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LA VIE RURALE

rite de son université, l’essor de ses industries, l’élan de son commerce, tout contribue à faire de l’opinion parisienne une des forces vives de la nation. La tentative liardie d’Étienne Marcel, qui faillit instaurer en France un régime constitutionnel fondé sur une fédération de communes, suffit à mesurer à quel haut degré était parvenue, surtout au cœur du domaine royal, l’intensité de la vie urbaine.

La vie rurale. — Cette avance des villes tendait à agrandir la distance qui les séparait des campagnes. Durant le haut moyen âge, la distance avait été presque nulle. Puis, l’émancipation urbaine, timidement suivie par quelques communautés villageoises, avait laissé loin derrière elle la lourde masse paysanne. Le village a pourtant son histoire, comme la ville.

Le grand domaine, unité économique rurale, apte à se suffire lui-même, se présentait encore à l’époque franque sous la forme d’une vaste étendue, dont la majeure part, répartie en tenures, était cultivée par des paysans fort dispersés, chaque ménage ayant bâti sa cabane sur le lot ou « manse » qui le faisait vivre. Les invasions pillardes des ix8 et Xe siècles, — celles des Normands, des Sarrasins, des Hongrois, — déterminèrent une profonde transformation. De même que l’ancienne « sala » ou habitation du maître prend figure de château, de même les paysans, pour se prêter mutuelle assistance, resserrent leurs maisons en villages. Parfois, le village se groupe autour du château pour jouir de sa protection. La chapelle du seigneur devient église paroissiale, et l’on a remarqué qu’un grand nombre de villages portent des noms de saints vénérés plus spécialement à l’époque carolingienne. Parfois, les tenanciers de plusieurs domaines juxtaposent leur habitat : c’est l’origine d’un enchevêtrement complexe des droits seigneuriaux.

Ces groupements font mieux apparaître les intérêts communs. Nous avons déjà vu naître l’administration collective des communaux. En certaines régions, la marche germanique en fortifie la notion. Un troisième type d’administration rurale semble remonter au régime carolingien lui-même, c’est la « cour colongère », qui se perpétue, surtout dans le nord et les pays rhénans, comme un îlot respecté par le flot féodal. Il faut y voir, en effet, l’administration consolidée de l’immuniste, comte sur sa terre.

Depuis le Xe siècle, le village ne change plus guère. La paroisse en est le cœur. Le moyen âge évolué inaugure le village fortifié : mais il s’agit d’une protection sommaire et incomplète, propre à mettre la population à l’abri d’un coup de main, insuffisante cependant pour constituer une place forte, c’est-à-dire une ville.

Exposée par l’absence ou l’insuffisance de protection au malheur des guerres, la population rurale subit de rudes épreuves au long des siècles féodaux. La littérature féodale, qui s’adresse aux privilégiés, ne trace guère du paysan que des caricatures. Le poète de Garin le Lorrain décrit ainsi le vilain Rigaut :

« Il avait d’énormes bras et des membres massifs, les yeux séparés l’un de l’autre de la grandeur de la main, de larges épaules, une vaste poitrine, la chevelure toute hérissée, le visage noir comme charbon. »

C’est pourtant ce vilain et ses semblables qui nourrissent le pays, y compris nobles et clercs. Mais, peu en ont cure parmi ceux-ci et diraient avec le compatissant trouvère Benoit de Sainte-More :

« Ce sont eux qui font vivre les autres, qui les nourrissent et sustentent, et eux-mêmes endurent les plus grands tourments, les neiges, les pluies, les tempêtes. Ils ouvrent la terre avec leurs mains à grand mésaise et à grand faim. Ils mènent

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