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LA VIE RURALE

vie âpre, souffreteuse et mendiante. Et sans cette race d’hommes, je ne sais en vérité comment les autres pourraient durer!

Le mépris est général à l’égard du paysan; la manière forte est réputée la seule qui puisse valoir avec lui : « Oignez vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra. »

La vie des campagnes se déroule donc monotone, laborieuse et misérable, entre les alertes trop fréquentes dont la menace est sans cesse suspendue sur la cabane et sur les champs. Et cependant, telle est la vitalité de la race, telle est aussi sa capacité de travail et d’épargne, qu’elle ne cesse démonter. L’effort quotidien, que rien ne lasse, est le grand moteur de cette ascension, lente, mais sûre.

Les paysans ont plutôt retardé qu’accéléré leurs progrès par les révoltes auxquelles, dans certaines circonstances tragiques, ils ont eu l’imprudence de se livrer. Ces mouvements inconsidérés ne sont, d’ailleurs, que trop aisément explicables par l’exaspération paysanne. Celui qui travaille a besoin d’être protégé. Le régime seigneurial, tourné en exploitation égoïste, néglige l’intérêt général, sauvegarde mal le travailleur, le honnit et le persécute. La colère et l’impatience bouillonnent. De là ces révoltes de ruraux qui jalonnent le moyen âge. Elles commencent de bonne heure. Ce sont d’abord des actes isolés, pillages, assassinats, tels que nous en glanons des exemples chez l’un de nos auteurs les plus sincères, Guibert de Nogent. En 100S, la minorité d’Alain IV de Bretagne a été le signal d’un soulèvement de paysans bretons. En Normandie, c’est un soulèvement paysan qui communique au célèbre Roman de Rou sa couleur si dramatique. Le xne siècle est fertile en épisodes du même genre. Au xme siècle, c’est l’ample mouvement des Pastouraux; et c’est, au xive siècle, la rafale de la Jacquerie.

Si sauvagement réprimées qu’aient été ces révoltes, elles-mêmes brutales et sanguinaires, la population rurale n’a pas été contaminée dans ses profondeurs. La guerre de Cent ans a fait surgir dans les campagnes françaises la conscience de la patrie. Duguesclin captif compte sur les fileuses de France pour payer sa rançon. Jeanne d’Arc sort du peuple et puise dans l’âme du peuple le meilleur de sa force. C’est dans les chansons populaires que résonnent, au xive et au xve siècle, les accents les plus spontanés et les plus émus du patriotisme souffrant et triomphant.

La vie universitaire. — La France féodale était relativement riche en écoles. Outre les régents qui exerçaient dans les villes, librement ou plus souvent engagés et contrôlés par les corps municipaux, chaque chapitre cathédral, chaque grand monastère avait ses écoles. On n’y instruisait pas seulement les futurs clercs, on y admettait des enfants de toute origine et de toute condition.

La maîtrise, licentia docendi, était accordée sous le contrôle de l’autorité ecclésiastique. Ce qu’on peut appeler alors l’enseignement supérieur était réservé aux grandes écoles ( studia generalia) : le premier degré était formé par les sept arts libéraux du trivium et du quadrivium-, le second degré, par les disciplines spéciales, médecine, lois, décrets (droit canon), théologie. Les principales écoles françaises furent celles de Paris, Orléans, Angers, Toulouse, Montpellier. Paris était surtout renommée pour la dialectique et la théologie; Orléans, pour le droit; Montpellier, pour la médecine. Trois de ces centres d’études furent officiellement érigés en universités au XIIIe siècle : Paris, Montpellier, Toulouse.

Pris, au sens intellectuel qui, aujourd’hui, lui est réservé, le mot « université » ne s’écarte pas du sens

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