale. Mais quel que fût l’élan de ses rivales, Paris avait pris déjà une avance décisive. Les historiens de Philippe Auguste, Rigord et Guillaume le Breton, célèbrent à l’envi la précellence de la capitale. Voici, assurément, des expressions enthousiastes : « De même que la lune dépasse en clarté les étoiles, de même cette ville, siège de la royauté, élève sa tête altière au-dessus de toutes les autres. » Philippe Auguste n’est pas seulement le bâtisseur du Louvre, c’est lui qui, au témoignage de Rigord, ordonne les premières mesures pour le pavage des rues de Paris. A la veille de la guerre de Cent ans, ce ne sont pas seulement ses trois cent mille habitants qui assurent la prépondérance à la ville royale : la prospé-